A lire la presse et à écouter les commentaires, l'activité des algériennes et des algériens se limiterait à détourner de l'argent, à faire grève et à rechercher du boulot. Pas de vie réelle, pas d'activité culturelle en dehors des circuits officiels. Pourtant, il suffit de taper «harlem shake Algérie» sur votre moteur de recherche préféré pour découvrir une foultitude de vidéo amateurs dans lesquelles de jeunes Algériens, à l'instar de ceux des autres pays du monde, s'amusent et rigolent sur une musique qui n'en est pas une.La joie de vivre est là. Sur le Net. Ils se socialisent. Ils se découvrent. Ils s'aiment puis se détestent comme dans la vraie vie. Ils se rencontrent, font des «trucs» que les vieux ne peuvent pas comprendre. Mais ils s'éclatent, comme
ils disent.
Les étudiants de l'Ismas et les chômeurs de Ouargla doivent aussi se sentir heureux de leurs victoires médiatiques contre le gouvernement. Ils doivent, cependant, être déçus de constater que la vie, la vraie, ce n'est pas dans les médias qu'elle se passe mais parfois aussi dans les tribunaux.
Ces jeunes qui se «shakent» et ceux qui essayent de «shaker» le système sont les signes d'une vitalité retrouvée pour une jeunesse qui ne semble pas encartée.
Les «DeeJay» qui se succèdent dans les salles des fêtes, ces jeunes groupes de hardmetal qui animent des soirées dans le peu de discothèques qui existent en Algérie' Cette dynamique qui se met en place, sans que le pouvoir ne tente de la contrôler, à moins qu'il refuse de la voir ou qu'il ignore son existence.
Ces jeunes là ne détournent rien, si ce n'est l'image que l'on se fait d'eux et de leur génération. Ils nous emmènent là où nous ne pensons pas nous retrouver. Aux confins d'une modernité universelle teintée de racines arabo-berbères.
Des filles en hidjab qui chantent pour Alhan oua chabab et qui font la fierté de leurs familles et de leurs villes.
Des jeunes qui prennent pour modèle des troubadours comme Deriassa. Les choses changent. Elles évoluent vite et nous, les «aînés», nous regardons le sommet du pouvoir sans voir notre société évoluer.Evidement, nous critiquerons le comportement de ces jeunes «fous». Nous ferons de même pour la qualité des paroles ou de la musique. Nous essayerons de les ridiculiser en affirmant avec condescendance : «Bof ! Il faut bien que jeunesse se passe.» Et eux, regarderons en nous de vieux aigris qui n'ont connu que le terrorisme comme attraction macabre.
L'underground ne l'est peut être pas. S'ils ont su s'organiser, c'est que la culture n'est pas qu'une histoire de financement, de structures ou de diplômes. La culture c'est peut être aussi une histoire de talents, d'envie et surtout d'aimer la vie.Les jeunes Algériens ne seront pas tous des Yasmina Khadra, des Al Anka ou des Baya. Ils seront de leur époque, avec leurs codes et leurs ambitions. Donnons leur assez de liberté pour qu'ils puissent «shaker» ce pays et enfin le mettre en mouvement.
A. E.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amine Echikr
Source : www.latribune-online.com