
C'est l'histoire d'un homme qui regarde par la fenêtre, mais autrement.Le jeune metteur en scène syrien, Majd Fedda, a retravaillé avec le dramaturge Waseem Al Sharqy un texte du Polonais Ireneusz Iredynski, pour construire la pièce Al nafidha (La fenêtre), présentée dimanche soir à la salle Es Sâada, en section Off, du 9e Festival du théâtre arabe à Oran. Dans une maison, un jeune couple (Majd Feda et Jafra Younes) s'ennuie.Les jours passent. L'homme change d'attitude, parle de moins en moins, se retire. Il s'installe devant la fenêtre pour regarder un bâtiment en face. Toutes les tentatives de son épouse pour le faire sortir de cette posture échouent. Elle tente alors de le séduire, de susciter sa curiosité, de l'amadouer... Rien. L'époux reste collé à la fenêtre, comme s'il était obnubilé, attiré par quelque chose, le regard presque figé. «Mais tu regardes quoi, enfin' Une femme ' Oui, c'est cela, une femme !», crie l'épouse à bout de nerfs. Pas de réponse. A un moment, l'homme, qui boit du thé, de l'eau et de l'alcool, comme pour noyer un chagrin, se retourne vers son épouse.«Regarde là, au quatrième étage, la troisième fenêtre à droite. Elle est plongée dans le noir, mais parfois une petite lumière apparaît. C'est beau. J'attends que cette lumière revienne», explique-t-il. L'épouse croit que son mari délire et continue à tourner autour de lui pour qu'il revienne... à la vie. «Sortons, allons prendre l'air, manger dehors...», lance-t-elle, avant de constater que sa requête n'aura pas d'écho. L' échange entre le couple devient vivace, coléreux, douloureux, intense...Majd Fedda, qui est le fils du célèbre comédien Assâd Fedda, a su restituer, à travers cette histoire intérieure, tout le drame de la Syrie, l'attente sanglante des syriens, l'espoir blessé... Le metteur en scène, âgé à peine de 30 ans, a estimé, lors d'une rencontre avec les journalistes, que les spectateurs se déplacent massivement pour voir des pièces de théâtre en Syrie.«Les gens veulent trouver un sens à la vie, retrouver des traces de la vie. Le théâtre est l'acte le plus propre que l'homme peut exécuter. Les spectateurs savent ce qui exprime leurs préoccupations et connaissent ceux qui font commerce de leurs douleurs. Nous voulons éviter de vendre et d'acheter les souffrances des autres. Parce que les autres, c'est nous ! Il n'y a plus les autres, il n'y a que nous. Nous sommes parfois privés de sortir de nos propres maisons pendant longtemps, pas uniquement du pays. Nous voulons nous réconcilier avec nous-mêmes», a relevé Majd Fedda. Selon lui, les Syriens ne parlent plus de politique. «Ils veulent juste que la guerre s'arrête pour qu'ils puissent vivre. Ils parlent de choses quotidiennes, de l'électricité, de l'eau...Chaque jour la Syrie s'échappe de nos mains vers une destinée qu'on ignore. Chaque jour un passé se reconstitue, alors que nous vivons le présent. Je suis jeune, mais je vis le passé. Je ne vis pas au présent», a-t-il confié. Le spectacle Al nafidha, qui est plongé dans une atmosphère sombre servie par la scénographie simple de Walaa Tarakjy et les lumières expressives de Aws Rostom, évoque l'enfermement raconté par le metteur en scène.Autant que la maison désordonnée qui paraît être une métaphore dans un pays déchiré par la guerre, par les luttes d'intérêt géostratégique et par les logiques de pouvoir et d'influence. «Nous essayons d'évacuer les idées de la trahison, de l'agressivité et de l'extrémisme. Nous nous sentons trahis en tout. La Syrie était belle et allait devenir encore plus belle. Il y a des jeunes qui travaillent, qui pensent qu'ils n'ont plus rien à perdre et qui ne veulent pas faire partie du gros mensonge.Nous essayons d'avoir de l'argent de sources indépendantes. Les gens nous défendent parce qu'ils ont vu ce que nous faisons. Notre travail parle à notre place. Des jeunes tentent des expériences théâtrales, mais leurs efforts ne sont pas encore visibles», a appuyé Majd Fedda. Il a critiqué quelque peu certains hommes de théâtre syriens, qui, malgré la situation du pays, versent dans la facilité, le futilement utile. «Certains ne veulent pas se fatiguer. Nous comparons cela souvent au plat d'épinards, facile à préparer ! Cela dit, nous avons perdu certaines batailles, comme celle de constituer une société civile qui respecte le théâtre, la vie humaine, le culte, les croyances...», a-t-il regretté.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com