Oran - Revue de Presse

Nationalisme et mondialisation



Peut-on aujourd'hui réfléchir ou agir en dehors de la mondialisation ? Certes non, si l'on se réfère à la vitesse à laquelle les capitaux traversent les frontières, à la suprématie des places boursières sur les politiques nationales, devenues de simples appendices de l'économie mondiale et aux conquêtes du marché où le consommateur devient acteur dans la production, mais aussi objet de convoitises sans possibilités de résistance dans la distribution. Les techniques publicitaires, l'informatique et l'art de vendre ont pris des proportions importantes, impliquant l'individu dans l'émergence d'un inconscient nouveau où s'installent les désirs les plus inimaginables. De là, naît toute une terminologie, un code de communication et une façon de vivre qui se généralisent de plus en plus, ne laissant aucune place aux identités nationales et autres caractéristiques de reconnaissance sociales telles que pensées jusqu'à présent. Quel est alors le sens de l'Etat et du nationalisme dans cette perspective qui pose l'embarras du choix, entre l'ouverture vers une civilisation dominante « post-hitlérienne » mue par le souci de se débarrasser des culpabilités qui la sous-tendent et de ce qu'il convient d'appeler la ou les souverainetés nationales ? Que valent dans ce cas les discours sur la grandeur d'une nation, puisés dans son Histoire et dans les légendes qui l'accompagnent ? Que vaut un Etat tenant un discours qui sème l'amalgame entre le religieux, jusque dans les accoutrements de ses dirigeants et l'impérieuse nécessité de s'inscrire dans la modernité pour faire valoir les richesses qui le maintiennent au pouvoir ? Le jeu inspiré par l'exercice de l'autorité politique sur une nation exige aujourd'hui, beaucoup plus que la force par laquelle la loi est loi. Voyons comment se passent chez nous les émeutes. Au départ et dans la partie visible de l'iceberg, il y a le mécontentement populaire, particulièrement chez les jeunes qui constituent la catégorie la plus touchée par le chômage, la sous qualification, la crise du logement, la mal-vie. D'un côté, l'attirance vers une vie meilleure et ailleurs qui leur est transmise via satellite et qui les fait légitimement rêver, jeunesse aidant. De l'autre, la frustration d'un imaginaire qu'ils n'arrivent pas à faire « passer à l'acte », alors que leur espace vital renferme tous les attributs pour le réaliser. Le rêve suggéré par le pouvoir politique ne correspond plus à celui de la jeune génération. Les discours étant en décalage par rapport aux besoins, la marge d'équilibre se rétrécit jusqu'à fermeture de toute possibilité de négociation. Les institutions en charge de l'équilibre social puisant leurs légitimités dans le seul rôle qui les définissent et leur légalité dans la seule force publique, l'affrontement devient presque inévitable et reste suspendu à la goutte qui fait déborder le vase. Tant que des stratégies individuelles permettent de survivre par des « prothèses sociales », dans lesquelles on peut inscrire la solidarité familiale et sociale, les aides publiques bureaucratisées et insuffisantes, « la harga », les réactions par la violence, jusqu'à la militarisation de la contestation, les équilibres sont maintenus. Mais dès lors que ces prothèses « cassent » pour des raisons de confiance rompue, et que les théoriciens résument maladroitement dans « la mauvaise gouvernance », il y a péril incontrôlable en la demeure. La phase cachée de l'iceberg, là où logent toutes les résistances, et dont l'institution ne se soucie guère par incompétence ou aveuglement, surprend la force publique au point où le respect de la loi ne tient qu'à un fil. Au point où l'institution perd toute crédibilité. Les exemples sont évidemment légion. La réponse des pouvoirs publics ne peut à ce moment là convaincre personne parce qu'elle reste confinée dans un discours de la raison nationale qui est aussi celui de l'incompris, car les générations ont des rêves différents l'une de l'autre. La mondialisation n'a pas laissé de place au conte de fée, car construite et alimentée par des doctrines rationnelles, modélisables, mathématisables, prêtes à tout affrontement avec les logiques nationales ou nationalistes. Se pose alors la question du nom de l'acte des pouvoir publics. En effet, au nom de quoi gouverne-t-on chez nous ? A titre d'exemple, dans un message adressé aux participants à une conférence d'une organisation estudiantine sur l'entreprenariat, le chef de l'Etat déclare « Il est impératif (...) de promouvoir les bases d'une relation structurelle et permanente entre le système éducatif et les secteurs productifs de l'économie nationale ». Lorsque l'on sait que l'économie dite nationale est entièrement tournée vers l'extérieur pour ses besoins en approvisionnement et pour l'écoulement de la production, que reste-t-il de national ? Lorsque l'on sait que ce discours de « passerelle » entre le système éducatif dans son ensemble et le secteur économique a fait couler tant d'encre et de salive, comment un jeune étudiant va-t-il interpréter la nécessité de cette relation pour améliorer sa formation. Les Universités butent toutes sur le placement de leurs étudiants en situation de stage de fin d'études. C'est une réalité que semblent ignorer les gouvernants puisqu'ils continuent à reproduire un discours qui ne tient pas compte des capacités d'absorption des entreprises et des administrations. L'exemple du décalage entre le discours et la réalité peut se retrouver d'ailleurs dans nombre de situations. L'on est en droit de s'interroger sur les motivations de ce décalage et surtout sur ses effets quant aux incertitudes de l'avenir dans un monde où les discours politiques évoluent en fonction des rêves de la société, en prenant garde de les institutionnaliser pour des besoins électoraux et de prise du pouvoir. Nous figurerons alors parmi les cas uniques où la question du pourvoir ne se pose plus en ces termes par résistance à une mondialisation qui est déjà sur nos tables et dans nos vêtements. Quelle est alors le sens des réformes et de ce qui en a résulté comme dégâts ? Le sens du nationalisme aujourd'hui ?
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