
La Chute est l'intitulé provisoire de la dernière création du célèbre comédien et homme de théâtre Mohamed Adar.Une version de ce nouveau projet a été présentée sous forme de lecture au siège de la direction de la Culture d'Oran par les animateurs du club culturel «La poésie et sa relation avec le théâtre».En sa qualité de comédien confirmé, l'auteur a su insuffler à sa lecture la dimension dramatique qui permet d'ores et déjà d'avoir un aperçu de ce que pourra être ce spectacle en deux actes mettant en scène deux personnages unis par l'amour mais séparés géographiquement. Dans les indications qu'il donne, Adar ne précise pas le type de relation filiale qui existe entre ses personnages, laissant le soin au spectateur de le définir lui-même.Ce qui est sûr, c'est que les actes en question se réfèrent à deux époques distinctes séparées dans le temps par une trentaine d'années. L'auteur ne précise pas non plus le moyen par lequel Saadi a été amené à quitter Chrifa pour aller chercher ailleurs, peut-être en Europe, aux Etats-Unis ou en Australie, ce qu'il pense qu'il lui manque chez lui.«Le travail a un rapport mais indirect avec l'immigration», indique-t-il sans trop s'étaler sur la question et c'est pour ne pas limiter la réflexion que suscite cette pièce aux problèmes actuels de l'émigration clandestine et les drames vécus au quotidien par des milliers de prétendants à une vie matérielle meilleure en Occident. Le drame dont il est question ici est beaucoup plus profond. Il y a évidemment le désenchantement né de la confrontation entre le rêve (un ailleurs mythifié) et la réalité, mais il y a aussi toute la dimension philosophique liée au débat sur l'identité. Tout se joue dans le langage et il y a un peu de l'épopée d'Ulysse (L'Odyssée d'Homère) dans ce travail remarquable aussi par sa dimension politique.Le chagrin et l'attente de Chrifa accentué par le ch?ur féminin (adapté au contexte local) nous fait penser à la longue attente de Pénélope mais la comparaison s'arrête là. Sinon, quand il confesse ses pêchés en dévoilant sa nature imparfaite, les crimes auxquels il a pris part, les injustices qu'il a commises, le personnage Saadi renforce sa dimension foncièrement «humaine» face à un destin qui le dépasse mais quand il expose les raisons qui l'ont poussé à partir (premier acte) et celles qui le poussent «en théorie» à revenir (deuxième acte), on est dans la critique sociale à la fois du pays d'origine et de celui d'accueil.Comme si le héros ne se retrouve nulle part en portant en lui la tare originelle des deux mondes. Il s'ensuit aussi une réflexion morale sur le comportement humain. «Avant la chute, tu es sur la liste mais, après la chute, tu n'es rien du tout, tu n'existes nulle part et même la liste, elle aura disparu», s'exclame Saadi. La nouvelle pièce de Mohamed Adar paraît dénuée de suspense mais c'est ce qu'elle véhicule qui la rend captivante. Originaire de Hmadna (Relizane), Mohamed Adar a suivi, dès 1962, une formation de deux ans au conservatoire d'Oran avant de rejoindre, tout de suite après, l'Ecole nationale des arts dramatiques de Sidi Feradj (Alger).Recruté par le TNA en 1966, il reviendra à Oran dans le cadre de la décentralisation pour intégrer le TRO en 1973. En tout, il a participé dans pas moins de 47 pièces du répertoire national ou international. Il a lui-même écrit et réalisé plusieurs pièces dont El Bayadik en 1987 ou El Moukhadram en 1995. Il a également mis en scène des pièces écrites par d'autres auteurs. Citons entre autres Cris de femmes de Samir Marir ou Hamma El Fayek de Azzedine Mihoubi, qui a eu un grand succès. Avec La chute, il revient à l'écriture tout en restant à l'écoute.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com