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Source de tous les fléaux



Source de tous les fléaux
Définition - «L'illettrisme du latin «illitteratus» qui signifie (ignorant). Un qualificatif donné à une personne qui n'a pas acquis ou qui a perdu la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul bien qu'elle ait été à l'école».
C'est en ces mots que Mohamed Kheddam, pédagogue à la retraite, a expliqué cette notion. A noter aussi que jusqu'à un passé récent la définition de l'analphabétisme par l'Unesco ne permettait pas de faire cette distinction. Pourtant, la différence est de taille et nous renvoie de facto aux insuffisances de notre système éducatif et de formation. A ne pas négliger non plus l'environnement culturel et social qui demeure peu attentif au savoir, poursuit cet ancien inspecteur de l'éducation de la wilaya d'Alger.
C'est à ce titre qu'il s'interroge d'ailleurs sur l'incidence de ces orphelins du verbe sur la société ' Une question légitime, d'autant que le pourcentage de cette catégorie dépasserait l'imaginaire, selon notre interlocuteur. «L'illettrisme est le pilier principal sur lequel reposent les régimes totalitaires, que ce soit, ceux qui incarnent la puissance militaire ou ceux basés sur le compromis des tribus», précise t-il.
Il n'est donc pas étonnant de voir les pays non démocratiques favoriser l'émergence d'un système éducatif formant, à la place des citoyens, des militants. Ces derniers formeront la base sociale du régime, perpétuant ainsi un système dépassé et écrasant toute volonté d'apprentissage moderne.«Le recul des principes de citoyenneté est une conséquence directe de l'illettrisme et de l'analphabétisme», ajoute M. Khedam.
Sur un autre chapitre, nombreux sont les spécialistes qui s'accordent à dire que ce phénomène a des conséquences inévitables sur la vie socioprofessionnelle de l'illettré et même de sa progéniture.
«Les enfants qui grandissent dans un environnement illettré ont plus de mal que d'autres à s'ouvrir sur la culture et l'art d'une manière générale, même si les parents disposent de beaucoup de moyens», «souligne M. Kheddam, pour qui l'absence de salles de cinéma, de théâtres, de bibliothèques, de musés et d'autres infrastructures culturelles favorise inéluctablement l'émergence d'une société illettrée».
Il reste à savoir comment remédier à une situation dominée par l'ignorance si la volonté politique de mettre fin au phénomène ne suit pas ' Et comment bénéficier des programmes des Nations unies de lutte contre l'analphabétisme et l'illettrisme si les textes réglementaires et juridiques ne tolèrent aucune initiative de la société civile' Les réponses à ces deux questions nous renvoient aux répercussions de cet état de fait que notre pédagogue résument dans cette équation : l'illettrisme est le lit de toute misère sociale et source de corruption et de tous les fléaux sociaux. Il cite à cet effet l'émigration clandestine «harga», le terrorisme, le suicide...
Enfin, pour compliquer une situation déjà bien complexe, la déperdition scolaire dont les chiffres flambent d'année en année est devenue, au fil du temps, une source inépuisable pour l'illettrisme en Algérie. M. Kheddam se souvient qu'en 1998 déjà, lorsqu'il était encore dans l'éducation nationale «sur 100 élèves inscrits en première année primaire 8 seulement arrivaient à l'université. Quant aux études supérieures c'est un autre débat». 15 ans après, si la situation n'a pas empiré, elle ne s'est guère améliorée.


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