«C'est l'été, les vacances, oh mon Dieu, pas de chance», fredonne un jeune chômeur, diplômé et les proches vides, sur la place publique de la ville.
L'été tire à sa fin, le rêve d'un séjour sur les rives de la Méditerranée, caressé par des centaines, voire des milliers de citoyens de la wilaya d'El-Bayadh, de faire trempette dans la grande bleue s'est estompé, les tirelires et les bas de laine étaient vides toute l'année.
Quelques heureux élus, des jeunes célibataires, ont réussi quand même, au prix de mille contorsions, à camper quelques jours. Lieux privilégiés, la côte témouchentoise ou Marsat Ben M'hidi, aux côtés des mutualistes du bled, auxquels ils se sont fidélisés. Les quelques pièces de monnaie économisées et à chacun sa part pour payer le transport et le reste pour s'assurer le menu d'un SDF.
Pour ceux qui sont restés sur le quai, une brève escapade à Hammam Ouarka (W. Nâama) calmera les esprits de la famille. Toute la smala suit le chef de famille dans cette expédition dans cette localité, qui, nous dit-on, n'offre que peu de commodités aux touristes, tout juste un Smig de confort dans des guitounes sous un soleil de plomb, de quoi terrasser un éléphant. Et la ville dans tout cela, que reste-t-il aux citadins ?
Les longues veillées nocturnes, entre voisins, d'interminables parties de dominos qui durent jusqu'aux premières lueurs du jour et dès la tombée de la nuit, c'est le cycle infernal des cortèges nuptiaux qui réveille les citadins et les fait sortir de leur torpeur. Une circulation automobile qui a fait baisser les bras aux agents chargés de réguler la fluidité des vagues de véhicules, circulant parfois à contresens et sur les quatre voies.
Quelques minutes après, l'appel du muezzin à la prière du «Icha» et le cirque infernal de musique et d'orchestres improvisés déchire la nuit. Les haut-parleurs déversent à fond des chansons de pseudo-chebs. Des quartiers ont vécu l'enfer, comme chaque été d'ailleurs, et nul ne se soucie de la quiétude et de la tranquillité du voisinage. Baroud, ghaïta, bendir, disc-jockey, tout s'y mêle et crée une atmosphère au-delà du seuil de l'acceptable, et personne n'ose lever son petit doigt pour baisser d'un cran les décibels, même aux alentours de l'hôpital. Les mariages en été, une aubaine pour ceux qui louent leurs habitations pour la célébration des mariages. Jusqu'à 50.000 DA la soirée, tout juste pour le gîte, le couvert sera assuré par les époux et leurs familles. Une faune nouvelle de spéculateurs est née. A l'abri du fisc car ils ne             déboursent pas un rond, ils accumulent une fortune colossale durant la saison d'été. Leur nombre ne cesse de croître car le créneau est très juteux, c'est facile, pas cher, même gratuit et rapporte en une soirée mieux que le loto et ni vu ni connu. Autres temps, autres moeurs.
Lors de ces cérémonies de mariage, les chebs ne chantent pas, ils hurlent toute la soirée, ils ne divertissent pas les convives, ils empêchent les honnêtes travailleurs et les malades de récupérer. Des femmes s'improvisent en medahatte pour une poignée de dinars seulement. Il faut quand même satisfaire le caprice de la mariée qui le racontera plus tard à ses amies. Tandis que de jeunes enfants s'ébattent dans la piscine municipale à 50 DA l'entrée et d'autres issus de milieux aisés au complexe omnisports avec dans la poche un ticket d'abonnement de 2.000 DA par mois, d'autres collectent du pain rassis. Le porte-à-porte, cité par cité, tous les îlots ou pâtés de maisons sont passés au peigne fin. Nécessité oblige, la rentrée scolaire et le Ramadhan pointent à l'horizon. Il faut être prévenant.
A la sortie de l'école coranique, ils prennent le chemin qu'ils connaissent sur le bout des doigts et avec une formule magique et attendrissante ils suscitent la compassion. Telle une hirondelle qui fait son nid, ils ramassent de maison en maison le moindre morceau de pain, gagnant au passage les restes d'un repas chez une famille avec laquelle ils se sont liés d'amitié. Ils sont sûrs de retourner le soir chez eux avec des sacs débordant de pain rassis et seront rassurés              du sourire du chef de famille pour leur récolte. El-Bayadh, c'est aussi l'une des places les plus connues des       Hauts Plateaux pour son couscous, arrosé de beurre du terroir, gare à ceux qui le servent roulé avec du «dhan industriel». Une honte pour la famille, les convives sont très pointilleux sur la qualité du beurre. Il y va de l'opulence et de la richesse de la maîtresse de maison. Cela fera jaser toute l'année le voisinage. Il n'y a pas de place à l'erreur.
L'heure des maoussim a sonné et le temps presse, le mois sacré du Ramadhan ne le permet pas. Chacune des 24 tribus de la wilaya doit honorer son saint patron à sa manière traditionnelle, selon les recommandations du patriarche. La fête doit se dérouler le plus près possible du saint, à l'exemple de la tribu des Guerraridj qui doit célébrer la fête de Sidi Yahya Ben Abdallah Ben Sfya, à Sidi Djillali (Sebdou) aux côtés de leurs ascendants les Ouled N'har.
Une tradition qui se perpétue depuis plusieurs siècles. Quand même, avec ou sans couscous, la vie est belle dans ces vastes contrées, même sous une khaïma en été. La cuisine sous un feu de bois, avec quelques ingrédients seulement arrive à titiller les glandes gustatives.
Sidi Yahia Ben Abdellah n'est pas le fils direct de lala Safia. Avec votre permission je porte un petit correctif et je dis:
YAHIA BEN ABDELLAH (EL-GUERROUDJI) BEN AHMED SEGHEIR BEN AHMED EL-KEBIR BEN SIDI DJILLALI BEN SIDI YAHIA BEN SAFIA BEN ABDERRAHMEN BEN MOUSSA jusqu'à IDRISS ASGHAR BEN IDRISS AKBAR
ATBA BENATBA brahim - retraité - Chlef
29/05/2009 - 3501
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Hadj Mostefaoui
Source : www.lequotidien-oran.com