
La question palestinienne n'est plus une urgence dans l'agenda international. Le processus de paix, gelé depuis 2001, semble être définitivement enterré d'autant plus qu'Israël et ses alliés ont réussi à diviser les Palestiniens aussi bien politiquement que territorialement. Arafat, en dépit des concessions qu'il avait accordées aux Israéliens, avait toujours fait de l'unité des rangs palestiniens une démarche stratégique, parce qu'il avait compris que c'était son unique atout et son unique force. C'est cette attitude intransigeante de Arafat sur la sacralité de l'unité nationale qui explique l'isolement dont il a été victime pendant près d'une année à Jéricho et qui aurait été la raison de «son assassinat» comme le suggèrent les analyses faites sur les effets personnels de Arafat par un laboratoire suisse. A ce propos, la dépouille de Yasser Arafat sera examinée par des experts de l'institut de radiophysique du Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne, qui a obtenu l'autorisation de sa veuve, Souha Arafat, et de l'Autorité palestinienne, a indiqué un porte-parole du Centre. Les experts suisses vont se rendre dans le territoire palestinien de Cisjordanie pour faire des prélèvements afin de rechercher une éventuelle présence de polonium. Ils ont également reçu le feu vert de l'Autorité palestinienne pour mener leurs investigations et lever le mystère qui entoure la mort du leader historique palestinien, décédé le 11 novembre 2004 à l'hôpital militaire Precy, près de Paris. La veuve d'Arafat a déposé plainte la semaine passée contre X pour assassinat à Nanterre, après la découverte de polonium sur des effets personnels de l'ex-dirigeant palestinien, qui a relancé la thèse d'un empoisonnement, selon un communiqué. Cette plainte avec constitution de partie civile a été déposée au nom de Souha Arafat et de sa fille mineure Zahwa, entre les mains du doyen des juges d'instruction du Tribunal de grande instance de Nanterre. Le polonium est une substance radioactive hautement toxique.La veuve de Yasser Arafat a d'ailleurs appelé la justice française à collaborer dans l'enquête sur le décès de son époux, ont annoncé vendredi dernier ses avocats français. «Nous nous félicitons de la position de l'Autorité palestinienne qui consiste à accepter l'exhumation du corps», selon un communiqué des avocats, Pierre-Olivier Sur et Jessica Finelle. «Cependant, nous considérons que cet acte d'enquête doit être diligenté en collaboration avec la juridiction d'instruction française, régulièrement saisie, qui doit désigner un magistrat instructeur pour procéder aux investigations qui s'imposent», soulignent les avocats. Selon ces derniers, «il convient d'attendre cette désignation qui doit intervenir extrêmement rapidement», dans les prochaines semaines, sinon jours. Les dirigeants palestiniens et les proches de Yasser Arafat, sont persuadés qu'il est mort empoisonné. De son côté, la direction palestinienne a demandé une commission d'enquête internationale sur le modèle de celle formée sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri en février 2005. L'enquête sur les circonstances de la mort de Arafat devient l'unique actualité qui intéresse les médias et qui risque d'aggraver les divisions interpalestiniennes, d'autant plus que si la thèse de l'assassinat venait à se confirmer, le coupable ou l'exécutant serait alors de l'entourage immédiat de Arafat. Cependant, les milliers de victimes avérées de l'oppression quotidienne d'Israël ne méritent pas l'attention de la communauté internationale, plus «préoccupée» par ce qui se passe en Syrie et par les l'hypothétique arme nucléaire de l'Iran. Même les pays arabes et le monde musulman tournent le dos à la cause palestinienne. La flottille pour Ghaza qui a défrayé la chronique des relations turco-israéliennes, s'est avérée être une tactique visant à replacer Ankara sur l'échiquier politique moyen-oriental pour faire de la Syrie voisine sa priorité. Une voix timide difficilement perceptible, a tout de même réitéré mercredi dernier la solution à deux Etats pour les Israéliens et les Palestiniens, afin de faire sortir le processus de paix de son impasse actuelle. Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Jeffrey Feltman a prévenu que si des échanges «directs mais discrets» s'étaient poursuivis au cours du mois dernier entre Israéliens et Palestiniens pour convenir des termes d'un environnement propice au dialogue, aucun progrès n'avait été fait sur la voie d'une négociation durable. Au nombre de ces échanges, il a cité la signature, le 31 juillet dernier, d'un accord entre le Premier ministre palestinien et le ministre israélien des Finances, dont la mise en 'uvre devrait commencer en janvier 2013, ainsi que la délivrance par Israël de 6 000 nouveaux permis de travail à des Palestiniens, ce qui portera leur nombre total à 30 500. Mais la situation économique et fiscale de l'Autorité palestinienne reste préoccupante, principalement en raison de la baisse de l'aide extérieure et du non-respect par les bailleurs de fonds de leurs engagements financiers.
