Oran - Revue de Presse

Une urgence qui pouvait attendre



Sur fond de situation tendue entre-coupée de scènes de violence, alors que Nahr El-Bared n'a pas encore dit son dernier mot, Beyrouth s'amuse à organiser des législatives partielles pour deux sièges à pourvoir, comme si l'urgence était de taille, pour remplacer Pierre Gemayel et Walid Eido morts assassinés. Un affrontement de plus sous le prétexte de la légalité constitutionnelle oppose Amine Gemayel, candidat des Phalanges, à l'aouniste Kamil Khouri et allié du Hezbollah. Un combat plus proche du spectacle hollywoodien que de la réalité politique d'un pays qui a failli constituer un exemple pour ce monde arabe, dont la gouvernance, la bonne, se traduit de plus en plus en propriété privée de classes au pouvoir. Les sympathisants de Gemayel considèrent que le siège des hauteurs de la capitale est une affaire de famille et c'est bien là l'erreur qui fait ressembler le pays du cèdre à tous les autres pays arabes. Dommage. Le drame, c'est que le jeu n'a plus aucune règle à un mois des présidentielles, où les deux ténors chrétiens de la politique s'affronteront à nouveau. Le drame, c'est que le Liban s'est transformé en terrain de lutte entre les Occidentaux, appuyant un gouvernement qui revendique sa légalité, et un courant islamo-chrétien qui revendique, quant à lui, sa légitimité. Mais Israël est aux frontières, en train d'observer avec le plus grand intérêt l'avenir d'un pays qui lui sert pour des manoeuvres militaires à chaque fois qu'il avance d'un pas. Le Liban n'est pas n'importe quel pays arabe. Sa mosaïque religieuse, qui devait en faire un exemple de tolérance et de convivialité, s'est transformée en communautarisme rétrograde. Ses atouts historiques et touristiques, sources de ses revenus, se sont éteints pour ne laisser qu'un seul choix, celui d'en fuir sur les chemins de l'exil. Sa proximité avec la Syrie, au lieu de lui permettre une profondeur territoriale dont il a grandement besoin, s'est transformée en prison à perpétuité. Les camps palestiniens qui s'y sont installés, signe d'une solidarité toute humaine, se font détruire, ajoutant à la pauvreté la destruction de leurs maisons. Dommage. Les assassinats politiques, attribués officiellement aux services syriens, ont divisé la classe politique en pro et anti-syriens. Au lieu de s'occuper à veiller à l'intégrité territoriale, en ripostant aux attaques de l'Etat hébreu, l'armée joue au petit soldat contre le « méchant » Fath El-Islam pour montrer ses dents de lait. Et les Etats-Unis arment et arment encore plus, pour faire de la violence un lot quotidien. Pour que le Liban ne se remette plus jamais de ses blessures, laissant à Israël le temps de se reconstruire et d'assurer sa suprématie sur toute une région. L'urgence de législatives partielles pour tester une population meurtrie et achevée par un taux d'inflation galopant ressemble en tous points à une séance de cirque, où la phase risible du spectacle, celle des clowns, demeurera toujours l'exclusivité des Libanais, quel que soit le perdant. Puisqu'il n'y a de gagnants qu'Israël et ses soutiens occidentaux, en attendant la prochaine guerre. En attendant une autre vraie fausse alerte. Quelle légalité constitutionnelle peut-on faire respecter lorsque la vie de milliers de Libanais ne l'a pas été ?
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