Les chefs d'Etat africains qui vont se réunir à Charm el-Cheikh auraient, on s'endoute, voulu éviter que la question de la démocratie et de l'alternance puissevenir «perturber» leur sommet. La situation au Zimbabwe, où un second tourgrotesque - et sans opposition - donne la «victoire» à Mugabe, les met pourtantsous le regard du monde. Vont-ils dire quelque chose à ce clair déni del'engagement africain en faveur des élections «transparentes, libres et justes»?
Quelques-uns le souhaiteraient, mais il y a fort à craindreque la solidarité des gouvernants l'emporte sur l'éthique et les valeursproclamées. L'Afrique officielle en conclave dans la station balnéaireégyptienne va papoter et il y a peu de chance qu'elle envoie un signal quiserait une surprise agréable pour les opinions publiques.
Un certain réflexe anticolonial a tendance à poussercertains à soutenir des autocrates dès lors qu'ils sont détestés, souvent pourde mauvaises raisons, par les Occidentaux. Ce réflexe n'est pas erroné seulement,il est pervers. Il permet aux anciens colonialistes de se refaire une virginitéà bon compte. Mais plus gravement, il tourne le dos à la solidarité qui est dueaux peuples et aux citoyens. Pourquoi Robert Mugabe aurait-il plus droit àcette solidarité aveugle, alors que les citoyens du Zimbabwe qui ont votémajoritairement contre lui au premier tour n'y auraient pas droit ? Est-cel'attitude de l'ancien occupant britannique qui a pris en grippe Robert Mugabeaprès qu'il eut nationalisé les fermiers blancs, qui doit déterminer nosattitudes ? Ce serait absurde.
Soutenir le droit des citoyens du Zimbabwe à élirelibrement leurs représentants, de manière transparente et sans violence, n'estpas servir les intérêts néocolonialistes. C'est une évidence, mais à l'évidenceelle a besoin d'être dite. Il faut reconnaître néanmoins au président de la Commission de l'Unionafricaine, Jean Ping, d'avoir touché du doigt unproblème majeur. Le grand défi de l'Afrique aujourd'hui, a-t-il dit, est « degarantir que les élections ne mènent pas à des troubles et à des actions deprotestation violentes et souvent sanglantes ».
Mais il devrait pousser les choses plus loin. Dans le casdu Kenya hier, comme du Zimbabwe, le problème est posé par les pouvoirs enplace. C'est leur refus d'accepter la sanction des urnes qui crée lebasculement vers la violence, les sociétés n'étant pas violentes de « nature ».Comment résoudre cette équation ? Les citoyens doivent-ils abdiquer toutevolonté de changement par les urnes pour éviter que ceux qui sont en place necréent des situations de violence ? Assurément, ce serait absurde, même si dansles faits c'est ce qui est suggéré.
De nombreux Etats africains n'aiment pas que lesOccidentaux leur fassent la leçon. Ils seraient pourtant plus crédibles s'ilsmettaient en application leurs engagements: être intraitables avec ceux quin'acceptent pas le choix libre des citoyens. Non pour plaire aux Occidentaux - quin'aiment pas toujours les effets collatéraux des élections libres en Afrique etailleurs - mais tout simplement pour être dignes de leurs peuples.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com