Pour la première fois, un pays, en l'occurrence le Qatar, admet avoir
participé aux opérations sur le terrain en Libye. En effet, le général Hamad ben Ali al-Attiya, chef
d'état-major qatari, a reconnu que des centaines de soldats du Qatar ont
participé aux opérations militaires aux côtés des «rebelles» en Libye. Pourtant,
ce pays, à l'instar des autres participants à l'opération contre le régime de
Kadhafi, n'avait parlé que d'une participation aux opérations aériennes, sous
le commandement de l'Otan. Le chef-d'état major a été
catégorique: «Des centaines de soldats du Qatar étaient présents dans toutes
les régions, ils assuraient les opérations d'entraînement et les transmissions».
Et d'ajouter: «Nous assurions la liaison entre les rebelles et l'Otan». Le
général Hamad ben Ali intervenait devant des
journalistes en marge d'une réunion à Doha des chefs d'état-major des pays
engagés militairement en Libye. Il a affirmé que les «rebelles» avaient besoin
d'une telle aide car il s'agissait de civils qui n'avaient «pas l'expertise
militaire nécessaire». Plus tôt, à l'ouverture de la réunion, le président du
CNT, Moustapha Abdeljalil, a
rendu hommage au Qatar qualifié de «partenaire essentiel dans toutes les
batailles que nous avons menées». Il a indiqué que les militaires du Qatar
«planifiaient les combats» qui ont permis aux «rebelles» de s'emparer une à une
des villes libyennes, jusqu'à la chute de Tripoli fin août.
Paris, Londres et Washington ont engagé le 19
mars des frappes aériennes en Libye, qui se sont ensuite poursuivies sous
commandement de l'Otan, sous mandat de l'ONU. Il n'était pas question d'actions
terrestres. Pourtant, depuis fin avril, le Royaume-Uni, la France, l'Italie, l'Egypte
et les Etats-Unis ont reconnu avoir envoyé des conseillers militaires auprès du
CNT. L'état-major français affirmait en août dernier que seuls «quelques
dizaines» de conseillers militaires «placés auprès de l'envoyé spécial de l'ONU
assurent la liaison pour les affaires militaires avec le CNT». L'Otan avait
même formellement démenti toute coordination avec les «rebelles»: «Il n'y a pas
de coordination militaire avec les rebelles», avait déclaré en août à Bruxelles
sa porte-parole, Oana Lungescu,
assurant que la mission de l'Alliance se limitait à «protéger les civils».
Par ailleurs, le président du CNT est revenu à la charge hier pour
demander le maintien des forces de l'Otan en Libye au moins «jusqu'à la fin de
l'année». Moustapha Abdeljalil
a affirmé que sa demande visait en particulier à «assurer la protection des
frontières, pour empêcher l'afflux d'armes des pays voisins et protéger les
Libyens face aux vestiges du régime de Kadhafi qui ont fui vers les pays
voisins». Mardi, le «ministre» du Pétrole et des Finances, Ali Tarhouni, avait déjà annoncé que le nouveau pouvoir libyen
souhaitait une prolongation «d'au moins un mois» de la mission de l'Alliance
atlantique en Libye. L'Otan a repoussé à vendredi sa décision sur cette
question.
Pour sa part, la famille de Kadhafi, après avoir appelé à l'ouverture
d'une enquête sur les circonstances de la mort de l'ex-dirigeant libyen, envisage
de porter plainte contre l'Otan pour «crime de guerre» auprès de la Cour pénale internationale. C'est
ce qu'a annoncé hier l'AFP citant son avocat français, Me Marcel Ceccaldi. Ce dernier a déclaré à l'agence française que la
cause de ce décès avait été «le fait que les hélicoptères de l'Otan aient tiré
sur le convoi de Kadhafi, qui a ensuite été achevé.» Selon l'avocat français, l'homicide
volontaire est défini comme un crime de guerre par l'article 8 du Statut de
Rome de la CPI. Me
Ceccaldi n'a pas dit quand la plainte sera déposée, indiquant
que son «périmètre» devait encore être précisément arrêté. «L'homicide de
Kadhafi montre que les Etats membres n'avaient pas pour but de protéger la
population mais de renverser le régime», a-t-il dit. La plainte devrait viser
«les organes exécutifs de l'Otan qui ont arrêté les conditions d'intervention
en Libye», et remonter la chaîne de responsabilités en amont, jusqu'aux chefs
d'Etat des pays de la coalition, a-t-il précisé. «Ou la CPI intervient en tant que
juridiction indépendante et impartiale, ou elle ne le
fait pas et, alors, la force prime le droit», a poursuivi l'avocat. Kadhafi a
été enterré en Libye dans la nuit de lundi à mardi dans un lieu tenu secret, alors
que la polémique sur les circonstances de sa mort reste vive.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Djamel Belaïfa
Source : www.lequotidien-oran.com