Oran - Revue de Presse

Un accord, mais...



Un accord a été trouvé au Zimbabwe entre Robert Mugabe et son opposant Morgan Tsvangirai. Un gouvernement d'union nationale va être formé après la signature, aujourd'hui, d'un accord de partage de pouvoir conclu sous l'égide du président sud-africain.

Comme dans le cas du Kenya, la population est soulagée qu'une issue ait été trouvée à la crise qui éloigne le spectre des violences. Dans une certaine mesure, l'Union africaine et la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) peuvent y trouver la preuve que leur approche réaliste est plus constructive et plus fructueuse que les appels, très intéressés, des Occidentaux à la mise en place de sanctions économiques. Cela est d'autant plus juste que l'on sait que les sanctions économiques nuisent moins aux régimes qu'aux populations.

L'accord, conclu après des négociations ardues, est également le fruit du réalisme des acteurs politiques du Zimbabwe. Le Zanu-PF de Robert Mugabe a été vaincu par les urnes mais il n'a pas été balayé de la carte. Il avait intérêt à lâcher du lest, sachant que l'Afrique du Sud était de facto son seul soutien concret. Or, le président Thabo Mbeki était assailli de critiques au sujet d'une médiation où il a trop longtemps semblé favoriser son compagnon de combat d'hier, Robert Mugabe. C'est donc sa crédibilité et, à travers lui, celle du continent qui était en jeu. Vu la manière de penser de Mugabe, on peut être certain que Thabo Mbeki a dû exercer des pressions fortes pour parvenir à un accord.

De son côté, Morgan Tsvangirai a fait preuve de réalisme en renonçant à une démarche politique qui s'appuierait uniquement sur un problématique soutien occidental. Il a sans doute compris que le Zimbabwe se trouve en Afrique et qu'il n'est pas une Géorgie où les médias et les officines de l'Occident seraient en mesure de lui confectionner une révolution « orange ». Ce réveil de Morgan Tsvangirai a été salutaire.

S'il faut louer le travail de Thabo Mbeki et le réalisme des protagonistes de la crise au Zimbabwe, il ne faut pourtant pas sauter de joie. Car il ne faut pas oublier que l'alternance démocratique a été entravée au Zimbabwe par le refus du pouvoir d'accepter la sanction des urnes. Ce fut également le cas au Kenya où la manipulation des résultats électoraux a plongé le pays dans des violences terribles. Ces accords de partage de pouvoir sont le produit d'une démocratie empêchée, d'un recours à des violences de la part des pouvoirs en place.

C'est pour cela qu'il ne faut pas que le Kenya et le Zimbabwe servent de modèles pour tous les régimes en place et qu'ils ne soient pas un signal continental que l'on peut tricher avec les urnes sans risque sanctionné. Ce serait accepter une forme détournée de coups d'Etat que l'Union africaine, à juste titre, a décidé de combattre en refusant de concéder une quelconque légitimité à ses auteurs. Le refus de la sanction des urnes ne doit pas être plus accepté qu'un coup d'Etat par l'Union africaine.


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