M. Feltman a saisi l'occasion pour demander à la communauté internationale de veiller à ce que le premier anniversaire de la demande d'adhésion à l'ONU de l'Autorité palestinienne soit utilisé de manière constructive pour faciliter l'émergence d'un dialogue substantiel. Le Secrétaire général adjoint a réitéré que la solution à deux Etats reste l'option la plus réaliste pour les deux parties. La responsabilité d'y parvenir leur incombe, mais aussi à tous les Etats membres de l'ONU qui doivent se poser une simple question, selon lui: «Nos actes concourent-ils à rapprocher Israéliens et Palestiniens de la solution à deux Etats'»Sur le terrain, Israël continue sa répression, l'étranglement de Ghaza et l'implantation de colonies juives dans la Cisjordanie. Hier, le Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien a exprimé ses vives inquiétudes quant à la poursuite des activités de colonisation israéliennes dans les territoires palestiniens. «Le Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien condamne fermement ces colonies de peuplement, car elles sont contraires au droit international, violent les obligations d'Israël au regard de la Feuille de route et compromettent les efforts actuels visant à relancer le processus de paix», a affirmé Abdou Salam Diallo, président du Comité, lors d'une réunion de cet organe. M. Diallo faisait notamment allusion au lancement par les autorités israéliennes d'appels d'offres pour la construction de 171 nouvelles unités d'habitation à Al-Qods Est, mais aussi à la situation de huit villages palestiniens, situés au sud d'el Khalil, dont les terres doivent être, à terme, utilisées comme terrain d'entraînement par l'armée israélienne. Le président de cet organe relevant de l'ONU a également déploré les frappes aériennes israéliennes et les incursions des forces israéliennes dans Ghaza, qui ont entraîné la mort de 9 Palestiniens et fait 54 blessés, dont 30 civils. De son côté, l'observateur permanent de la Palestine, Riyad Mansour, a déploré le fait que le gouvernement israélien ait interdit aux ministres des Affaires étrangères de la Malaisie, de l'Indonésie, du Nigeria, de Cuba et du Bangladesh, tous membres du Comité du Mouvement des pays non-alignés pour la Palestine, de se rendre à Ramallah, en Cisjordanie, afin de constater la situation qui prévaut sur place. Les représentants de ces pays devaient prendre part à une réunion d'urgence, à Ramallah, dont la tenue avait été décidée à l'issue de la réunion du Mouvement des non-alignés, qui s'était tenue à Charm el-Cheikh vers la mi-juillet. «En conséquence, ce voyage et cette visite ont été annulés», a regretté l'observateur, en déplorant que le Premier ministre israélien, M. Benjamin Netanyahu, «se soit personnellement impliqué dans ce dossier et ait décidé de ne pas autoriser cinq membres du Comité du Mouvement des non-alignés à se rendre en Palestine». La réunion du comité a également été marquée par plusieurs comptes rendus présentés par des membres du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) et du département de l'information de l'ONU. Les intervenants ont, tour à tour, présenté des données actualisées de la situation qui prévaut à Ghaza ou en Cisjordanie, mettant notamment l'accent sur la nécessité de mettre fin à l'élargissement des colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés. Ils ont également mis en exergue de nouvelles tendances israéliennes qui visent, depuis 2011, la confiscation ou la destruction des biens humanitaires destinés aux Palestiniens dans le besoin. Les révoltes arabes n'ont pas modifié le sort des peuples et ont même aggravé leur sécurité et menacent leur stabilité. Ces révoltes, qui s'inscrivent dans le processus du Grand Moyen-Orient engagé au forceps, ont brouillé toutes les cartes de la région moyen-orientale, ont fini par mettre à nu le mythe de l'unité arabe. Les Palestiniens ont donc compris qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur leur nécessaire unité pour affronter l'ennemi commun qu'est Israël et ses alliés.
A. G.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelkrim Ghezali
Source : www.latribune-online.com