Oran - Revue de Presse

Ses déclarations provoquent le monde musulman



Les nouvelles croisades du pape Benoît XVI   Jamais un responsable occidental de l’époque moderne n’avait cité autant de sourates du Coran et parlé de «djihad» pour finir par lever une polémique sans pareille. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un simple caricaturiste danois, mais du pape Benoît XVI. A l’université de Ratisbonne, en Bavière - où il a enseigné de 1969 à 1977 -, Benoît XVI a traité, mardi dernier, devant un amphithéâtre comble de professeurs et de savants, des «maladies mortelles» de la religion et dénoncé la «guerre sainte», qu’il dit contraire à la lettre du Coran. Un Jean Paul II recherchait le «dialogue» avec l’islam. Benoît XVI, lui, préfère «la confrontation intellectuelle». Avec un brin de provocation, il a rappelé un épisode ayant opposé, au XIVe siècle, les empereurs chrétiens de Constantinople aux juristes musulmans. Reprenant (à son compte?) une citation de l’empereur Manuel II Paléologue en 1391, lancée aux émissaires du Prophète Mohamed (QSSL) selon laquelle ce dernier prônait la violence dans la propagation de l’Islam (Foutouhate, ndlr), le pape aura ainsi su créer la polémique. Benoît XVI se fait l’avocat d’un christianisme qui, héritier à la fois de la loi juive et de la pensée grecque, retiendrait le meilleur de la religion - sa capacité à aimer - et le meilleur de la raison. Etonnant retournement de la part d’un pape qui défend avec ardeur la «raison» pour lutter contre les «maladies» de la religion. Mais les propos de ce dernier ont soulevé un tollé général dans le monde musulman. En réaction, l’Organisation de la conférence islamique a dit souhaiter que le Vatican exprime sa véritable position à l’égard de l’islam et de ses préceptes. «L’OCI espère que cette campagne surprenante ne témoigne pas d’une nouvelle orientation du Vatican à l’égard de la religion musulmane, surtout après des décennies de dialogue entre des hommes du Vatican et des religieux et des penseurs du monde musulman depuis le pontificat de Paul VI». Mohammad Mehdi Akef, guide spirituel des Frères musulmans (Egypte) a accusé, cependant, le pape de jeter de «l’huile sur le feu». «Le guide spirituel appelle le pape à s’excuser pour ces propos qui vont exacerber l’antagonisme entre les fidèles des religions divines et menacer la paix mondiale». Pour sa part, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, a déclaré : «Nous souhaitons que l’Eglise nous donne très rapidement son opinion et clarifie sa position, afin qu’elle ne confonde pas l’islam, qui est une religion révélée, et l’islamisme qui n’est plus de la religion mais une idéologie politique.» «Nous croyons au même Dieu, le Dieu de la paix, de l’amour et de la miséricorde. L’islam est d’abord tolérance et fraternité.» «Nous souhaitons des rapports d’amitié avec le christianisme, première religion en Europe», a-t-il insisté, «le pontificat de Benoît XVI doit porter les fruits des efforts de Jean Paul II dans le dialogue inter-religieux et l’amitié contre les dangers communs qui menacent tous les croyants, en particulier l’extrémisme, le radicalisme, l’intolérance et la violence». Hier, et pour calmer les esprits, le porte-parole du Vatican a lu un communiqué où il est fait mention que «le pape veut cultiver une attitude de respect et de dialogue envers les autres religions et cultures et évidemment également envers l’islam». «Il est opportun de relever que ce qui tient au coeur du pape est une claire et radicale réfutation de la motivation religieuse de la violence». «Il n’était certainement pas dans l’intention du Saint Père de se livrer à une étude approfondie sur le Djihad et sur la pensée musulmane dans ce domaine et encore moins d’offenser la sensibilité des croyants musulmans». Des propos difficiles à comprendre après ceux du pape, mais qui pourraient susciter une polémique encore plus grande que l’affaire des caricatures danoises.   Réda Amarni
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