L?anecdote, c?est mon coiffeur qui me l?a racontée. C?était au temps du typhus, m?a-t-il dit, les années 40. Mon grand-père alors fossoyeur, paix en son âme, fut surpris, alors qu?il renvoyait quelque âme en peine vers son créateur, par les propos de Cheikh Larbi Ben Sari, le grand cheikh qui passait près du cimetière Cheïkh Senouci.
«Hé, Moulay! Tu vas t?enrichir cette année avec l?épidémie». Et mon grand-père qui répliqua, entre deux pelletées: «tu ne t?es pas enrichi, toi avec les zgharit, tu veux que je m?enrichisse, moi avec les twawigh».
C?est vrai que grands cheikhs qu?ils étaient, ils vivotaient d?expédients, lui Larbi, Tetma, Omar Bekhchi, Malti et autre Bekhchi, en tailleur sur un tapis quand ce n?était pas une simple hsira, ils adoucissaient le labeur quotidien par quelques notes de kouitra ou d?une snitra ou même encore d?un nay; ils contribuaient ainsi à l?activité culturelle. On les sollicitait lors de mariages où ils apportaient un peu d?ambiance jusqu?à une heure un peu avancée de la nuit, jamais après minuit.
Aujourd?hui, il ne faut pas être musicien pour faire youyouter les plus belles dames maquillées et parées pour une soirée de noces. Le plus médiocre des D.J peut le faire en mélangeant raï, chaoui, disco et charqui, koulchi fi lila et même adhan el-fedjr, en juillet, n?est pas respecté. Et le DJ remballe sa mécanique les poches bien pleines.
Septembre, octobre les premiers regrets, le premier coup de gueule, la première gifle, les premiers twawigh. On enterre à coups de pelle les beaux souvenirs et on rentre dans la routine endémique comme dans une fosse quand la belle n?est pas renvoyée à l?expéditeur.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El-Guellil
Source : www.lequotidien-oran.com