Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Yahia Belaskri remonte ses pistes oranaises ans la littérature, Oran a été longtemps un parent pauvre. Le large public connaissait, avec une certaine fierté et vu la célébrité de l’auteur, La Peste d’Albert Camus. Mais, en vérité, Oran n’y est qu’un lieu prétexte pour cette œuvre à thèse. Emmanuel Roblès a planté ses premiers textes dans cette ville, mais qui le connaît vraiment; encore moins le récit autobiographique de Jean Sénac, «Ebauche du père». Et puis surtout, cette littérature appartient au temps révolu de la période coloniale. Depuis l’indépendance, c’est le silence, comme si cette ville ne se prêtait pas à être romancée, elle qui a tellement inspiré la chanson, en particulier le Raï. Il y a bien un recueil de poèmes de Malek Alloula, «Ville et autres lieux» (qui vient d’être réédité chez Barzakh), mais qui se trouve bien coincé dans les marges. On pourrait aussi évoquer les romans de Abdelkader Djemaï. Mais aussi, se situent-ils à Oran. C’était donc désespérant. On se demandait pourquoi -d’abord- nos amis qui sont dans l’écriture, entre autres ceux qui sont partis vers des cieux plus cléments et encore habités par leur ville d’origine, une ville qui s’est peuplée d’images et de textes cartes postales et dont on cultive des images d’Epinal sur une prétendue douceur de vivre qui a bien perduré pour certains milieux, quelques années après le départ des Européens. Et voilà que nous tombe entre les mains un roman (ou récit romancé) autobiographique d’un enfant de la ville qui a d’abord migré vers d’autres coins du pays, avant d’aller planter sa tente en France: «Un bus dans la ville» (éditions Vents d’ailleurs, 2008) de Yahia Belaskri. Ceux qui ont baigné dans le milieu culturel d’Oran, dans les années 60-70, ont bien connu ce dernier. Pour ce qui est des origines, on ne peut pas le coller parce qu’il est sorti des entrailles d’Oran: enfant d’une famille prolétaire, ayant vu le jour et grandi dans un quartier populaire. Très jeune militant culturel, il s’est ouvert à sa ville, au pays et au monde, les yeux aiguisés par le regard critique. Puis, un beau jour, Yahia Belaskri a quitté Oran pour prendre le large, dans la deuxième moitié des années 70. Il a disparu, laissant seulement traîner derrière lui quelques traces de son errance, qui nous parvenaient, de temps à autre. Depuis, il a percé là-bas, comme on dit, s’est épanoui dans ses activités professionnelles (il est journaliste à RFI), culturelles et maintenant, littéraires. Il n’a pas oublié sa communauté puisqu’il est l’un des initiateurs de l’Association des amis d’Oran, vers la fin des années 90. Cela, c’est pour ce qui est du personnage. «Un bus dans la ville» est un texte dur et dans une première lecture, il vous reste en travers de la gorge. Et puis, on se dit qu’après tout, son auteur a assez de légitimité pour se révolter et boxer ses souvenirs et les fantômes qui le poursuivent depuis ces lendemains de l’indépendance dont il fait bien de nous rappeler, par endroits, qu’ils déchantaient déjà. Ces touches sociopolitiques sont des coups de torche sur le passé pour nous rappeler que les drames qui ont secoué, plus tard, cette société, ne sont pas tombés du ciel. Bien sûr, le trait est forcé vers le noir et on est tenté de si dire que nulle part au monde le bonheur n’a régné. Mais, après tout, ça fait partie des libertés d’un écrivain littéraire. Cela nous change de cette hypocrite puérilité des images évoquées plus haut. Fiction pour fiction, autant prendre une douche froide, ça réveille des sommeils comateux. Mais, il n’y a pas que des pages sombres dans ce texte. Il y a des moments d’éclaircie et de la tendresse dédiés à des compagnons de route de Yahia Belaskri. Il y a, également, des hommages rendus aux femmes qui ont peuplé son enfance oranaise. Il y a des bougies allumées sur des souvenirs amoureux. Enfin, il y a ce bus qui continue au-delà de ce livre et qui, espérons le, portera notre ami vers d’autres coups d’inspiration, au grand bonheur de notre imaginaire littéraire. Brahim Hadj Slimane
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