
L'argent collecté à travers l'emprunt obligataire de l'Etat pour la croissance sert déjà au financement d'une partie du déficit abyssal du Trésor.Lancé le 17 avril dernier pour une période de souscription de six mois, l'emprunt obligataire de l'Etat, baptisé «Emprunt national pour la croissance économique» (ENCE), est officiellement arrivé à échéance hier. Comme durant toute la période où il était ouvert à la souscription du grand public, peu d'informations ont jusque-là filtré sur les fonds collectés auprès des épargnants, si ce n'est quelques détails épars, dévoilés épisodiquement par des banques de la place.Aussi, pour nombre d'observateurs, le flou que nourri le gouvernement à ce sujet serait surtout révélateur de résultats mitigés, voire peu probants de cette opération inédite d'appel à l'épargne nationale, présentée au départ comme une action phare de sortie de crise.Seule évaluation partielle livrée jusque ici, celle dévoilée en juillet dernier par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, en marge d'une visite de travail dans la wilaya d'Oum El Bouaghi, où il avait fait état d'un montant de quelque 462 milliards de dinars collectés à mi-parcours de l'opération.Evoquant dans le même contexte l'engagement pris par le Forum des chefs d'entreprise (FCE) d'y souscrire pour au moins 150 milliards de dinars, le Premier ministre annonçait, au demeurant, un montant total de plus de 600 milliards de dinars comme étant déjà pratiquement acquis au titre de cet emprunt obligataire souverain.Outre le flou et l'ambiguïté qui entourent encore ses résultats officiels, cet appel public à l'épargne, censé capter une partie de l'immense manne d'argent qui fuit les circuits officiels, pèche par ailleurs par un manque flagrant de transparence quant aux usages auxquels seront destinés, au final, les fonds collectés.Alors que le ministre en poste lors du lancement officiel de l'opération, en l'occurrence Abderrahmane Benkhalfa, assurait que l'argent de l'ENCE ne servira, comme l'indique son nom, qu'aux financements d'investissements structurants et porteurs de croissance, la dernière note de conjoncture du département des Finances révèle, elle, que les fonds déjà levés ont bel et bien servi à financer pêle-mêle une partie du déficit abyssal du Trésor.Situant ce déficit à un niveau de près de 1770 milliards de dinars à fin juin dernier, la même source révèle ainsi que l'emprunt national pour la croissance économique a contribué à sa couverture à hauteur de 18%, soit pour un montant total de 317,62 milliards de dinars. Sans savoir bien entendu si cet argent servira à l'équipement où tout simplement au fonctionnement?Aussi ambigu par ses objectifs que pour ses résultats, l'emprunt obligataire de l'Etat, le premier du genre en Algérie, faut-il croire en définitive, semble n'avoir abouti in fine qu'à un bilan des plus mitigés, ou en tout cas trop dérisoire pour peser en quoi que ce soit dans le financement de la croissance.Pour beaucoup, le gouvernement n'aura d'ailleurs d'autres choix que de tenter de reconduire sa période de souscription dans l'espoir de glaner au moins quelques fonds supplémentaires. Un objectif qui peut cependant s'avérer pour le moins hypothétique compte tenu du retour des poussées inflationnistes qui peuvent décourager encore davantage l'épargne des ménages et des entreprises.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Akli Rezouali
Source : www.elwatan.com