L'islamisation de
la cité nous menace, après cette identité nationale menacée par des burquas. C'est
au tour du hamburger de s'en prendre à notre France des clochers et des
villages.
Le travail de
sape a commencé il y a longtemps, le jambon beurre reculait déjà depuis le
début des années 80 sous les coups de boutoir de Mc Donald, mais voilà que
maintenant il est en plus halal ! Beaucoup de bruits pour rien ? Il existe
certes des restaurants caschers depuis belle lurette et sur certaines portions
d'artères parisiennes, il devient difficile de trouver un restaurant où l'on
serve du porc ou même autre chose de non conforme au rite hébraïque, il en est
de même dans certains quartiers de la banlieue parisienne où se multiplient les
restaurants halal. Mais là l'image est plus forte, c'est Quick burger enseigne
nationale à la notoriété établie, qui décide, ou du moins probablement un
franchisé (on ne nous le dit pas), de ne vendre que des produits conforme au
rite musulman, et c'est de là que la polémique s'installe. Les élections
régionales n'y sont probablement pas étrangères tout à fait, mais c'est surtout
le reste du contexte qui favorise la trainée de poudre qui enflamme les propos
des commentateurs et des politiques. Le référendum sur les minarets en Suisse,
mélangé au débat sur l'identité nationale, avec un zeste de débats sur la
burqua provoque la fausse route de ce sandwich qui ne passe pas. Mais au fait,
qui a t-il de si grave ? Un commerçant décide de lancer une offre qui pense
t-il va lui permettre de capter une clientèle et de produire du chiffre
d'affaire ou s'agit-il d'un complot contre la cohésion nationale? Qu'à t- on
besoin de mélanger les valeurs de la République avec la sauce ketchup ? On
pourrait certes leur reprocher d'avoir totalement exclu le porc, et se dire que
ce que cherche l'Islam en France, c'est une place au milieu des autres et pas à
l'écart des autres. On préfère le fameux vivre ensemble au chacun chez soi,
mais encore une fois Quick Burger n'a pas une mission de service public et de
promotion du rapprochement entre les peuples. Et c'est là où l'on voit que le
nÅ“ud du problème n'est pas là mais plutôt dans cette peur irrationnelle,
remontant sans doute au cortex médiéval qu'inspire l'Islam. Cette campagne
rappelle le déjà fameux oublié Franprix halal que Manuel Valls avait fait
fermer à Evry, on ne sait pas bien pourquoi. Et c'est là où on regrette tout de
même non seulement que tout puisse servir à semer l'effroi, mais aussi, qu'il
ne se trouve pas de voix ayant suffisamment d'audience dans la communauté
musulmane pour pouvoir expliquer, désamorcer, rassurer et porter une
contradiction audible aux agitateurs du marigot de l'incompréhension.
Quel dommage, qu'au lieu de ce qu'est devenu
le débat sur l'identité nationale, il n'y ait pas plutôt un débat apaisé dans
les média sur ce qu'est l'Islam, ses divers courants, pour que chacun puissent
juger en connaissance de cause, s'instruire et ne voit pas un dangereux taliban
tapi dans chaque bouchée de whopper. Les non musulmans et les musulmans y
gagneraient sans doute. Les premiers, pour des raisons évidentes, et les
seconds parce qu'ils n'ont souvent aucune formation théologique et qu'ils
peuvent ainsi facilement devenir des cibles pour les marchands de certitudes
incontestables qui eux savent fleurir sur le lit des frustrations.
Ce n'est probablement pas un point pris en
considération par ceux qui veulent faire disparaitre dans les programmes de
seconde le chapitre sur le monde musulman qui évoquait entre autres la
cohabitation merveilleuse entre les trois grandes religions en Andalousie qui
devrait être la référence pour chacun, au profit…de la civilisation rurale dans
l'occident chrétien médiéval ! C'est sans doute ainsi que l'on Å“uvre à la
connaissance mutuelle et qu'on laisse aux images d'attentats en Irak ou de
burqua sur les marchés de banlieues des journaux télévisés, la tache
d'enseigner le fait musulman.
Pourquoi les discriminations, les inégalités,
les contrôles au faciès, et toutes ces choses que l'on connait trop bien pour
qu'elles arrivent à déclencher de telles polémiques, un tel potin, ne
mobilisent-elles pas notre thuriféraire de l'égalité républicaine, de la
laïcité qu'ils soient de gauche ou de droite ? On aimerait que des maires de
Roubaix et d'ailleurs portent plainte contre les discriminations aux logements
ou à l'emploi qui semblent somme toute beaucoup plus sérieuses. Encore une
fois, le vrai problème est bien là et notre société fait semblant de parler de
l'islamisation de la société pour ne pas parler des inégalités, de la
difficulté à accepter ce qui vient d'outre méditerranée et d'en faire une
partie du Soi.
Chez les névrotiques, il existe au moins deux
symptômes bien connus le déplacement où quand le Moi ne sait pas traiter un
problème il le déplace et la dénégation ou le névrosé offre la vérité tout en
la niant. En l'occurrence on nous parle d'Islam et pas du trouble que jette la
France qui change à de multiples égards, et on nie le fait que le vrai problème
est ailleurs. Ce n'est pourtant pas d'un Brillat Savarin pour discuter de la
pertinence du hamburger halal ou d'un Freud pour traiter nos névroses phobiques
dont nous avons besoin, mais d'un débat franc sans parti pris et surtout
honnête sur ce que nous devrions faire dans le consensus pour que la France
reste une terre de fraternité et de respect mutuel.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Madjid Si Hocine
Source : www.lequotidien-oran.com