Oum-El-Bouaghi - A la une

L'impossible deuil sans réparation



Peut-on guérir d'un traumatisme causé par le terrorisme ' La vice-présidente de l'Association pour l'aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie (Sarp), Cherifa Bouatta, trouve le terme décennie noire inadéquat pour décrire ce qu'ont vécu les Algériens durant les années du terrorisme.Elle préfère parler de catastrophe sociale touchant l'individu et le collectif, qui a abouti au délitement des liens sociaux et de solidarité. "Une thérapie ne peut pas mettre fin aux séquelles d'une rencontre avec la mort dans une situation de catastrophe sociale. Elle peut apporter un apaisement. Ce qui s'est passé lors de la catastrophe sociale est une rencontre entre une histoire individuelle et l'Histoire collective. Dans ce cas, il est difficile de parler de guérison et de deuil, car la réparation doit passer par le travail de la culture qui pourrait énoncer la loi et ordonnancer le monde", étaye-t-elle.
Messaouda Sadouni, professeur à l'université d'Oum El-Bouaghi, revient sur l'aide psychologique, juridique et sociale apportée par la Sarp aux rescapés des attentats et aux familles de victimes du terrorisme depuis l'an 2000 dans la région de Sidi-Moussa : "Pour l'instant, les personnes que nous avons prises en charge, qui sont essentiellement des femmes et des enfants, ont renoué avec une certaine qualité de vie et un bien-être. Mais on ne sait pas ce que nous réserve le temps. La violence engendre la violence. Le schéma de cette barbarie risque d'être reconduit par les enfants des terroristes et ceux des victimes."
La quête de la vérité et de la justice perpétue la douleur et détruit une vie. "Ne pas oublier signe un pacte de loyauté avec le fils disparu. Le disparu compte plus que le présent. Il destitue le présent." C'est en ces termes que Cherifa Bouatta entame le récit d'une mère dont le fils a été enlevé par ses cousins terroristes en 1992. "Le deuil n'est pas possible en l'absence d'un enterrement. Lors des consultations, la mère s'adressait à son fils comme s'il était présent. Elle faisait des cauchemars, culpabilisait de l'avoir laissé sortir seul. Elle se posait sans cesse cette question : qu'a-t-on fait de lui ' Un terroriste '"
Farida Benaïssa, psychologue clinicienne, relate l'histoire d'un secret familial lié à un traumatisme. Il s'agit d'une jeune femme décapitée devant ses proches. Son fils n'avait que deux ans.
Il ne se souvient de rien. "L'histoire s'est transformée en secret réparateur, s'unir autour du secret pour protéger Samir, mais peut-être qu'il est chargé aussi de honte et de sentiments de culpabilité de ne pas avoir pu protéger sa mère. Samir sent cette souffrance, mais il est exclu de l'histoire. Cette situation le fait plonger dans un monde de confusion et de perplexité", analyse la clinicienne. Claire Mestre, psychothérapeute et anthropologue au CHU de Bordeaux, est spécialisée dans le traumatisme des migrants issus des pays en situation de guerre ou engagés dans un combat contre des groupes armés tels que Boko Haram. "La situation de ces migrants est problématique. Ce qui est triste, c'est que les politiques ne mesurent pas l'ampleur du désastre et du préjudice psychologique subi. L'impact du travail du thérapeute dépend en fait de la qualité de l'accueil dans le pays d'asile", lâche-t-elle.
Nassima Rammas, maître de conférences en psychologie clinique à l'université Djilali-Liabès de Sidi Bel-Abbès, a décrit les manifestations de quelques processus psychiques mobilisés dans la relation soin. Ces souffrances retrouvées chez la majorité du personnel paramédical se déclinent sous plusieurs formes : l'épuisement, les maux de tête, les problèmes gastriques, les troubles hormonaux, l'agressivité, les troubles alimentaires et du sommeil.
Elle espère que les hôpitaux algériens parviennent à un certain niveau d'organisation et d'efficacité de sorte à épargner ces préjudices au personnel soignant.
Nissa Hammadi
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