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Oum El Bouaghi et ses grandes espérances



Oum El Bouaghi et ses grandes espérances
La wilaya d'Oum El Bouaghi est née d'une rivalité. Celle qui a opposé Aïn-Beïda à Aïn-M'lila, deux grosses bourgades situées à égale distance d'un village de moindre importance, Oum El Bouaghi, qui deviendra alors chef-lieu, manière de couper la poire en deux et d'offrir la part du lion à une localité qui se verra propulser dans le développement du jour au lendemain. Alors beaucoup de sociétés nationales ont soit ouvert des succursales soit carrément installé leurs sièges dans la nouvelle wilaya. La population a donc quasiment doublé avec le flux de travailleurs et de cadres venus dans ce nouvel eldorado où l'accès au logement était d'une facilité déconcertante en cette moitié des années 1970 où le plein-emploi était de mise. A côté des entreprises, des cités ont vu le jour et l'essor économique suivit. Côté histoire, la ville dort sur des vestiges romains et que ce soit Sigus au Nord, Dhalaa et Ksar Sbahi à l'Est. Cependant, le nom même de la cité pourrait être traduit par « La mère des restants » ou des « rescapés » en référence à un massacre qu'aurait perpétré l'armée coloniale qui n'a pas fait de quartiers dans cette bourgade qui s'appelait alors Canrobert. Comme partout en Algérie. Ce que l'on sait, c'est que la soldatesque française n'a pas fait de quartier et a bombardé une mechta ciblant les populations civiles dont une femme qui a péri et qui continuait à téter l'enfant qu'elle allaitait.Ceci côté histoire de cette cité qui s'appela d'abord Makomades. L'on sait aussi qu'il y a une douceur de vivre spécifique à cette ville épargnée par la pollution, au climat sec et tonifiant, que ce soit dans ses vieux quartiers qui ont gardé intact ce cachet propre aux maisonnettes de tuiles et de jardinets, de vieilles échoppes qui sentent fort les épices et la naphtaline, ou encore dans la nouvelle ville qui s'étend tentaculaire jusqu'aux limites du chef-lieu de commune, avec ses bâtiments administratifs flambant neufs, ses cités et gigantesques îlots d'habitation au pied desquels s'alignent les commerces... Région céréalière et d'élevage, Oum El Bouaghi pourrait surtout devenir un pôle touristique incontournable surtout avec le djebel Sidi Rghiss et sa vue imprenable. C'est une montagne encore vierge de toute infrastructure et si elle sert d'endroit de détente et de villégiature aux familles qui y viennent chercher un bol d'air, il lui arrive aussi de devenir une buvette clandestine à la tombée de la nuit où les adeptes de Bacchus s'y donnent rendez-vous avec tous les désagréments et les cadavres de bouteilles qui souillent la nature. Sinon le site est paradisiaque et en grimpant tout en haut des cimes, on a la nette impression d'être en avion avec la ville qui s'étale en piémont, avec ses cubes d'édifices immaculés et ses espaces verdoyants. C'est dans ce genre de site qu'on se rend compte de ce grand malentendu, ce ratage qui laisse en friche une telle richesse touristique. Sous d'autres cieux, le djebel Sidi Rghiss regorgerait de relais, de chalets, d'auberges et de chambres d'hôtes pour accueillir les randonneurs. Ici aucune cabane, rien d'autre que la maison du garde forestier avec sa vieille pierre. Pourtant, dès la tombée de la nuit, c'est une faune incroyablement variée qui fait son apparition.Du sanglier qui s'aventure jusqu'aux habitations pour chercher sa pitance dans les poubelles jusqu'au furet, la belette, le renard et aussi les hordes de chacals sans oublier les lièvres que quelques chasseurs tentent de piéger pour leur chair succulente... Ici, la gastronomie tourne autour du couscous, de la fameuse chakhchoukha et du « aïch », nom que donnent les Chaouias au « berkoukes » sauf que la différence ne se limite pas uniquement dans l'appellation mais dans la texture de ce plat d'hiver servi aux nouvelles accouchées dans la « gassaâ », agrémenté de viande séchée (el kadid), de fèves et d'abricots secs, le tout relevé d'un piment rouge bien fort. Alors une sieste est fortement recommandée après le repas. Ce que nous n'avons pu faire hélas, pour ne pas incommoder notre hôte qui s'était plié en quatre pour nous recevoir dignement. L'hospitalité n'est pas un vain mot et on vous ouvre sa porte volontiers quand vous venez de loin ne serait-ce que pour partager la galette et le lben.Dans ces contrées, le souk hebdomadaire a gardé intactes de nombreuses traditions comme l'arracheur de dents, le marchand de bonbons traditionnels, la viande ovine qui se vend à même les étals de fortune, et tout le reste, les amoncellements de fruits et légumes à des prix très abordables ainsi que les vêtements chinois à la portée des petites bourses. En cette fin décembre, la neige a cette fois raté son rendez-vous mais le froid est là, cinglant, qui frappe jusqu'à l'os, comme on dit ici. Alors les marchands de pois chiches ne désemplissent pas. Le fameux double-zit est le meilleur remède contre les matins qui gèlent.


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