La crise
économique actuelle a mis au jour deux grandes faiblesses de l'Union monétaire
européenne, inhérentes à sa conception. La première a trait à la viabilité à
long terme des finances publiques d'une série d'Etats membres de la zone euro. La
seconde, à la mauvaise coordination de la politique macroéconomique, source de
rivalités internationales entre ces membres et danger pour l'existence même de
l'euro.
Des pays, dont
les finances publiques semblaient encore fondamentalement saines l'an dernier,
sont en butte à de sérieuses difficultés budgétaires. L'Irlande s'attend à ce
que sa dette augmente de presque 80% de son PIB d'ici 2010, alors qu'il y a un
an à peine, la Commission européenne prévoyait pour ce pays une augmentation de
moins de 30%. Et l'Espagne est susceptible, par rapport à 2007, de multiplier
son ratio dette/PIB par deux d'ici 2010, jusqu'à dépasser 60%, alors que ce
pays était censé voir décroître son coefficient d'endettement.
Les mécanismes de surveillance fiscale de
l'Union européenne n'ont pas permis de prévoir cette évolution, parce qu'ils
n'intègrent pas une variable essentielle: celle de la dynamique de
l'endettement du secteur privé. Avec ce que coûte une crise bancaire sur le
plan économique, les gouvernements ont tendance, quand survient une crise, à
absorber les dettes du secteur financier, comme l'ont fait récemment le
Royaume-Uni et l'Irlande, et, au cours des crises financières des années
quatre-dix, l'Amérique latine et l'Asie. Il en va probablement de même quand
les secteurs-clés du privé sont au bord de la faillite. Un pays dont les
finances publiques sont saines peut ainsi tomber dans la débâcle du jour au
lendemain.
Etant donné le resserrement des liens
financiers et économiques entre membres de la zone euro, il suffit qu'un seul
des pays de l'UEM connaisse un accroissement de sa dette publique pour que tous
les membres en subissent le contrecoup, aucun n'autorisant de défaillance de la
part des autres. Par conséquent, comme la responsabilité de la dette du secteur
privé des pays partenaires incombe indirectement aux membres de l'UEM, celle-ci
devrait également être placée sous le contrôle de l'Union monétaire européenne.
Autre problème perceptible, l'absence d'une
coordination effective des politiques économiques, du moins jusqu'à maintenant.
Avant la crise déjà, la concurrence et le cycle des affaires étaient sujets à
conflits. La constant déclin de la compétitivité au cours la dernière décennie
est l'une des raisons pour lesquelles la crise a si durement frappé certains
pays du sud de l'Europe, tels que l'Espagne et l'Italie.
Le défaut de contrôle de la politique fiscale
et le manque de convergence économique inquiètent de plus en plus la Banque
centrale européenne, ainsi que les ministres des finances de la zone euro. Aucune
initiative pour affronter ces problèmes n'a été envisagée jusqu'ici, mais ces
questions vont certainement faire l'objet de débats au sein de l'UEM.
Pour combattre les problèmes liés à la dette
publique et améliorer la coordination des politiques économiques, il suffirait
d'élargir les critères existants: un “Pacte de stabilité extérieure” pourrait
être institué pour accompagner les régulations de l'UEM. Ce pacte contrôlerait
les déséquilibres des balances courantes et pénaliserait les déficits excessifs
ou les excédents des balances extérieures.
Ce contrôle des balances extérieures serait
un instrument de mesure efficace des futurs risques de défaillance, étant donné
que la persévérance des déficits de la balance courante conduit à
l'augmentation de la dette extérieure nette. En outre, il y a un lien direct
entre la dynamique de l'endettement du secteur privé des pays de l'UEM et les
déséquilibres de leurs balances courantes dans la zone euro. Tant qu'un gouvernement
national s'en tient à un déficit raisonnable, le déficit de la balance courante
reflète ce que le secteur privé emprunte à l'étranger (ou la vente d'actifs
étrangers préalablement amassés). Si la balance courante est évaluée avec la
position fiscale, il devient possible de tirer des conclusions sur les
tendances du risque d'endettement dans le secteur privé.
Mathématiquement, la dynamique de
l'endettement démontre qu'aucun pays de la zone euro ne peut se permettre le
déséquilibre de sa balance courante, qu'il s'agisse d'un déficit ou d'un
excédent, au-delà du seuil de 3% du PIB. Des exceptions pourraient être
accordées à des pays qui ont de gros afflux d'investissements directs dans de
nouvelles infrastructures. Cette règle devrait s'appliquer à la fois aux pays
endettés et aux pays créditeurs. Après tout, il faut être deux pour créer un
déséquilibre de paiement, et les pays en déficit ne devraient pas être les
seuls à porter le poids de l'ajustement. Un tel pacte obligerait les
gouvernements à recourir à des mesures fiscales et salariales, ainsi qu'à une
politique économique globale pour équilibrer leur balance extérieure. Cela
assurerait une meilleure coordination des politiques économiques, surtout pour
ce qui concerne le plafonnement des salaires, parce que les gouvernements
seraient forcés d'utiliser la législation nationale et les accords salariaux du
secteur public pour influencer la politique salariale de manière à réduire les
disparités entre les pays de la zone euro.
De plus, un Pacte de stabilité extérieure
obligerait les gouvernements à prendre en compte les conséquences de leurs
réformes économiques nationales sur les autres Etats membres. Si un “pays
excédentaire” comme l'Allemagne voulait baisser les coûts salariaux indirects
et augmenter la taxe sur la valeur ajoutée, de façon à stimuler sa
compétitivité, il lui faudrait simultanément adopter une politique fiscale
généreuse, pour en compenser les effets négatifs sur ses partenaires
commerciaux.
Dans le cadre de ces règles, les pays pris
individuellement garderaient la possibilité de concevoir leurs propres mesures.
En Espagne, par exemple, le gouvernement aurait pu répondre au boom immobilier
et au déficit commercial par des augmentations d'impôts ou des restrictions
salariales. Sinon, il aurait pu intervenir en régulant la planification ou en
limitant les prêts hypothécaires.
Un Pacte de stabilité extérieure n'aurait pas
seulement pour rôle de donner l'alerte sur les risques menaçant la stabilité
fiscale; il donnerait également corps à un principe fondamental de la
législation de l'Union européenne, à savoir que les Etats membres considèrent
enfin la politique économique comme un “intérêt commun.”
Traduit de
l'anglais par Michelle Flamand
* Sebastien
Dullien est professeur d'économie internationale à l'université des sciences
appliquées (FHTW) de Berlin. * Daniela
Schwarzer est chercheur spécialiste de l'intégration européenne à la Sriftung
Wissenschaft und Politik (SWP)
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Sebastian Dullien * & Daniela Schwarzer *
Source : www.lequotidien-oran.com