Oum-El-Bouaghi - A la une

Persistance de la crise politique : L'Algérie au milieu du gué



L'opposition, qui multiplie les propositions de sortie de crise, pose ses conditions pour participer à tout dialogue politique.Cent cinquante jours se sont écoulés depuis le début du mouvement de protestation citoyen pour un changement radical du système sans qu'une solution ne pointe à l'horizon. Dix-sept jours après la nouvelle «offre» de dialogue du chef de l'Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, rien de concret n'est fait. Le pays est dans une impasse politique inédite.
Acculé par la poursuite des marches hebdomadaires à travers le pays pour exiger le départ de tous les symboles du régime, le pouvoir ne cède rien, cherchant par tous les moyens à faire passer sa feuille de route qui consiste à organiser une élection présidentielle dans les plus brefs délais.
L'opposition, qui multiplie les propositions de sortie de crise, pose ses conditions pour participer à tout dialogue politique. Les Algériens, qui manifestent tous les vendredis sur l'ensemble du territoire, restent, malgré la répression, déterminés et attachés à leurs revendications qu'ils expriment haut et fort à chaque marche. Le 23e vendredi se prépare dans un climat politique vicié par un pouvoir qui s'entête à garder à son niveau les «clés» de sortie de crise.
La crise politique, doublée d'une crise économique qui va en s'aggravant, est ainsi loin de connaître son épilogue. L'espoir d'une solution rapide s'effiloche. Le pouvoir, qui reste accroché à sa solution électorale, ne donne jusqu'à présent aucun élément concret pouvant aller dans le sens de la résolution de la crise.
Aucune des exigences du hirak portées également par les forces de l'opposition n'a été satisfaite. La nouvelle proposition de dialogue du chef de l'Etat, qui devrait être assuré par des personnalités crédibles et indépendantes, n'est pas accompagnée d'un «mode d'emploi» qui puisse rassurer sur les conditions de son déroulement.
Si les forces de l'opposition restent favorables au principe d'un dialogue national de sortie de crise, elles demeurent exigeantes sur les conditions de son déroulement. Elles réclament des mesures et des garanties afin que ce dialogue ne se transforme pas en un monologue du pouvoir.
Sans les mesures d'apaisement, dont la libération de tous les détenus d'opinion, l'arrêt immédiat du dispositif répressif et l'ouverture du champ politique et médiatique, le nouvel appel au dialogue lancé par Abdelkader Bensalah risque de connaître le même sort que celui d'avril dernier et qui a été boycotté non seulement par les personnalités nationales et l'opposition, mais aussi par les partis du pouvoir. Lorsque l'on lance des appels au dialogue, on doit les faire suivre par des signes tangibles de bonnes intentions, des actes d'apaisement et d'assainissement du climat politique général.
C'est même nécessaire pour lever les doutes et instaurer un véritable climat de confiance. Mais le climat politique indique tout le contraire. Il est de plus en plus vicié avec, notamment, les interdictions qui frappent les initiatives et les activités politiques des partis et des organisations de l'opposition.
Le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, s'est vu, le 12 juillet, interdit d'animer une conférence-débat dans la ville d'Oum El Bouaghi au motif qu'elle poserait des «problèmes sécuritaires». Même le débat public que l'association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ) organisait depuis le début du soulèvement populaire, le 22 février, a été empêché le 18 juillet. A cela s'ajoute la poursuite des actes de répression et d'intimidation contre les manifestants.
Si les principaux acteurs et personnalités de l'opposition sont attachés au dialogue en tant que démarche civilisationnelle, ils estiment qu'il n'est pas possible de l'engager dans un tel climat politique. Mais le pouvoir continue d'ignorer cette demande, comme il a déjà tourné le dos à toutes les propositions de sortie de crise. En effet, depuis le début de la crise, les forces politiques ainsi que les syndicats et les associations ont présenté des feuilles de route pour résoudre la crise politique.
Au-delà de leurs différences selon le courant politique de ceux qui les ont élaborées, ces propositions convergent sur la nécessité d'assainir le climat politique et d'écarter les symboles du régime du processus visant à préparer le terrain pour des élections libres et transparentes. Mais plus on tarde à engager une solution sérieuse et concrète, plus la crise va se compliquer. La multiplication de pôles politiques et l'avènement de nouvelles initiatives risquent de rendre encore plus difficile toute solution «consensuelle».
Cette crise politique risque de s'aggraver avec la dégradation continue de la situation économique. Il y a donc urgence à débloquer la situation politique afin d'amorcer un véritable processus de règlement de la crise, tel que voulue par les Algériens qui sortent tous les vendredis manifester dans les différentes villes du pays.
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