Oum-El-Bouaghi - A la une

Une région sinistrée qui fait face seule à son destin



Mardi, c'est encore une journée pluvieuse. Nous devons rejoindre la ville de Souk Naâmane à partir du chef-lieu Oum El Bouaghi, dont elle est distante de 90 km. Il est sept heures du matin et le ciel, au lieu de s'éclaircir, a pris une nuance grise, signe qu'il va encore pleuvoir. Nos signes se confirment quand nous arrivons à Aïn Fakroun.Des gouttes de pluie réduisent la visibilité sur la route et sonnent comme un avertissement à l'endroit des conducteurs. Nous voilà arrivés à Aïn M'lila et la pluie tombe toujours, fine et persistante. Souk Naâmane est située à environ 28 km de la capitale de la pièce détachée pour tous véhicules. Tout le long de la route, des flaques d'eau plus ou moins grandes apparaissent sur les champs.
La terre porte encore les marques des dernières intempéries. Les champs plantés de tabac commencent à se ratatiner. Les fortes chutes de pluie et de grêle ont eu raison de leur vigueur. Selon des gens que nous avons interrogés, ces plantations sont à jamais perdues. C'est là-bas du côté de ce qu'on appelle El Mellaha que les agriculteurs s'adonnent à la culture du tabac. Pas que cela. Certains fellahs cultivent des légumes, principalement des tomates, des piments et des poivrons.
La ville de Souk Naâmane parait au loin sous la pluie qui s'acharne encore contre les terres, creusant des sillons à n'en plus finir. L'entrée ne paie pas de mine. Elle a tout l'aspect d'un village rural. Abdelaâli Djeddi, un habitant de Souk Naâmane raconte : «Samedi dernier, le ciel s'est subitement obscurci à l'heure de la prière du Asr. Il est devenu tellement noir qu'on a senti que quelque chose allait arriver.
L'instant d'après, des trombes d'eau se sont déversées sur la ville. Nous n'avons jamais assisté à pareil déferlement d'eau.» Ce mardi matin, avec les nouvelles précipitations, certes modérées, les rues de la ville se remplissent de flaques. Ce qui est sûr, c'est que la ville, à l'aspect semi-rural, semi-urbain n'a pas connu un développement notable en matière d'assainissement. Les rues et les trottoirs conservent encore la trace de la boue charriée par les pluies de samedi. Mais qu'en est-il de la situation dans les autres quartiers de la ville ' Là où lors de leurs interventions, les éléments de la Protection civile secondés par ceux de la commune, de la gendarmerie, de la police et de l'ONA (Office national de l'assainissement) ont secouru des dizaines de familles.
Des torrents du Djebel Kethmane
Abdelaâli Djeddi nous parle du Djebel Kethmane à partir duquel sont descendus des torrents d'eau. «L'oued éponyme asséché depuis des lustres a pris de la vigueur. Son lit a débordé de plusieurs mètres. Certains racontent qu'il a atteint deux et d'autres trois mètres. En tous les cas, les eaux se sont fourvoyées jusque dans les maisons de quartiers qui lui sont limitrophes.»
L'oued mérite, selon certains habitants des opérations de calibrage comme celles effectuées sur celui de Sigus. Ainsi, les risques d'inondations seraient réduits et les populations en sécurité. En tous les cas, les crues provoquées par les dernières précipitations ne seront pas oubliées de sitôt. Sollicités pour plus d'informations sur l'ampleur des dégâts occasionnés aux riverains, les fonctionnaires de la sous-direction de l'agriculture se sont excusés de ne pouvoir nous dire plus que ce que nous avons constaté.
Les habitants des cités Houari Boumediène, Belle Vue et El Manar sont tout simplement sinistrés. Lors des intempéries, ils n'ont dû leur salut qu'à l'intervention rapide de la Protection civile. Sinon, il y aurait eu des pertes de vies humaines. Dieu merci, on ne déplore que des pertes matérielles et des effets domestiques. Des équipes de la commune et des services agricoles sont sur les charbons ardents. Ils sont sur le terrain pour évaluer les pertes subies par les ménages et les agriculteurs. Un fellah nous renseigne sur les dégâts incommensurables qui ont impacté négativement les champs plantés de tabac. «À voir tous les dommages occasionnés par les fortes chutes de pluie, il n'y a plus d'espoir de récolte de ce produit!»
Le déluge à Bir Chouhada
L'autre commune touchée est Bir Chouhada, située à seulement 8 km du chef-lieu de daïra qu'est Souk Naâmane. Cette petite commune qui compte environ 20 000 âmes a souffert le martyre avec les dernières intempéries. Là aussi, les maisons ont été envahies par les eaux, provoquant panique et frayeur.
Les sinistrés, avons-nous appris par certains habitants, recevront de l'aide des autorités, comme des couvertures, des matelas et d'autres effets, et ce après le recensement qu'effectuera la direction de l'action sociale (DAS). Il reste que les habitants réclament plus de mesures pour une meilleure prise en charge de leur commune. Ils demandent entre autres choses que leur ville soit dotée d'une unité de la Protection civile et du calibrage de l'oued qui a provoqué une telle catastrophe. L'autre problème dont souffre la population de Souk Naâmane et de Bir Chouhaha est relatif à celui de l'eau domestique. Un jeune nous signale que parfois les robinets restent à sec jusqu'à un mois.
Toute la population se rabat sur l'eau distribuée par les colporteurs. Tous espèrent qu'avec la mise en service du barrage d'Ourkis dans la commune d'Aïn Fakroun ce problème sera réglé définitivement. Ces jours-ci on assiste à des opérations de volontariat, comme aider les habitants à désembourber leurs maisons ou à des approvisionnements en eau potable. Tous les colporteurs se sont portés volontaires pour livrer de l'eau aux riverains. Quand nous évoquons avec les jeunes la situation socio-économique qui prévaut dans la région, ils nous disent tout bonnement de faire un tour dans la ville pour comprendre. Ils font allusion au manque de débouchés qui permettent aux jeunes de vivre décemment.
Abdelaâli nous a entretenus sur le sujet du travail. «Hélas, il n'existe pas d'unités ou d'usines dans notre région. Beaucoup de jeunes se font recruter à Aïn M'lila ou ailleurs. Là-bas il y a des opportunités d'emploi contrairement à notre ville qui souffre d'investissements économiques», note-t-il. Sur le visage des habitants de Bir Chouhada se lit la souffrance après la perte du jeune Zine Abidine, âgé de 28 ans, mort par électrocution.
Nous avons appris qu'un autre homme a reçu une décharge électrique. La direction de la SDE (électricité et gaz de l'est) a adressé un message de condoléances à la famille du défunt. Selon cet organisme, l'accident est dû à une foudre qui s'est abattue sur un poteau électrique provoquant la chute d'un câble.
À voir tous les stigmates de la tempête, il faudra des jours pour que les deux communes retrouvent leur légendaire quiétude. Encore du temps pour panser toutes les blessures et aux cultivateurs qui attendent sans doute des indemnisations de la part des pouvoirs publics.
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