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Tunisie ' Le parti de l'homme d'affaires Hachmi Hamdi grande surprise des élections



Tunisie ' Le parti de l'homme d'affaires Hachmi Hamdi grande surprise des élections
La Pétition populaire pour la justice et le développement de l'homme d'affaires Hachmi Hamdi obtient au moins un siège dans chaque circonscription de Tunisie, selon les résultats partiels et préliminaires des élections de l'Assemblée constituante, dévoilés par la Commission électorale. Il remporte même l'élection à Sidi Bouzid. Comment expliquer ce succès inattendu'
Grande surprise des élections de l'Assemblée constituante tunisienne du 23 octobre, le parti El Aridha El Chaabia (la Pétition populaire pour la justice et le développement, ou PPJD), pourrait sortir des urnes en deuxième ou troisième position. Il a pour l'instant obtenu 14 sièges sur 55, dans les neuf circonscriptions de Tunisie où les dépouillements avaient été achevés mardi, et un siège sur 18 dans les six circonscriptions de l'étranger. Relativement absente du terrain, la formation est dirigée par Hachmi Hamdi, un homme d'affaires aux appartenances politiques ambiguës. Ancien islamiste et opposant à Zine el-Abidine Ben Ali, il était devenu, ces dernières années, un allié du régime. L'homme vit à Londres, où il dirige la chaîne de télévision satellitaire Al-Mostakilla, suivie en Tunisie. C'est d'ailleurs depuis la Grande-Bretagne, par le biais d'Al-Mostakilla, que Hachmi Hamdia a mené l'essentiel de la campagne pour son parti. Le succès de la PPJD est particulièrement saisissant dans la circonscription de Sidi Bouzid, berceau de la révolution qui a fait chuter le régime de Zine el-Abidine Ben Ali, le 14 janvier dernier. Sur les huit sièges en lice, la formation de Hachmi Hamdi en raflerait trois à cinq, selon les résultats préliminaires.
« 200 dinars par mois pour chaque chômeur! »
Des sièges remportés « à grand renfort de démagogie et de populisme », estime Mohamed Jellali, avocat à Sidi Bouzid et candidat indépendant à l'élection de l'Assemblée constituante. Pendant la campagne électorale, Hachmi Hamdi a promis entre autres la gratuité des soins de santé pour tous, et des transports en commun pour les personnes âgées. Son programme prévoit aussi des indemnités de chômage de 200 dinars (environ 100 euros) par mois pour 590 000 chômeurs. « Il a fait rêver les gens en abusant de leur pauvreté et de leur ignorance, estime Mohamed Jellali. Il ne s'est pas adressé aux esprits mais aux ventres ». Une analyse partagée par Saif Nsiri, 34 ans, membre du Parti du travail tunisien (PTT). « Il a touché là où ça fait mal, dit-il. Dans les zones rurales et déshéritées, les électeurs ont cru à ce qu'il a promis ». Région agricole, Sidi Bouzid est l'une des plus pauvres du pays. Depuis des décennies, une politique de développement inéquitable a attribué l'essentiel des ressources aux régions côtières et touristiques, au détriment de l'intérieur du pays. Neuf mois après la révolution, le taux de chômage y dépasse largement les 19% enregistrés à l'échelle nationale, et ses habitants se sentent « comme toujours » délaissés. « Sidi Bouzid ne connaîtra jamais le développement », assurait une semaine avant le scrutin Ahmed Zaghouni, un professeur d'anglais de 33 ans, attablé à la terrasse d'un café en compagnie de deux amis sans emploi.
Un discours simpliste qui porte
Hachmi Hamdi a su « se montrer proche des gens en utilisant des mots comme 'mes frères', 'mes soeurs', ce qui répond à un besoin, à Sidi Bouzid », dit Mohamed Jellali. Une attention au vocabulaire, jusque dans le nom du parti. « 'Aridha', c'est une sorte de plainte, poursuit l'avocat. Il se pose en sauveur en promettant de relayer les doléances de la population ». Pour Saif Nsiri, le discours simpliste de Hachmi Hamdi aurait aussi joué en sa faveur. « Il a mené une campagne présidentielle, dit-il, évitant de mentionner le terme d' 'Assemblée constituante' », une réalité restée obscure pour un certain nombre de citoyens tunisiens. L'homme n'est pas venu sur le terrain pendant la campagne, souligne Saif Nsiri. Mais il bénéficiait de relais en Tunisie, en particulier à Sidi Bouzid, sa région d'origine. « Son frère est tête de liste, des membres de sa famille ont fait campagne pour le parti », raconte-t-il, soulignant que l'homme « était présent tous les jours dans le salon des électeurs, touchant ainsi bien plus de gens que les autres partis, qui faisaient du porte-à-porte ». Selon Mohamed Jellali, Hachmi Hamdi aurait aussi bénéficié « du soutien tacite des anciens du RCD (le parti de Ben Ali, aujourd'hui dissous) très présents à Sidi Bouzid. Ils préfèrent un homme comme lui, qui n'a pas de scrupules, fait des promesses irréalisables, à un vrai leader politique ».
Sur facebook, il s'autoproclame président !
Hachmi Hamdi ne semble pas satisfait des résultats préliminaires: il s'attendait visiblement à obtenir la majorité des sièges à l'Assemblée constituante. Sur la radio tunisienne Express FM, il a affirmé qu'il avait « demandé aux Tunisiens de lui accorder 110 sièges ». Après les élections de dimanche, Hachmi El Hamdi aurait modifié le profil de sa page Facebook en s'autoproclamant président de la République. La PPJD fait l'objet de plaintes, en France et en Tunisie, pour le non-respect des règles de campagne, notamment pour l'opacité de son financement et l'utilisation abusive, pour sa promotion, de la chaîne télévisée de l'homme d'affaires ' qui a consacré de nombreuses heures à la promotion du parti ces dernières semaines, à l'exclusion de la présentation d'autres forces politiques, et n'a pas respecté le silence électoral à la fin de la campagne. L'Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie) a indiqué que l'invalidation des listes du parti n'était pas exclue. Dans une déclaration à l'agence Tunis Afrique Presse (TAP), Hachmi Hamdi a affirmé que les listes de la PPJD n'ont pas transgressé la loi puisqu'il est le seul à avoir été invité par la chaîne Al-Mostakilla au cours de la campagne, lui qui n'était pas candidat.
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