L’Ijtihad : Une nécessité absolue
Il y avait ceux qui, au nom du modernisme, firent de l’ijtihad un moyen d’apaiser les colonialistes en appelant à la soumission à leur mode de vie. Ceci signifiait l’abandon d’une grande partie de l’héritage de l’Islam et l’adoption des habitudes des occupants, avec un éloignement progressif mais éventuellement fatal des sources fondamentales de l’Islam. En réaction contre la tendance précédente, certains intellectuels rejetèrent l’ijtihad sous toutes ses formes, lui ôtant toute légitimité et niant totalement sa nécessité.
Les tenants de cette tendance appartenaient au courant qui considérait le taqlid comme un principe important.
Une troisième catégorie permit l’exercice de l’ijtihad dans des domaines restreints ayant trait à des événements, situations ou questions nouveaux ou sans précédents.
Pour de tels penseurs, lorsqu’une opinion juridique ou un jugement existait déjà l’ijtihad n’était pas nécessaire – le précédent ou l’opinion juridique annulant tout le reste. On préférait toute sagesse déjà perçue à toute nouvelle idée. Ceci revient à dire qu’on doit appliquer des jugements désuets à des situations contemporaines, ce qui engendra souvent des propositions absurdes et ridicules. Aujourd’hui, à un moment où le faqih a assumé de nouveaux rôles indignes de son rang, et qu’il est devenu un simple agent administratif dans les départements anti-islamiques de l’appareil des états, on compte parmi de tels exemples les ridicules fatawa ayant trait aux bébés-éprouvettes et aux banques de sperme.
Enfin, d’autres intellectuels trouvèrent dans l’ijtihad une raison de justifier le nouvel ordre colonial.
C’était pour eux un moyen facile pour faire des entorses aux règles et jugements en vue d’accommoder la nouvelle situation créée par la domination coloniale. A leurs yeux, ceux qui défendaient la rigueur et l’authenticité étaient taxés de strictes et d’extrémistes ayant des préjugés. Cette tendance cherchait à intégrer toute idée nouvelle dans le patrimoine islamique en faisant sage de l’ijtihad pour lui donner une légitimité. Cette attitude se traduisit par une course vers l’ijtihad qui devint une fin en elle-même, une sorte d’activité récréative ouverte à tout le monde. Il existait une tension aiguë entre ces groupes dont les débats largement futiles débouchaient sur l’acrimonie et beaucoup de confusion. A part les quatre tendances d’ijtihad citées ci-dessus, un cinquième courant existe également bien que moins bruyant. Il soutient une revivification de la pensée islamique sur la base de la méthodologie originelle du Prophète et en appelle à un ré-examen des sources fondamentales de l’Islam à la lumière des changements modernes et, partant, à un ajustement de la pensée islamique. Les partisans de cette école voient en l’ijtihad la réflexion de l’état psychologique et intellectuel contemporain de la Oumma. Pour eux, chaque fois que les conditions essentielles de l’ijtihad existent, il incombe alors aux oulama d’exercer l’ijtihad et de répondre ainsi aux besoins du temps. Ils avancent également que le fiqh n’est qu’un domaine où l’ijtihad est nécessaire afin de régler les affaires de la Oumma – contrairement au micro-fiqh qui traite de questions bien précises et qui de ce fait est soumis aux influences et conditions locales. Pour éviter de mettre la charrue devant les bœufs, il est important d’accorder plus d’attention au macro-fiqh plutôt qu’au micro-fiqh. Les tenants de cette tendance d’ijtihad croient que la Oumma est assez mure et capable de faire face à de nouvelles situations, et de les traiter d’une perspective authentiquement islamique. A cet effet, un examen de la méthodologie elle-même et de tout l’environnement culturel serait nécessaire de façon à éviter les abus et l’exploitation d’une telle approche à des fins sectaires ou partisanes. La transformation intellectuelle qui en résulterait, revitaliserait à son tour la manière de lire et d’interpréter le Coran et la Sounna en vue de jeter les fondements sur lesquels des sciences humaines islamiques pourraient être établies, utilisant le Coran et la Sounna comme sources fondamentales de la connaissance. L’esprit de l’homme n’est qu’un instrument responsable qui permet de connaître le Créateur, de bien comprendre sa révélation ainsi que la nature humaine et les lois du cosmos. Doté de cette faculté qu’est la raison, l’esprit est également chargé de faciliter la mise en application de la révélation dans la vie de tous les jours et de permettre à l’homme de bien appréhender son existence et celle de l’inconnu. Ceci permet à l’homme de formuler des idées, de découvrir le droit chemin, de proposer des solutions pour le bien-être du monde, d’apporter la lumière à ce monde et de se prouver.
Taha Jabir Al Alwani
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com