Oran - Revue de Presse

UGTA : Les «bons» dosages des grands équilibres



La Commission exécutive nationale (CEN) de l'UGTA a reconduit à travers l'élection des membres de son secrétariat national des équilibres que le système politique en place a toujours fait en sorte de préserver pour perpétuer ses pouvoirs.

Reportée à maintes reprises, la réunion de la CEN issue du 11e congrès s'est enfin tenue avec un retard de plus de quatre mois. Entre-temps, l'UGTA a fonctionné dans l'illégalité la plus totale mettant entre parenthèses toutes les dispositions et règlements qui régissent son fonctionnement. Une sournoise agitation s'en est suivie non pas pour apporter les changements nécessaires à une organisation qui perd pied dans le monde du travail mais pour remettre au goût du jour des équilibres que le système politique en place a toujours mis en sorte de préserver pour assurer sa pérennité. C'est ainsi que par une élection que le secrétaire général de la centrale syndicale qualifie de «démocratique et transparente», le secrétariat national a été élu reconduisant quatre de ses anciens membres. En fait, ce sont ses membres les plus importants notamment deux d'entre eux, à savoir Salah Djenouhet et Abdelkader Malki. Ces deux syndicalistes ne sont forcément pas en odeur de sainteté l'un auprès de l'autre mais il est connu que ce sont deux membres influents du RND, le parti d'Ahmed Ouyahia avec lequel le pouvoir politique compose avec doigté.

Djenouhet, Malki, Adjabi et Benmouhoub sont ainsi des «vieux de la boîte», loin d'être des comparses. C'est à cause de la personne de Salah Djenouhet, faut-il le rappeler, que le déroulement du dernier congrès de l'UGTA s'était déroulé au gré de tractations menées jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. Il a fallu d'ailleurs que ce même niveau intervienne pour que les esprits se calment et le congrès clôt ses travaux sans trop de heurts. De grandes mises en scène ont été exécutées pour arriver à un semblant de compromis entre les deux ailes qui se disputaient l'organisation à cette période. Sidi Saïd et Djenouhet sont montés à la tribune de la salle d'El Aurassi, main dans la main, pour crier «vive l'UGTA». Djenouhet ne sera donc pas nommé secrétaire général adjoint de l'UGTA comme cela devait être.

En ces temps de conclaves, l'UGTA a failli basculer dans un camp qui ne répond pas véritablement de celui aux commandes du pays. L'on entendait dire dans les couloirs d'El Aurassi que Sidi Saïd avait une peur bleue de voir Djenouhet occuper le poste de secrétaire général adjoint créé justement pour les besoins de partage ou de basculement - c'est selon - des institutions et des pouvoirs. Coup de théâtre ou plutôt coup de maître, le congrès s'était achevé en violation flagrante de son propre règlement. Il ne désignera pas le SG adjoint et reportera la réunion de la CEN et l'élection du secrétariat national d'avril jusqu'à avant-hier, un samedi de juillet. C'est ainsi que les 264 membres de la CEN ont élu en ce début de semaine les 12 membres du SN «à bulletin secret», a dit Sidi Saïd avec insistance. Trois des candidats pour cette instance n'ont pas été élus, en raison des tractations qui ont précédé l'opération de vote et même bien avant la tenue de la CEN. «Il ne fallait pas gêner Djnouhet et Malki par des candidatures qui risquaient de leur grignoter des voix», nous dit-on de source proche de la centrale syndicale. Tout a été pour assurer au sein du SN des dosages que seuls les pouvoirs en place en connaissent les niveaux. Quatre membres de l'Est, trois de l'Ouest, trois du Centre et deux du Sud, voilà qui fait bien les calculs de ceux qui comptent en prévision d'échéances électorales pour lesquelles l'UGTA consacrera davantage son rôle de machine de propagande assermentée. Confiant de demeurer aux yeux des pouvoirs - du moins pour la période actuelle - un homme de confiance et un incontestable équilibriste, Sidi Saïd s'est fait gagner cette autre bataille inter-clanique qui agite l'UGTA depuis que l'idée d'un troisième mandat présidentiel pour Bouteflika a commencé à faire son chemin. Il faut croire que carte blanche lui a été donnée pour être ferme et même menaçant dans son discours d'ouverture des travaux de la CEN. «Sidi Saïd va absorber dans son poste de SG celui de SG adjoint», nous a affirmé la semaine dernière, une source qui lui est très proche. A l'hôtel Essafir, le SG de l'UGTA refusera d'expliquer le pourquoi de ce non-pourvoi d'un poste pourtant consacré par les textes réglementaires régissant la centrale syndicale. L'on avance dans son entourage que «ce poste risque de disparaître, sacrifié sur l'autel de compromis et de compromissions.» Courants très influents dans les rangs de l'UGTA, le RDN et le FLN auront par les soins de leurs parrains, réussi le coup de force de garder à cette organisation le même cap, celui voguant vers un soutien à un troisième mandat présidentiel. Sauf changement imprévu entraînant bouleversement de dernière minute de l'échiquier politique. «Rien n'est naturel, ce sont beaucoup de tractations entre et pour des syndicalistes d'appareils», reconnaît un membre influent de la centrale syndicale en commentant les résultats du vote. Sidi Saïd aura aussi évité l'ouverture d'un débat au sein de la CEN se contentant de faire dans les grands slogans.

«Il fallait au moins ouvrir un débat d'orientation sur l'avenir syndical d'une organisation qui gagnerait à canaliser des mouvements de contestation d'une société bien agitée», nous dit un de ses responsables.


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