Oran - Revue de Presse

Sidi El Houari, saint patron d’Oran



Un apôtre visionnaire Le mausolée de Sidi El Houari (1349-1441) a reçu cet été autant , sinon plus de vacanciers émigrés que tous les sites historiques de la cité.Particularité : plus de 90% des hommages rendus au saint local lui ont été faits par des femmes de tout âge. Retour sur la vie de ce haut lieu de croyance, de la tradition et de l’ancrage des Algériens émigrés dans leurs valeurs d’origine. Sidi El Houari... Que ton nom est sublime ! Quel léger et doux fredon ! Aussi léger que le battement d’ailes d’une colombe et aussi doux que la fraîcheur de la brise marine un soir d’été ! Quel est l’oranais qui, dans son lointain exil ne l’a pas fredonné avec nostalgie, les yeux embués de larmes ? Sidi El Houari, sept siècles se sont écoulés et tu es là, comme présent à Oran parmi les fidèles, imploré dans toutes les cérémonies ! Sept siècles se sont écoulés et ton nom toujours aussi vénéré, court à travers les siècles de génération en génération. A travers toutes les ruelles, les impasses, les places publiques, ton nom fuse sur toutes les lèvres et on entend : « Houari !...Houari ! «. Houari : trois sublimes syllabes qui évoquent piété, dévotion, chasteté et protection. Pouvons-nous oublier l’appel pathétique de Hadjira Bali dans sa langoureuse chanson t’implorant de la soulager de ses maux ? « Ya bled Sid el Houari jitek zaïra, nerdja tzoul fik dhari ouem oud Zahra «. Le chroniqueur Ibn Saâd, dans son œuvre « El Djoumad «, a exhumé de précieux renseignements jalousement conservés par Brahim Ettazi, élève et disciple de Sidi El Houari. C’est dans le massif montagneux (Djebel Houara) de la puissante tribu des Haouaras à El Kalaâ en Oranie que vit le jour Mohamed Ben Oamr, Ben Othmane, Ben Ménia, Ben Aicha, Ben Oukkacha, Ben Amine Nans El Ghiyari El Maâzaoui, connu sous le Nom d’El Houari (le nom marque bien son appartenance à la tribu des Houaras). Mohamed El Houari se révéla un enfant fort doué pour les études et, à 10 ans, il avait déjà appris par cœur le Coran et avait acquis le titre de « hafedh «. A peine adolescent, il se mit à parcourir les contrées les plus éloignées, se rendit chez un wali, le pria d’intercéder en sa faveur auprès de Dieu pour être compté parmi ses saints. Déjà, il possédait la sagesse et était entouré de grandes marques de vénération. Au cours de ses longues et nombreuses pérégrinations à travers l’immensité saharienne, animé par une inébranlable foi, et mû par une indéracinable sapience très bédouine, Sidi El Houari dévorait en rêvant les pistes à longues queues, enjambant les dunes et les reliefs les plus accidentés du grand Sud jusqu’à ce qu’il atteignit Sedjelmassa. Sur son chemin lui étaient souvent offerts gîte et couvert. Ne nous serait-il pas permis d’imaginer en lui une âme d’apôtre émergeant de l’époque biblique du pays de Canaan ? Drapé de son vêtement rugueux de grosse laine, Sidi El Houari se distinguait par l’austérité de ses mœurs et de sa vie. Stoïque, profondément imprégné de la doctrine soufie, il se reconvertissait sans complexe en végétarien, se contentant de repas sobres réduits à quelques racines ou tubercules de plantes lorsque la nourriture venait à manquer. Il rendait avec une ferveur insigne ses devoirs à Dieu et cette ferveur se manifestait par la stricte observance des règles et des horaires de la prière et du jeûne. Sa sainteté avait dépassé les frontières de sa région natale et l’homme du peuple y voyait déjà un don divin et précieux dont chacun espérait en bénéficier. En pleine adolescence, il se rendit à Bougie à la quête du savoir et ses inquiétudes scientifiques le poussèrent à questionner d’éminents savants et professeurs de cette ville, tels que Chikh Sidi Abderrahmane. Quant aux sujets abordés, ils sont multiples et nous citerons l’étude de l’ouvrage intitulé «El Midouana El Bouradiya «. C’est avec une volonté inépuisable qu’il pénétra les secrets de la science, le fiqh, la charia, la grammaire. Il perfectionna également son éloquence et sa prosodie coranique. En 1374, âgé seulement de 25 ans, il quitta Bougie pour se rendre à Fez, ville d’histoire, d’architecture et de lettres. C’est dans cette cité florissante, creuset de civilisation médiévale, que Sidi El Houari enrichit considérablement ses connaissances à travers les diverses œuvres des grands maîtres de la pensée musulmane d’Andalousie. C’est aussi à Fez que le jeune Houari s’avéra être un homme d’action : il versa dans l’enseignement et particulièrement l’apprentissage du Coran, de la syntaxe et de la lexicologie pour les talebs. Il fut un grand de la théologie, un érudit multidisciplinaire qui s’intéressa à la pédagogie, à la philologie et s’initia à la théosophie. Il n’est pas impossible de supposer que lui, un friand de savoir et de connaissances, n’ait pas subi les influences des grands courants de pensée de l’époque, tels que les grands maîtres de la philosophie (Ibn Toufayl, El Ghazali). Il s’imprégna sans doute d’Ibn Hamz et d’Ibn Taymiya, représentants rigoureux de l’islam sunnite. Par la suite, il versa profondément dans la quête du mysticisme et il n’est pas exclu que les multiples lecteurs d’Elmouhassabi et d’El Hallag n’aient pas joué un rôle dominant dans sa recherche. Il est à remarquer que la piété ostentatoire mais rigide d’El Houari et la sapidité de ses propos nous évoquent l’école rationaliste de l’islam où révélation et recherches s’imbriquent, s’inspirant du mutualisme d’El Jahidh (776-868). Il ne négligeait pas l’approche sémantique de la stylistique dans le Coran, suggérée sans doute par ses aînés, tels que El Bagilani (mort en 1013). Les disciples de l’époque reconnaissaient son envoûtante et parfaite diction, unique en son temps. Ils ne lui vouaient pas seulement de la vénération mais plutôt un culte qui avait traversé les siècles. De nos jours, les Oranais n’ont-ils pas le culte de Sidi El Houari, ne conservent-ils pas en mémoire le souvenir de leur apôtre visionnaire qui, dans un moment de grand courroux, fit peser une malédiction sur certains impies : l’occupation d’Oran par les Espagnols, 70 ans après sa mort. Après quelques années d’intenses activités, Sidi El Houari sentit le besoin de se recueillir sur le mausolée du prophète, de visiter Médine et la Mecque et il alla jusqu’à Jérusalem pour se prosterner devant la sublimité des trois mosquées de l’islam. Comprenant que son périple à travers le monde musulman tirait à sa fin, il choisit Oran pour se fixer définitivement et pour y mourir à l’âge de 92 ans. La personnalité supérieure de Sidi El Houari et sa grande intelligence se sont affirmées dans ce Maghreb médiéval. Il a su tirer de ses voyages et de son expérience une haute et solide science de la vie et de l’homme. Par D. Mahmoudi Amar
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