Oran - Revue de Presse

Zimbabwe : un accord boiteux



D'âpres semaines de négociations ontété nécessaires pour que le président sud-africain ThaboMbeki, médiateur de l'Afrique australe, parvienne àfaire accepter un accord de gouvernement d'union nationale au Zimbabwe. Laconclusion de cet accord a été rendue publique jeudi dernier, mais c'estaujourd'hui que le président zimbabwéen Robert Mugabe et les leaders del'opposition procéderont à sa signature au cours d'une cérémonie officielle àlaquelle doivent assister nombre de dirigeants africains.

C'est avec prudence qu'a étéaccueillie la conclusion de cet accord. S'il a en effet l'avantage immédiatd'éloigner le spectre d'une confrontation violente généralisée au Zimbabwe, rienn'assure que ses parties contractantes en respecteront les clauses complexes etvagues dans la définition des prérogatives qui leur sont attribuées dans laconduite et le contrôle des nouveaux pouvoirs qui vont se mettre en place. L'accordnégocié par le président sud-africain est pour beaucoup un compromis boiteuxmais préférable à pas d'accord du tout.

Tout comme au Kenya il y aquelques mois, où un accord de ce genre a été conclu entre le président de cepays et son opposition, le Zimbabwe va avoir un gouvernement dans lequel Mugabeet son parti, le Zamu-PF, partageront l'exercice dupouvoir avec l'opposition, dont la figure de proue est le leader du Mouvementpour le changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai.

Cette «cohabitation àl'africaine» satisfait les «pragmatiques» pour qui seul compte la fin desaffrontements sanglants dont les pays concernés ont été le théâtre. Elle nerègle pas en fait le fond du problème qui est le refus par les pouvoirs enplace d'une alternance démocratique et pacifique. A bien voir, cette sorte decompromis est en fait une prime accordée aux dirigeants en place désavoués parle suffrage universel.

Au Kenya comme au Zimbabwe, lesprésidents sortants ont instrumentalisé le spectre du chaos pour obtenir derester en place, quitte à concéder temporairement quelque pan de pouvoir àleurs adversaires. C'est là des arrangements de conjoncture qui ne mettent pasun terme «aux intérêts et hostilités profondément enracinés» qui font agirleurs protagonistes. Les médiateurs qui ont mené les négociations entre frèresennemis dans ces pays se sont contentés de «couper la poire en deux», tout ensachant que tôt ou tard l'une ou l'autre partie en viendra à remettre en causela part qui lui a été dévolue. Nos «pragmatiques» soutiendront encore que c'esten collaborant ensemble que les adversaires d'aujourd'hui pourraient construiredes passerelles entre eux qui leur permettront de se disputer à l'avenir lepouvoir par des voies pacifiques et démocratiques.

Rien n'est moins sûr à cause dela culture politique dont sont imprégnés les dirigeants africains en place. N'est-cepas cette culture politique qui leur a fait se montrer si compréhensifs àl'égard de leurs pairs du Kenya et du Zimbabwe qui s'accrochent au pouvoirenvers et contre la volonté exprimée de leurs peuples ?


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