Pour les Algériens, le 1er novembre 2019 s'inscrit dans la continuité du combat libérateur de leurs aînés.Le 37e vendredi de mobilisation, qui a coïncidé avec la commémoration du 65e anniversaire du déclenchement de la Révolution, le 1er Novembre 1954, n'a pas été seulement une occasion pour le peuple de réaffirmer ses revendications, mais aussi celle de se réapproprier la date symbolique du 1er Novembre, comme il l'a déjà fait avec le 5 Juillet et le 20 Août.
Les autorités, qui ont pris pour habitude de célébrer tambour battant les dates historiques, sont désormais réduites à quelques cérémonies quasi clandestines, et surtout expéditives, qui se déroulent généralement sous haute surveillance policière.
Le peuple, qui s'est toujours abstenu de s'impliquer dans ces célébrations officielles, montre une ferme volonté de se les réapproprier en leur donnant un cachet éminemment populaire et en les commémorant dans la rue.
Dans plusieurs villes du pays, à l'instar de Jijel, d'Alger, de Tizi Ouzou, d'Oran ou de Constantine, des rassemblements nocturnes ont été organisés durant la soirée du jeudi 31 octobre pour célébrer le 1er Novembre. À Tizi Ouzou, une imposante foule, qui s'est rassemblée initialement pour l'"opération mehraz", a fini, à minuit, par se rendre au cimetière des chouhada pour se recueillir à leur mémoire.
La poignée d'officiels, à leur tête le wali, qui était déjà sur les lieux, s'est retrouvée bloquée durant plusieurs heures avant de se résoudre à prendre la fuite sous haute protection policière. Des initiatives ont été également prises aux quatre coins du pays pour commémorer cette date hautement symbolique du 1er Novembre.
Vendredi, en plus de l'hymne national et autres chants patriotiques entonnés à l'unisson, dans toutes les villes d'Algérie où des marches ont eu lieu, des gerbes de fleurs ont été déposées sur des monuments dédiés aux martyrs de la Révolution, loin bien sûr des caméras des télévisions. Mais pas seulement.
Les portraits des figures de la Révolution telles qu'Abane Ramdane, Mohamed Boudiaf, Zighoud Youcef, Larbi Ben M'hidi et Krim Belkacem étaient présents dans toutes les marches, aux côtés d'un nombre impressionnant de pancartes et banderoles faisant référence au 1er Novembre 1954.
Des pancartes, sur lesquelles on pouvait lire "1er Novembre 1954 : Révolution armée pour la libération du pays. 1er novembre 2019 : révolution pacifique pour le recouvrement de la souveraineté du peuple", ont été brandies dans de nombreuses villes du pays. Signe que les Algériens sont unanimes que le 1er novembre 2019 s'inscrit dans la continuité du combat libérateur de leurs aînés.
Profondément inspiré d'ailleurs par les valeurs, à forte charge symbolique et historique, portées par cette date qui a fait le destin national, le peuple a su même l'utiliser pour en produire un effet catalyseur pour sa mobilisation d'avant-hier contre le système, que le peuple considère comme aussi nocif que le système colonial auquel les valeureux martyrs de Novembre 1954 ont su héroïquement mettre fin.
À vrai dire, ce n'est pas la première fois depuis la naissance de ce mouvement populaire du 22 février que le peuple s'exerce à la réappropriation des dates historiques. La première date que le peuple s'est attelé à se réapproprier est celle de l'indépendance, le 5 juillet dernier, cette date qui a donné naissance au slogan "Chaâb yourid el-istiqlal", puis le 20 août dernier lorsque le peuple a remis au goût du jour le principe de la primauté du politique sur le militaire à travers le slogan devenu célèbre "Dawla madania machi âaskaria".
C'est dire qu'à trop qualifier le peuple d'"ennemi intérieur", le pouvoir a fini par réveiller dans le c?ur des Algériens le patriotisme de leurs aînés de Novembre 1954, un patriotisme qu'aucune répression ni man?uvre et encore moins menaces n'ont pu vaincre.
Samir LESLOUS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir LESLOUS
Source : www.liberte-algerie.com