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« Un bon réalisateur est à la fois patron, chef d'équipe, créateur, gestionnaire et technicien » Sofiane Guentari, réalisateur de films documentaires



« Un bon réalisateur est à la fois patron, chef d'équipe, créateur, gestionnaire et technicien » Sofiane Guentari, réalisateur de films documentaires
Pouvez-vous commencer par vous présenter '
Je m'appelle Sofiane Guentari, j'ai 27 ans et je vis actuellement à Oran. J'ai fais des études en ingéniorat informatique durant cinq ans à Oran. J'ai travaillé aussi pour une société algérienne chargée de la distribution de produits pétroliers sur le marché algérien. Cependant, j'ai dû quitter ce travail parce que je ne le faisais pas par vocation. Aujourd'hui, j'ai une passion pour le cinéma.
Racontez-nous comment vous avez atterri dans ce créneau...
A vrai dire, je n'ai pas atterri par hasard au cinéma. Le déclic s'est fait en 2006. Cette année, une équipe composée de journalistes et de techniciens s'est déplacée chez nous pour dresser un portrait de mon père, Mohamed Guentari, historien, professeur et chercheur à l'université d'Oran. Depuis, je suis devenu un mordu du cinéma. J'aimerais dire aussi que mon père m'a beaucoup soutenu dans mes choix, particulièrement le cinéma.
Pourquoi la réalisation '
Depuis tout petit, mon but était de raconter des histoires. Etant fan de films documentaires depuis des lustres, j'ai toujours voulu me diriger vers ce domaine... Et puis j'ai fini par me dire que le cinéma correspondait plus à la manière dont je voulais raconter ces histoires. J'ai appris au fur et à mesure, souvent en rencontrant des difficultés. J'ai toujours travaillé sur du réel, avec des faits objectifs et des contraintes spécifiques. Avant tout, j'éprouve le besoin de raconter des histoires qui me donnent envie et qui véhiculent quelque chose quand j'en parle autour de moi. Qu'importe les moyens, une fois que je me lance dans un projet, j'y vais jusqu'au bout. Après, je pourrais partir sur un long discours sur les thèmes que j'aime aborder et les manières de faire les choses.
Justement, cela peut paraître très intéressant de traiter divers thèmes, une manière de vous lâcher...
Au tout départ, ce n'était qu'une envie profonde : montrer aux gens par l'image ce que j'ai dans la tête, mon imaginaire. Puis à force de réaliser, de toucher à d'autres domaines, d'apprendre, d'échanger, peu à peu ça change. J'éprouve maintenant différents besoins quand je me lance dans un projet. La rencontre entre le réel et l'imaginaire m'attire, surtout le fait d'introduire et de rendre crédible tout ce petit monde avec les moyens dont j'aurais à ma disposition. Ce qui n'est pas toujours facile. Du coup, j'ai de plus en plus envie d'aborder d'autres thèmes tout en gardant ceux qui me tiennent à c'ur.
Vous faites des films, vous devez certainement rencontrez des contraintes. Si oui, lesquelles et comment y remédiez-vous '
Tout d'abord, il faut savoir qu'un bon réalisateur est à la fois patron, chef d'équipe, créateur, gestionnaire et technicien. Le réalisateur de films de fiction pour le cinéma est un véritable chef d'orchestre. Bien avant le tournage, son travail commence par la mise au point du scénario et son découpage en plans, précisant tous les détails concernant les décors, l'image et le son. Ce travail doit répondre autant aux contraintes financières de la production qu'aux exigences créatrices. Pour ma part, j'ai rencontré en effet de nombreuses difficultés. Je citerai, entre autres, la non-maîtrise de l'histoire car souvent j'ai diverses versions sur les événements historiques, le manque de culture des tournages de films, c'est-à-dire, dans certaines wilayas comme Tlemcen et Mostaganem, j'ai eu des difficultés avec les autorités locales concernant le tournage des films. Finalement, je pense qu'ils n'ont pas cette culture, l'absence totale de subvention financière, que ce soit des ministères de la Culture et des Moudjahiddines, et même de l'ONDA. Je me retrouve seul à financer mes produits. C'est éreintant !
Pouvez-vous nous parler des films que vous avez réalisés jusqu'à maintenant '
J'ai réalisé trois films documentaires et j'ai trois autres projets en cours. Mon premier film s'intitule « Sidi Kada Ben Mokhtar » en 2011, le deuxième « Abouab Errahma » en 2012, le troisième « Min malahim el maraà el djazaïria » en 2013. J'ambitionne de réaliser trois autres films. Il s'agit d'un film documentaire ayant pour titre « Oran, la révolution », un long métrage « Mademoiselle Gomez », et un film documentaire « Révolution et indépendance ». J'admets que je suis très gourmand en matière de réalisation, je compte réaliser en coproduction un court métrage, avec un producteur émirati.
Que pensez-vous de l'état actuel du cinéma en Algérie '
Sans ambages, je regrette l'époque où le cinéma algérien bénéficiait du soutien de l'Etat et vivait en conséquence son âge d'or. Je regrette aussi l'époque où le secteur du cinéma jouissait d'une pléiade de réalisateurs, professionnels et de talents. Aujourd'hui, il n'y a aucun réalisateur algérien capable d'égaler ou de faire mieux que le film « Bouaâmama ». La situation actuelle est marquée par un marasme de plus en plus chronique. Pour réaliser des films sur la révolution qui laisseront un impact important pour l'avenir, nous sommes obligés de nous associer à des techniciens étrangers, que ce soit dans l'image, le son ou parfois même dans la mise en scène. Il faut dire que l'argent seul ne suffit pas à améliorer la qualité des productions. Cette régression s'explique par l'absence d'une politique globale pour le cinéma algérien.
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