Oran - Revue de Presse

Pourquoi l'Irak ?



C'est un éditorial qui fera certainement date dans l'histoire des Etats-Unis. Le dimanche 8 juillet, le New York Times a réclamé dans un long réquisitoire, plus ou moins mesuré, le retrait des troupes américaines d'Irak. La démarche n'est pas anodine puisque le quotidien new-yorkais avait soutenu en 2003 la décision prise par George W. Bush et son administration d'envahir ce pays. Pire, il l'avait même réclamée à longueur de colonnes en se basant, entre autres, sur les « preuves et informations » apportées par sa journaliste vedette Judith Miller laquelle, on le sait aujourd'hui, était totalement manipulée et intoxiquée par les « opposants » du Congrès national irakien (CNI) et leurs soutiens néo-conservateurs. Depuis, le New York Times a fait son (léger) mea-culpa et reconnu que les articles de Miller (partie exercer ses talents ailleurs) à propos des armes de destruction massive n'avaient pas été, c'est le moins que l'on puisse dire, suffisamment corroborés. « Il est temps pour les Etats-Unis de quitter l'Irak », a donc affirmé l'influent journal en évoquant une invasion déclenchée « sans raisons valables », « sans tenir compte de l'opposition mondiale » et « sans plan de stabilisation » pour parer à l'effondrement du régime de Saddam Hussein. Deux passages particuliers de l'éditorial sont sans appel pour Bush et son équipe. Dans le premier, le New York Times relève que « malgré les affirmations du Président, Al-Qaïda n'avait aucune prise significative en Irak avant l'invasion », laquelle, au contraire, lui a offert « de nouvelles bases, de nouvelles recrues et un nouveau prestige ». On ne peut être plus clair même si le lecteur appréciera à sa juste valeur l'expression « aucune prise significative en Irak », le terme « significative » étant plus qu'une précaution de style. En effet, il ne s'agit pas pour ce quotidien de se ménager une porte de sortie au cas où d'improbables preuves d'une complicité entre Ben Laden et Saddam Hussein viendraient à émerger (maintenant qu'il sillonne la région, Tony Blair, alias « la vérité », va peut-être les trouver et nous dire par la même occasion où se trouvent les armes de destruction massive). En fait, le New York Times a beau avoir changé de position, il ne peut s'empêcher de tergiverser sur la responsabilité de l'Irak dans les attentats du 11 septembre 2001. Une responsabilité dont, à ce jour encore, un grand nombre d'Américains demeurent convaincus même s'ils sont désormais opposés à la guerre. Les lecteurs réguliers de cette chronique savent que le bledard est allé traîner quelques jours du côté des rives du Potomac, et à la question « savez-vous pourquoi votre pays a envahi l'Irak », il a récolté, à parts égales, les deux réponses suivantes : « pour punir les responsables des attentats du 11 septembre », comme me l'a affirmé un vendeur de beignets mexicains, et « pour le pétrole et sûrement pas pour la démocratie » comme l'ont reconnu nombre de chercheurs interviewés qui, il y a encore un an, n'auraient jamais concédé pareil aveu. D'autres avis, bien moins fréquents, ont aussi leur intérêt. Ainsi, cet universitaire installé dans la banlieue nord-ouest de Washington, qui, après moult circonvolutions, a fini par me livrer la confidence suivante : « Ecoutez... J'ai écrit des tonnes de papiers sur cette guerre. Pour moi, il y avait trois raisons majeures qui ont conduit à ce conflit : donner satisfaction à l'opinion publique en lui faisant croire que l'on allait venger les victimes du 11 septembre, mettre les réserves pétrolières irakiennes à l'abri des appétits chinois et débarrasser la région d'un régime dictatorial ennemi à la fois d'Israël et des monarchies arabes ». Et d'ajouter : « Mais, je ne sais plus. Je... je n'arrive plus à me faire une opinion. Tout cela est tellement catastrophique, tellement désolant. J'ai du mal à croire que l'invasion de l'Irak obéissait à une démarche... heu... rationnelle ». Au risque de faire hurler ceux qui, dans le monde arabe - et ailleurs -, échafaudent mille et une théories du complot pour expliquer cette guerre dévastatrice, j'ai tendance à partager ce point de vue car il y a dans cette sordide expédition coloniale un élément de folie qui dépasse tout entendement humain. Mais revenons à l'éditorial et à son autre passage imprécateur. « Il est effrayant de constater, s'indigne le New York Times, que monsieur Bush n'a pour plan que de ne rien faire tant qu'il sera président, son seul objectif étant de passer [en l'état] le dossier irakien à son successeur ». Voilà condamnée toute une vaine agitation, celle de la Maison-Blanche qui, avec force manoeuvres dilatoires, n'en finit pas de vouloir évaluer les effets de « nouvelles stratégies » récurrentes que les militaires américains eux-mêmes qualifient d'échecs. Mais que faut-il attendre du retrait américain (s'il a lieu...) ? Rien sinon le pire. Le scénario catastrophe est déjà là et il ne fera que s'aggraver : guerre civile entre sunnites et chiites, nettoyage ethnique, banditisme, corruption généralisée et exil forcé des populations (à ce jour, deux millions d'Irakiens sont partis à l'étranger, notamment en Syrie et en Jordanie, cela sans compter deux autres millions de déplacés à l'intérieur de l'Irak). Et qui peut affirmer que la Turquie n'interviendra pas militairement au Kurdistan ? Qui peut croire que l'Arabie Saoudite restera longtemps les bras croisés face à l'influence sans cesse croissante de l'Iran ? C'est évident. Le départ des GI's épargnera de nombreuses vies américaines mais ne changera guère le sort des Irakiens. Pour autant, je ne plaide pas pour un maintien de l'armée américaine. Simplement, je m'interroge face à cette catastrophe irakienne qui paraît sans solution alors que les stratèges de Washington nous ressortent l'idée d'une partition de l'Irak en trois parties. Une hypothèse que les adversaires de la guerre avaient mentionnée dès 2002 lorsque la propagande pro-intervention s'était mise en branle. Mais là aussi, j'ai du mal à croire que les Etats-Unis ont allumé ce feu gigantesque - qui risque de brûler tous leurs alliés dans la région, y compris Israël - pour le seul but de diviser l'Irak ou de se garantir un pétrole qui, violences obligent, n'est pas près de couler à flots.
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