Oran - Revue de Presse

Se faire rouler dans la farine



Dans une filière à trois acteurs, offices des céréales, minotiers et boulangers, comment n'arrive ton pas à savoir où est le vil tricheur ? Quand le ministère du Commerce demande aux opérateurs concernés par la commercialisation de la farine de «respecter» les prix plafonds, cela sonne comme un aveu d'impuissance. Normalement, même en ne disposant que d'un nombre réduit de contrôleurs - explication itérative -, les pouvoirs publics devraient être en mesure de savoir où se situe la faille, pour faire appliquer la règle, plutôt que d'en solliciter le respect. Le gouvernement ne veut pas que le prix du pain dépasse les 8,50 dinars et il a recours à la subvention. C'est un choix politique coûteux à bien des égards. L'expression la plus banale de la puissance publique consiste à s'assurer continuellement que les règles du jeu qu'elle édicte sont respectées par l'ensemble des acteurs et que la subvention n'est pas détournée de sa destination. Envoyer un message «général» aux opérateurs produit la fâcheuse impression que l'on subventionne sans suivi opérationnel. En l'occurrence, le message a été émis suite aux revendications des boulangers, confrontés à l'érosion de leur marge bénéficiaire. Bref, on a attendu que le problème surgisse pour se rendre compte, sans l'avouer d'ailleurs, de la défaillance du mécanisme de surveillance et de contrôle sur lequel s'appuie nécessairement une politique de subvention. Les boulangers, dans ce cas de figure, sont plutôt les thermomètres, car c'est bien eux-mêmes, en demandant une augmentation du prix du pain, qui révèlent le problème. Que les consommateurs ne soient pas en mesure de désigner les tricheurs parmi les acteurs de la filière qui s'accusent mutuellement, cela est dans l'ordre des choses. Que les services du ministère du Commerce n'aient pas leur «petite idée» puisqu'ils lancent un appel aux «différents opérateurs», est moins compréhensible. Bien sûr, on a enjoint aux boulangers, au thermomètre en somme, de baisser la température et de ne pas toucher au prix. L'union des commerçants a elle-même appelé au respect des prix fixés par l'Etat. Le problème est-il réglé pour autant ? Il y aura toujours des boulangers - ceux qui ne font que du pain - pour protester en avançant que leur marge bénéficiaire sur la baguette n'est que de 7%, très loin des 20% qui leur sont en principe reconnus. Même en tenant compte du renchérissement des autres intrants (huile notamment), cela signifie qu'ils payent la farine à un prix plus élevé que prévu. En théorie, ils ne sont pas obligés d'acheter la farine au-delà de 2.000 dinars le quintal. Dans la pratique, ces artisans proclament qu'ils se retrouvent à la payer plus cher. Personne n'est coupable ? Un responsable a déclaré que «les perturbations constatées au niveau du marché du pain ne sont en réalité que les effets pervers d'une multitude de dysfonctionnements du circuit de commercialisation de la farine destinée à la panification». C'est un jargon intéressant, mais il faudrait disposer du code de déchiffrement pour le comprendre. Cela n'éclaire pas beaucoup, pour rester mesuré. Nous ne disposons toujours pas de la réponse claire à une question simple: qui est en train de se sucrer sur la subvention ? Et, dans cette situation particulière, qui est en train de nous rouler dans la farine ?
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