Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Pour une seconde vie du Josélito Oranais Dar echraâ tmarki ouelkasba etlemm/ Sid El-hakem ouine ouine». Ça vient de loin, mais ça sonne étrangement actuel, dans l’air du temps. Ce n’est pas un slogan politique. Ce pourrait être un dernier tube de rappeur. Non, ni l’un, ni l’autre. Ça vient de loin ; du déjà et vaguement entendu ; un reliquat de la chanson des premières années de l’indépendance. Il s’agit, certes, d’un tube de l’époque et son auteur est quelqu’un dont on oublie souvent jusqu’à l’existence actuelle. C’est Bouteldja Belkacem qui encore là, bien vivant et, à 56 ans, n’est pas aussi éteint qu’on pourrait le penser. Comme chaque été, à l’approche du festival du Raï -qui va s’ouvrir le 4 août prochain- , il ne sait pas encore s’il va monter sur scène, si on va lui faire appel. Il attend anxieusement. Cela fait des années que c’est pareil. Et puis, finalement, il chante, il fait son «numéro», comme il dit. Ses éternels succès. Puis il attend, de nouveau, pour percevoir son modeste cachet et disparaît dans la cité de banlieue où il habite. Lorsque je l’ai rencontré, il y a quelques jours, dans son café habituel, sur la place de Saint-Eugène, il était serein et m’a annoncé qu’il était devenu royalement sobre, dans sa vie courante. Et qu’il était toujours-là, disponible pour n’importe quelle expérience musicale. Il y a un an, il était question de faire un produit avec son ami Hendi. Mais, il n’y a rien eu de cela. Son autre ami Messaoud Bellemou n’est pratiquement plus en mesure de jouer, suite à des ennuis de santé. Alors Bouteldja Belkacem est seul, lui, le plus ancien chanteur de Raï vivant, après la disparition de Cheïkha Rimiti. Il avait entamé sa carrière à 14 ans et sa parolière Cheïkha El-Ouachma l’avait surnommé Josélito. La dame a, aujourd’hui, plus de 80 ans et vit à Aïn Témouchent. En ce temps-là, c’était la gloire précoce. Puis l’accident de voiture, en 1967, près de Bechar (cinq morts) dont il échappa miraculeusement. Puis la rencontre avec Bellemou, celui qui révolutionna la musique raï et annonça l’arrivée des premiers chebs. Puis, la marge et l’oubli. A chaque rencontre, je lui suggère un plan, une ouverture pour émerger de nouveau. Il suffirait d’un rien. Mais c’est ce «rien» qui ne vient pas, à cause d’un environnement aussi médiocre que férocement ingrat. Alors, chaque fois, nous nous quittons avec un espoir incertain. Par Brahim Hadj Slimane
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