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« La femme rurale est de tous les combats » Mme Saïda Benhabylès



« La femme rurale est de tous les combats » Mme Saïda Benhabylès
Dans cet entretien, Mme Saïda Benhabylès, ex-sénatrice et présidente de l'Association nationale de la promotion de la femme rurale, nous parle à c'ur ouvert sur la nécessité de donner de l'importance à toutes les couches sociales, et notamment la femme rurale qui participe au développement économique mais effacée à cause des préjugés et des mentalités rétrogrades.
50 ans après l'indépendance, le travail des femmes en général, et celui de la femme rurale en particulier, n'est pas mis en valeur. Qu'en pensez-vous '
Quand on parle de travail on parle automatiquement de rendement. Pour moi, toutes les femmes travaillent et toutes les femmes ont un rendement. Le problème réside dans le fait que le travail de la femme n'est pas mis en exergue, sauf lorsqu'il s'agit de fonctionnaire. Malheureusement, chez nous, il n'existe pas de culture de considération de la femme comme un facteur de développement et beaucoup la considèrent comme une charge sociale et ce, même si la femme au foyer travaille (cuisine, vaisselle, lessive, couture...), Tant qu'elle ne travaille pas dehors, elle n'est pas rentable. Pour la femme rurale, en plus des tâches ménagères, elle travaille la terre, fait de l'élevage, tisse, fait de la poterie, et en vendant ses produits, elle améliore sa situation économique. Justement, il faut lutter contre cet état d'esprit et les préjugés nuisibles à l'image de la femme qui s'occupe de son foyer et qui est considérée comme une charge sociale.
On a l'impression que la femme rurale est restée en dehors du développement...
Oui, mais quand on voit les sacrifices de la femme rurale, on constate un décalage. Je m'explique, la femme rurale n'a pas hésité une seconde à participer avec ses frères moudjahidine pour mener une guerre acharnée pour l'indépendance. En plus, elle a fait face au terrorisme en payant un lourd tribut. Et la réconciliation, c'est un autre sacrifice de sa part pour appuyer cette politique.
Certaines associations militent pour l'égalité des droits entre les hommes et les femmes dans le domaine du travail et autres, mais cela reste des actions sporadiques. Quel est votre commentaire '
Les actions militantes des femmes, ce n'est pas ce qui manque. Il faut qu'il y ait une solidarité entre nous car nos actions se complètent. En outre, j'ai compris qu'on ne peut pas parler de justice sociale sans parler des droits des femmes rurales. Par ailleurs, la culture féministe est en décalage avec la réalité algérienne. Il faut l'adapter aux spécificités de la femme algérienne. En ce qui nous concerne, il faut gagner la confiance des femmes pour les mobiliser à défendre leurs droits. Certaines, réticentes au début, sont devenues très actives. La preuve a été donnée lors des élections de 1995. Les femmes rurales ont réussi à relever le défi et sont sorties en masse pour voter. Actuellement, ce qu'il faut faire c'est de conjuguer les efforts entre les associations des femmes et les différents acteurs économiques et politiques de la société pour ne plus tomber dans le piège des partis politiques. Ces derniers utilisent les femmes et une fois arrivé au pouvoir, ils ne s'intéressent plus à sa situation déplorable dans beaucoup de cas.
Pensez-vous que le système de quotas dans les Assemblées élues a apporté un plus à la femme algérienne '
Les quotas sont un passage obligé. J'incrimine certains partis politiques qui se servent et ne servent pas la femme. Je pense que l'article 31 de la loi oblige les partis politiques à promouvoir le rôle des femmes et tracer des stratégies qui servent l'intérêt des femmes. A mon avis, le jour où les militants seront conscients de l'importance du rôle de la femme, le système des quotas disparaîtra de lui-même.
L'analphabétisme dans le milieu rural touche-t-il toujours la gent féminine '
Le monde rural a enregistré énormément de progrès grâce à la démocratisation de l'enseignement, gratuité oblige. A Ouargla, en 1967, il n'y a avait que 2% de fillettes scolarisées avec deux écoles primaires. En 2013, il y a une université qui compte environ 25.000 étudiants dont la majorité sont des filles encadrées par des enseignants de la région. Dans cette wilaya, que je connais très bien, ce bne sont plus des chaumières avec des poules. Mais la politique de la santé doit être développée au même titre que l'enseignement. Et là, je tire la sonnette d'alarme car il existe encore des femmes qui meurent en couches faute de prise en charge. D'autres n'ont pas les moyens de passer un scanner ou une IRM.
Est-ce que les Algériennes connaissent l'histoire du 8 mars '
Pas toutes, malheureusement. Dans les années 70, j'expliquais l'origine de cette célébration lorsque des Américaines exploitées dans les usines sont sorties dans la rue défendre le travail de 8 heures. Pour certaines, c'est une demi journée de repos, une collation, des cadeaux, un défilé de mode, etc. Moi je rêve d'engager un débat avec les décideurs sur la situation de la femme algérienne mais pas pour offrir des roses et le jour suivant on oublie les problèmes.
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