Le film Asfouri, du Libanais Fouad Alaywan, défend l'idée de sauver la mémoire urbaine de l'effacement...Oran.
De notre envoyé spécial
Fouad Alaywan est très attaché à Beyrouth, sa ville natale. Il le montre largement dans Asfouri, long métrage en compétition au 7e Festival d'Oran du film arabe (FOFA), projeté dimanche soir à la salle Maghreb. Le cinéaste a tissé son histoire autour d'un immeuble, véritable témoin du siècle qui a résisté tant à la stupide guerre civile libanaise qu'aux assauts d'une modernisation arrachant tout sur son passage. Dans cet immeuble, des familles vivent, connaissent les joies et les malheurs, les coupures de courant, la peur, les espoirs et la trahison. Karim, qui revient d'Amérique des années plus tard, porte un autre regard sur le Liban en mutation, sur la ville en métamorphose. Entre passé et présent, l'histoire que Fouad Alaywan raconte se passe entre 1975, 1981, 1995... Toute une mémoire qui défile. Les aspects politiques sont laissés de côté. Pas la peine d'y revenir, le cinéma libanais déborde déjà de films revenant sur la guerre civile sous tous les angles. Rafic Al Hariri, «le reconstructeur» de Beyrouth, est évoqué dans le film, mais sans prise de position aucune. La reconstruction de Beyrouth, immense entreprise économique, a débuté après les accords de Taëf (signés en octobre 1989).
La caméra s'attarde sur le quotidien de la famille de Karim, suit le jeune homme dans ses soirées bien arrosées dans Beyrouth joyeux, dans ses aventures nocturnes, dans ses souvenirs... L'idée du film semble s'articuler autour de la mémoire que l'immeuble représente. Mais l'immeuble est menacé de destruction. Que faire ' Fouad Alaywan, prétextant des prises de vue de Karim en plein Beyrouth, met les bâtiments de la ville méditerranéenne en perspective. On a presque l'impression qu'il s'agit d'un reportage touristique, mais cette idée est nécessaire pour la narration dramatique voulue dès le départ. Car il s'agit de «célébrer» la ville, sentir ses odeurs, rappeler son passé, caresser les joues de son histoire. Fouad Alaywan semble craindre l'affrontement du futur. Et de voir Beyrouth défigurée par «la mondialisation». Le cinéaste a fait des bâtisses de la ville un personnage en mouvement. Paradoxale attitude. Et là, le cinéaste ne «règle» pas fatalement la question de savoir que faut-il faire ' Détruire l'immeuble pour en construire d'autres, effacer la mémoire et la remplacer par d'autres.
L'existence n'est-elle pas une accumulation de mémoires et une superposition d'oublis ' Asfouri , qui peut signifier «mon oiseau», est en fait un langage populaire codé que Fouad Alaywan a voulu ressusciter pour mettre «une couche» cynique à son histoire. Il suffit de mettre un «z» entre les voyelles et ça donne une incroyable sonorité musicale. «Asfouri est un langage inventé par les coiffeurs à Beyrouth. Si vous partez dans les quartiers chrétiens de la ville, vous entendez les gens parler le asfouri», a précisé le cinéaste lors du débat qui a suivi la projection. Le patrimoine immatériel est, probablement, le meilleur moyen pour se protéger contre les attaques de la normalisation culturelle et mettre à l'abri l'identité. Dommage que le film se perde quelque peu entre les récits. Le va-et-vient passé-présent n'est pas tout le temps réussi. Et les personnages se trouvent parfois dans des endroits et des situations qui alourdissent la trame ou la rendent incompréhensible. Le cinéaste libanais a reconnu que son film porte une part d'autiobiographie. «Mais je suis parti au-delà.
L'histoire de Karim est en fait celle de la génération qu'il représente. La vie change et Beyrouth se transforme en ville où les bâtiments ressemblent à des box, sans aucun charme. Des espaces verts et des places ont disparu. Aujourd'hui, Beyrouth ressemble à Dubaï. Les gens, les voisins ne se parlent plus entre eux. Cela n'existait pas auparavant. Nous perdons notre humanité. Les gens ont peur d'aller vers l'autre», a souligné Fouad Alaywan, regrettant l'effacement graduel des repères architecturaux de la capitale libanaise. «Je ne sais pas si j'ai réussi. Le film est là, certains l'aiment, d'autres pas. Mon souci est de défendre la mémoire. Cela relève de la responsabilité de tous, à commencer par mon fils et jusqu'à mon père», a-t-il affirmé, soulignant que le cinéma est une affaire de culture et de goût. Fouad Alaywan, qui a étudié le cinéma au Montana aux Etats- Unis, a réalisé des courts métrages tels que Chouk maridh li watan maridh et Hawa Beyrouth.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com