« Regarde, regarde ! Y a que lui qui vit ! Il n'y a ni Abbès ni Kheïra ». La mine ébahie, le jeune adolescent ne quitte pas des yeux le sublime mais inatteignable Hummer blanc (4x4 militaire US que les amateurs des séries policières et des films d'action ont coutume de voir à la télévision) qui s'engage sur le boulevard du Front de mer. Le dépit de l'adolescent est d'autant plus grand qu'il vient de se voir refuser l'accès au Théâtre de verdure d'Oran où est donné le coup d'envoi de la 17ème édition du Festival de la chanson raï. Sans doute que ses yeux (et ceux de ses trois amis) brillaient trop et que les policiers postés à l'entrée du théâtre ont jugé plus prudent d'écarter ces potentiels perturbateurs. Pourtant, tout le monde le sait, le Raï est fait pour les jeunes et certains jeunes pour le Raï. Il est 10 heures en cette chaude soirée de samedi 04 août. Un public assez fourni s'est déjà installé dans les travées du Petit Vichy et attend le début des festivités : « Hier, c'était très chaud, brûlant même ! sourit l'un des spectateurs. Il sera très difficile de faire mieux ». La veille, en effet, le festival du cinéma arabe s'était clôturé ici même par une prestation flamboyante de Khaled. « L'ambiance a rarement été aussi torride », témoignent d'autres spectateurs qui ont eu le privilège d'assister à la prestation du King : « Mais il est vrai aussi que la vocation première du festival du Raï n'est pas de faire chanter des stars mais d'offrir aux jeunes pousses l'opportunité de faire étalage de leur talent », tempère un quadragénaire, coutumier de la manifestation. Et de fait, parmi la cinquantaine d'interprètes programmés tout au long de la semaine, les chanteurs vraiment connus du public et des disquaires, comme Zahouania, Yazid, Abdou, Kheïra ou Abbès..., se comptent sur les doigts. Les autres sont des jeunes en quête de reconnaissance aussi bien parmi le public que des médias : «Il y a du talent dans cet ensemble, insistent les organisateurs. Mais il faut les aider à émerger ». Dans les travées du Théâtre de verdure, les spectateurs sont venus entre amis ou en famille et tous espèrent passer une soirée, voire des soirées, agréables au rythme de la chanson raï : « Cet été, je dois reconnaître que l'animation culturelle est assez présente, affirme ce père de famille, résidant dans le quartier de Gambetta. Il y a eu le festival du cinéma qui nous a permis de regarder des films en plein air sur la place Fontanelle (des ciné-bus étaient organisés tous les soirs dans plusieurs quartiers de la ville, Ndlr) et maintenant ce festival du Raï. Je trouve que c'est bien, pourvu que ça continue ». Alors que la majorité des spectateurs scrutent la scène où les musiciens procèdent aux ultimes réglages, beaucoup de jeunes, curieux ou railleurs, s'agglutinent autour du stand de « Oran Stoppe Le Sida », un ensemble d'associations qui ont décidé de sensibiliser aux risques de la maladie vénérienne. Pendant qu'à l'entrée du théâtre de verdure, des bénévoles distribuent des prospectus sur le Sida, leurs confrères du stand expliquent de vive voix la nature de la maladie, son mode de transmission et les moyens de prévention : « Nous tentons de sensibiliser tous ces jeunes à la gravité de cette maladie et la nécessité vitale de s'en prémunir », confie l'un des responsables. D'ailleurs, le collectif « Oran Stoppe Le Sida » invite tous les jeunes à assister, mardi, au débat autour du Sida qui aura lieu au Théâtre Régional d'Oran. Aux environs de 23 heures, le public pousse un soupir de soulagement à l'apparition de l'Algérois Farid le Rocker, chargé d'animer les soirées du festival oranais: « Bienvenue à Oran El Bahia ! Vous allez vivre des soirées magnifiques ! Accueillez comme il se doit vos artistes ! », dit-il en substance avant de céder la parole aux officiels (dont l'envoyé de la ministre de la Culture, Khalida Toumi) venus annoncer officiellement l'ouverture de la 17ème édition du festival de la chanson raï. Et c'est avec trois chansons de la jeune Sophi que le festival a commencé pour, six jours durant, faire vivre la ville au rythme du Raï. Dire que les spectateurs se sont déchaînés pour cette première soirée serait mentir même si ici et là, des jeunes n'ont pas hésité à se déhancher sur les chansons Yazid ou Arras : « Il faudra sans doute attendre les autres soirées pour que le festival atteigne sa vitesse de croisière », estime un autre habitué de la manifestation... Dehors, malgré l'heure tardive de la soirée, la crèmerie qui se trouve en face du théâtre de verdure est pleine. Toutes les tables sont occupées et même si la musique ne parvient que très faiblement, les consommateurs ont cet air souriant de vacanciers, ravis de prendre l'air nocturne après la chaleur inhabituelle de la journée. Sur le trottoir du Front de mer surplombant le Théâtre de verdure, d'autres spectateurs profitent également du gala. L'admirateur du Hummer, également de la partie, cigarette entre les lèvres, esquisse de timides pas de danse. Pour lui comme pour beaucoup de jeunes Oranais, le festival ne fait que commencer...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Redouane
Source : www.lequotidien-oran.com