Oran - Revue de Presse

Obama et le racisme



A moins d'un nouveau pataquès électoral comparable à celui de 2000 en Floride, nous saurons au matin du 5 novembre prochain si le concept d'homme post-racial a solidement pris ancrage aux Etats-Unis. En cas d'élection de Barack Obama, il est évident qu'il faudra admettre que l'Amérique a bel et bien changé et que de nombreuses pages ont été tournées depuis la ségrégation et la lutte pour les droits civiques. Certains experts affirment que c'est déjà le cas, estimant qu'il n'est pas anodin que le sénateur de l'Illinois ait pu obtenir l'investiture du parti démocrate pour le scrutin présidentiel. Mais tout le monde sait qu'être élu vaut mieux qu'avoir été candidat.

Depuis son apparition sur la scène politique nationale - c'était lors de la Convention démocrate de 2004 -, Barack Obama a plus ou moins évité l'écueil des polémiques et des surenchères raciales. Son discours du 18 mars dernier à propos de la race et de la religion restera certainement l'un des grands moments de cette campagne. Un discours où, posément, et sans tomber dans l'angélisme, il a reconnu que l'Amérique était souvent torturée par les questions raciales et que cela, lui le métis, fils d'un Kenyan et d'une américaine blanche, l'avait souvent ressenti dans sa propre chair.

Dans ce discours mémorable, Obama a évoqué et clairement assumé sa part de négritude. Il n'a pas cherché à se différencier des Noirs d'Amérique. Il n'a pas dit : « Je suis l'un d'eux certes, mais je suis différent ». Et en cela, il a fait taire ceux qui craignaient qu'il ne fût qu'un Oncle Tom, partageant le même complexe d'infériorité que de nombreux Républicains noirs (on pense notamment à Colin Powell). Mais dans le même temps, le candidat démocrate a évoqué aussi sa grand-mère maternelle, une femme, une blanche, qui l'a élevé ; qui, selon lui, l'aime plus que tout au monde, mais qui lui a si souvent avoué sa peur des Noirs qu'elle croisait dans la rue et s'est même parfois laissée aller à des remarques racistes qui le répugnaient.

En un mot, Obama a proposé aux Américains de ne pas faire semblant d'ignorer la question raciale mais plutôt de faire avec et d'aller au-delà. Et c'est en cela que l'on doit comprendre l'expression d'homme post-racial.

De plus, en tant que métis, il représente l'Amérique d'aujourd'hui et surtout de demain. Cela aurait dû lui donner un avantage certain pendant la campagne, mais c'est finalement l'économie et la crise financière qui se sont chargées de démontrer qu'il avait l'étoffe d'un homme d'Etat.

Son avance dans les sondages est telle que de nombreux experts estiment sa victoire de plus en plus probable. Incapable de s'imposer sur les questions économiques, décrédibilisé par la vacuité intellectuelle de sa colistière, John McCain est sur la défensive et son entourage a visiblement décidé d'abattre la question raciale comme ultime carte.

C'est en cela qu'il faut comprendre la déclaration suivante de Sarah Palin : « Il (Obama) n'est pas comme nous ». Cette phrase à elle seule est un signal alarmiste à destination de l'électorat blanc. Elle sous-entend : « N'oubliez pas que c'est un Noir. Ne l'écoutez surtout pas, ne gardez en tête que sa couleur de peau. »

En 1982, lors des élections pour le poste de gouverneur de Californie, le démocrate Tom Bradley, un Noir, était en tête des sondages mais la victoire lui a échappé. Pour expliquer sa défaite, les politologues ont insisté sur le fait que certaines personnes qui avaient déclaré aux sondeurs vouloir voter pour lui l'avaient uniquement fait pour ne pas être taxées de racisme. Par la suite, une fois dans l'isoloir, elles auraient finalement opté pour le candidat républicain, un blanc naturellement.

Aux abois, le camp McCain espère désormais que l'effet Bradley va encore jouer, notamment dans les Etats indécis où le choix des électeurs peut basculer dans un camp comme dans l'autre. Sarah Palin est chargée des basses besognes. C'est elle qui flatte la foule de beaufs en affirmant qu'Obama a fricoté avec des terroristes. C'est elle qui fait mine de ne pas entendre quand un militant républicain hurle pendant l'un de ses meetings qu'il faut tuer Obama.

Quant à McCain, il a tenté de manière assez perverse d'amener le débat électoral sur la race. En affirmant qu'il allait « fouetter » Obama pendant le troisième débat télévisé, il ne pouvait ignorer que ce verbe serait immédiatement mis en rapport avec la période de l'esclavage. Et c'est bien dans le piège de la rhétorique raciale que le sénateur républicain entendait faire tomber son adversaire.

Si cette question du fouet avait fait l'objet d'une polémique, Obama serait immédiatement devenu le Noir qui veut être élu. McCain espérait peut-être même un mouvement d'humeur du démocrate afin de réveiller chez l'électorat blanc la peur de l'homme noir en colère. On comprend dès lors pourquoi le camp Obama a préféré éviter la bagarre sur ce thème. Ce qui, semble-t-il, met les Républicains en furie.

Voilà pourquoi il est aussi de plus en plus question de la supposée appartenance d'Obama à l'islam. On le sait - et on peut le déplorer mais c'est ainsi -, dire d'un homme politique américain qu'il est musulman, c'est l'accuser ouvertement de terrorisme. Et lorsqu'il a un second prénom, Hussein, qui rappelle un certain dictateur irakien et, qu'en plus, son propre nom rime avec Oussama, on n'a aucun mal à deviner dans quelle brèche s'engouffrent ceux qui veulent faire peur à l'Amérique profonde en lui assurant qu'elle s'apprête à élire un dangereux Noir musulman à la présidence.

Et, à votre avis, qui donc les Républicains convoquent-ils pour donner corps à cette stratégie nauséabonde ? La réponse est simple : il s'agit de la non moins putride Fox News qui, dans une pseudo-émission d'information à une heure de grande écoute, a donné la parole, sans contradicteur, à un certain Andy Martin qui est justement à l'origine des rumeurs à propos de la foi musulmane que dissimulerait Obama. Le parcours de l'homme en question suffit à le discréditer : emprisonné à plusieurs reprises, auteur d'un programme politique où il se proposait de nettoyer l'Amérique des juifs, et tour à tour candidat démocrate puis républicain au Congrès, il est l'exemple même de ce que l'Amérique peut produire de plus consternant. Et c'est cet homme qui est peut-être en train de réveiller le démon du racisme dans l'esprit des électeurs américains. Pour le plus grand bénéfice de John McCain.


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