Oran - A la une

«Slalomer à travers le plastique» (fin)



Dans le billet d'hier, un lecteur racontait sa tristesse de retrouver, à l'occasion de vacances au pays, sa ville défigurée par le laisser-aller et l'incivisme des habitants qui ont développé une étrange tendance à côtoyer des lieux transformés en décharges et en foyers infestés par les rats et la maladie. Voici ce qu'il en dit d'autre :«J'arrive sur cette plage. A l'entrée, on devine son nom d'époque : ??Mer et soleil''... Elle fut belle et élégante ; aujourd'hui, elle n'est plus que le réceptacle d'eaux usées. Les roseaux font encore pour quelque temps office de décharges sauvages. Slalomant à travers le plastique, la brume se lève pour laisser les premiers rayons chauds s'affairer à rendre l'odeur de la ville encore plus pestilentielle. En ville, le souk est délabré, et quand je m'entretiens avec les anciens, au français parfait, tous pointent la ruralité de la cité. Abdelkader, 77 ans, me jure qu'il quitterait bien l'Algérie, mais que, faute de moyens, il vivra l'exode par procuration à travers le récit de ses 4 enfants, tous installés à l'étranger.
Les enfants mineurs, aux gueules noires, vendent leur pain ??fait maison'', précipitant les boulangers de métier à deviser sur leur avenir. Rester, c'est mourir ; et partir, c'est mourir... L'endroit était pittoresque avant d'être investi par les promoteurs immobiliers. Il fut un écrin de roche volcanique rouge qui a fait le bonheur de nos étés insouciants. Tous en maillot de bain d'époque, aujourd'hui, tous résignés à porter un accoutrement meurtrissant les corps d'une chaleur accablante.
Très vite, mon bermuda fait jazzer et quand je croise une femme sans voile, je devine sans même la regarder le cauchemar existentiel qui est le sien. Ici, il n'y a ni sagesse ni philosophie à l'exception d'Alphonse, ermite magnifique, ancien archevêque d'Oran, qui vit reclus dans une propriété appartenant à l'Eglise, où il a aménagé une modeste chapelle dont les reliques rappellent une Algérie coloniale plus apaisée que 56 ans d'indépendance illusoire. Violence en dedans, violence en dehors. Sur la route, mâchoires serrées, je caresse l'espoir de rester vivant dans ce rallye anarchique improvisé.»
M. B.
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