Oran - Revue de Presse

Un nouvel article 120 dans les airs



Ce n'est pas encore une terreur, mais c'est déjà une peur etun moyen d'assassinat politique ou de carrière: être accusé d'être contre le 3emandat pour Abdelaziz Bouteflika. Engagés dans laféroce lutte de visibilité et de positions, les hommes et les femmes de cettegalaxie de comités de soutien, formels ou informels, usent déjà de cetteméthode pour disqualifier des concurrents «internes», des opposants à leurcarrière. Il suffit de le dire pour voir s'installer autour de la cible un videhygiénique et une mise sous quarantaine quasiment médicale. La proie n'a alorsque deux moyens pour s'en sortir: multiplier les déclarations de soutien sur unregistre de sons plus audibles et plus aigus, ou recourir à la presse pourpublier des mises au point expliquant que le nom de X a été frauduleusement oupar erreur cité dans telle pétition ou durant telle rencontre, ou à l'occasiond'une telle prise de photo de groupe. Dans la nouvelle maquette de la RADP, ces «précisions» sontdéjà des morceaux d'anthologie et des aveux de repentir, presque préalables àune bonne «rééducation culturelle». On y lit non seulement la peur de la «victime» jusqu'à y entendre des gémissements, mais surtoutla nouvelle peur de l'époque, ses petites misères et les lignes fortes d'unesorte d'ordre alimentaire et de survie qui se dessinent discrètement. Il fut untemps où, pour se débarrasser d'un homme ou le décapiter en live, il suffisaitde l'accuser d'être bourgeois, d'être l'ami d'un propriétaire d'un bain maure àl'époque du socialisme égalitaire, d'être un FFSiste,un Benflisiste ou un FISisteembusqué. Aujourd'hui, les formes ont changé: une seule fausse note dans lechant unanime suffit pour vous couper parfois les vivres, le salaire et lacarrière. Bien sûr, cela n'en n'est pas encore au point de la menace directe, etne vise que les bureaucrates, les hauts cadres, les syndicalistes ou tout ceuxqui sont nourris directement au pétrole et dépendent du système pour se nourrir.Le plus dramatique dans cette mécanique du procès ouvert, c'est que cela nevient pas directement «d'en haut» mais semble être une sorte de produit dérivéd'un zèle féroce à la base, entre «fidèles». Un moyen de concurrence malsaineentre porteurs de haut-parleurs, une recette pour régler de vieilles ou toutesfraîches animosités et une sorte de souvenir clandestinde l'article 120, profondément enraciné dans la mentalité nationale et lahiérarchie de la lutte pour les pouvoirs. A la fin, on a peur d'en être victime,mais plus encore de dire qu'on a été victime. L'opinion politique n'étant plusque de trois sortes: «correcte», diffamatoire ou suicidaire. Les mauvaisesépoques étant celles où les cadavres sentent déjà mauvais avant les mises à mort.
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