Résumé de la 85e partie - Leonidès lègue à son épouse cent cinquante mille livres sterling et la totalité de ses biens à Sophia, sa petite-fille...
Dieu a bien voulu m'accorder un long séjour sur la terre et j'ai pu ainsi veiller, non seulement sur mes enfants, mais sur les enfants de mes enfants, et m'occuper d'eux très longtemps. Beaucoup des miens m'ont été arrachés par la mort. Les autres, je suis heureux de le dire, vivent sous mon toit. Quand je ne serai plus, cette tâche que je me suis imposée, il faut que quelqu'un la continue. Je me suis demandé si je ne devais pas diviser également ma fortune entre tous ceux que j'aime et j'en suis arrivé à cette conclusion que ce serait le meilleur moyen de donner à chacun la part qui lui revient. Les hommes ne viennent pas au monde égaux et, pour assurer entre eux cette égalité que la Nature n'a pas réalisée, il faut peser sur l'un des plateaux de la balance. Ce qui revient à dire que j'entends que quelqu'un prenne ma succession pour porter après moi le fardeau de la famille tout entière. Cette responsabilité, j'estime, après avoir longuement réfléchi, qu'elle ne saurait revenir à aucun de mes fils bien-aimés. Mon cher Roger n'a pas le sens des affaires et, si sympathique qu'il soit, il est trop impulsif pour avoir le jugement bon. Mon fils Philip manque trop de confiance en lui-même pour faire autre chose que de fuir la vie.
Mon petit-fils Eustace est très jeune et je ne pense pas qu'il ait jamais le bon sens et l'équilibre indispensables. Il est indolent et très influençable. Seule, ma petite-fille Sophia me paraît avoir les qualités requises : elle est intelligente, elle a du jugement et du courage, un esprit clair et, je crois, de la grandeur d'âme. C'est à elle que je veux m'en remettre du soin d'assurer après moi le bonheur de la famille, et celui de ma chère belle-s'ur, Edith de Haviland, à qui je suis extrêmement reconnaissant du dévouement qu'elle a, durant toute sa vie, témoigné aux miens.
Cela vous explique le document ci-joint. Ce qui sera plus difficile à expliquer ' et particulièrement à vous, mon vieil ami ' c'est le subterfuge auquel j'ai recouru. Il m'a semblé qu'il serait sage de laisser chacun dans l'ignorance de la façon dont je compte disposer de mes biens et je n'ai pas l'intention de laisser savoir dès à présent que Sophia sera mon héritière. Mes deux fils ayant déjà, l'un et l'autre, une fortune considérable qu'ils tiennent de moi), je n'ai pas le sentiment qu'ils se sentiront lésés.
Pour épargner à toutes spéculations et hypothèses, je vous ai prié de me rédiger un testament, que j'ai lu à toute la famille assemblée. Je l'ai posé sur mon bureau, j'ai placé dessus une feuille de papier buvard et fait appeler deux domestiques. Avant leur arrivée, j'ai fait légèrement glisser la feuille de papier buvard, pour ne laisser visible que le bas du document.
Après l'avoir moi-même signé, je les ai priés d'apposer dessus leur signature. J'ai à peine besoin d'ajouter que ces trois signatures figurent non pas sur le document que vous aviez rédigé et dont j'avais donné lecture, mais sur celui que vous trouverez sous ce pli. (A suivre...)
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Agatha Christie
Source : www.infosoir.com