
Danseuse, comédienne, conteuse et chanteuse, l'Algérienne Linda Lamara est un peu tout ça. Avec La clé de Gaya, elle conjugue ses talents pour nourrir ses racines.Quand on voit sur scène Linda Lamara interpréter La clé de Gaya, on se demande d'abord pourquoi elle part dans tous les sens. Elle joue à la fois la petite fille d'origine algérienne, sa grand-mère, sa mère, sa tante, ses frères et les amis de la famille. A elle seule, elle est toute la famille dans l'exil, à Lyon, où elle est née. Elle est l'exil, simplement.Elle donne à voir comme une résurgence des origines. Accompagnée d'un guitariste, elle offre un voyage entre passé et présent, entre imaginaire et futur possible. La déracinée qu'elle est part à la recherche d'un enracinement malgré tout. Linda Lamara confie à El Watan : «La clé de Gaya, c'est ce qu'on porte en nous malgré nous. On ne se rend pas compte, car ce qui est logé dans l'impalpable, on ne le perçoit pas matériellement. Pourtant, ça existe : une forme de nostalgie, celle parfois de s'éveiller à une image ou une façon d'aimer une musique, alors qu'on n'a aucun lien avec, une façon de pleurer ou d'aimer la vie.Cela vient de la transmission, celle venue des femmes de ma famille, de toute ma famille.» En regardant derrière elle, la voie lui apparaît vertigineuse, mais tentante, nous dit-elle, celle du «rapport vertical d'un héritage familial avec ses peines, ses amours, ses doutes, ses sourires, mais aussi avec la trame de fond qui est un contexte social où on est. La grand-mère a la tête en Algérie et moi, avec ma modernité et ma contemporanéité, qui suis-je entre mes origines et le chemin que je construis en tant que femme '»Voilà bien une interrogation qui porte. Le public ne s'y trompe pas, lui qui vient nombreux depuis sa création en 2016 avec son passage au Festival Off d'Avignon puis une deuxième programmation lors de l'édition 2017.Etonnant paradoxe de spectateurs qui découvrent et applaudissent le fil fragile qui relie la jeune comédienne franco-algérienne à cette part d'algérianité qui la fonde. Pourtant n'a-t-elle pas voulu être un autre, provenir d'une autre réalité, celle de sa naissance en France ' Elle le croit : «Comme dans le spectacle, il y a une phase où j'ai rejeté ça. J'ai découvert ce que j'étais dans le regard de l'autre. A la maison, on écoutait de la musique arabe ou James Brown, cela ne posait pas de difficulté. A l'école par contre, on réalise nos différences et ce n'est pas facile. Aujourd'hui à 35 ans, je comprends que connaître les racines est fondamental. Savoir d'où on vient pour savoir où on va.»«LA NOTION D'EXIL N'EST PAS A PRENDRE à LA LEGÈRE»Il s'agit de digérer, autant que faire ce peu, l'exil dans lequel on vit, tout en cherchant à le surpasser pour être soi-même, enfants d'un nouveau monde, alors que l'ancien dont on provient brille en soi de tous ses feux.Pour Linda Lamara, «la notion d'exil n'est pas à prendre à la légère. Avec mon frère, on est très Occidentaux, mais je porte en moi l'exil de mes ancêtres, l'appel de la terre, la première terre d'où on part. Pour tous les expatriés, tous les globe-trotters, tous ceux qui se déplacent, qui migrent pour des raisons, quelles qu'elles soient : de sécurité, économique, de carrière ou par amour pour un autre pays, il y a toujours une plaie ouverte.»Lors de son dernier voyage au pays, il y a déjà plusieurs années, elle a fait un vrai et nourricier tour d'Algérie, en passant par M'sila d'où sa famille est originaire, Alger, Tipasa, Constantine, Tlemcen, Béjaïa, Oran? Cette fois-ci, elle avoue humblement avoir pleuré en quittant le pays : «J'ai eu le c?ur transpercé, comme si d'un seul coup j'avais fait un voyage qui m'avait ouvert les veines jusqu'au bout de mon c?ur. Quelque chose de puissant. Au retour, j'étais un peu perdue. J'avais l'impression d'abandonner quelqu'un, comme un petit enfant au bord de la route. Un sentiment assez bizarre, étrange.»Peut-être est-ce ce sentiment qui l'a poussée à créer ce spectacle où elle se livre à vif.Elle y fait ce qu'elle nomme le «grand écart» : «Moi, je me dis cependant que je suis constituée de tout ça, de là d'où je viens et de là où je vis. Il y a beaucoup de jeunes hélas aujourd'hui qui sont paumés parce que la transmission ne fait pas ou se fait mal.Là où ils sont parqués ou seulement marginalisés de fait. L'arabe devient un mot valise dans lequel on met tout et n'importe quoi. Du coup, ils sont ni d'ici ni reconnus de leur propre culture. Cela crée quelque chose d'instable.»Voilà qui donne matière à réflexion. Le spectacle sera joué à l'automne à Paris au théâtre des Mathurins.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com