Froideur - Lorsque vint le tour d'El Anka de se produire, il y eut deux ou trois applaudissements timides dans le public, sans plus.
Pour apaiser les ranc'urs entre les équipes de football d'Alger et d'Oran, les deux Mouloudias phares de la saison, et apurer définitivement le contentieux entre eux, les deux villes ont décidé d'organiser à Oran un grand concert avec la participation des plus grands chanteurs de l'époque.
Il fallait donc mettre un terme à un différend qui avait pris des allures régionalistes et qui risquait de déraper dangereusement.
Au point d'ailleurs que des voitures immatriculées à Oran étaient systématiquement caillassées dans la capitale et parfois même les chauffeurs pris à partie.
Naturellement, par réciprocité, des voitures immatriculées à Alger étaient attaquées sans que personne intervienne.
Nous sommes en 1968 et les dirigeants des deux équipes ont accueilli l'initiative d'un concert avec beaucoup d'espoir.
La commune d'Oran mettra à la disposition du spectacle sa plus grande salle de cinéma, le Régent, et donnera même des instructions aux employés pour faire un effort en matière d'accueil.
Pour attirer le public, les organisateurs avaient programmé des vedettes de la chanson orainaise moderne et des stars du bédouin en ouverture et en finale un grand chaâbi, El Hadj El Anka.
La soirée se déroula le plus normalement du monde jusqu'à l'entracte.
Il n'y avait pas une seule place de libre, même les strapontins étaient pris.
Lorsque vint le tour d'El Anka pour se produire, il y eut deux ou trois applaudissements timides dans le public, sans plus.
Quelque chose assurément ne tournait pas rond dans la salle. On le sentait et son silence était gênant et ne présageait rien de bon.
Pendant que le cheikh exécutait son morceau, un groupe de perturbateurs donne alors de la voix et sortit ostensiblement, non sans proférer quelques réflexions désobligeantes en direction du chaâbi.
Un couple en fera de même, puis d'autres spectateurs suivront. Quelqu'un allumera les lumières dans la salle pour donner le signal du départ collectif. Etait-ce un acte de sabotage ' En quelques minutes, il n'y avait plus personne.
Stoïque, El Anka continuera sa prestation sans se démonter, en saluant même, avant de s'éclipser, les trois Oranais restés l'écouter malgré l'affront.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Info Soir
Source : www.infosoir.com