Mais pourquoi diable le présentateur-vedette du JT du vingt heures de l'Unique affiche-t-il une mine aussi patibulaire quand il se met devant son prompteur ' Aucun sourire, aucune expression particulière, aucune émotion ne transparaissent de ce personnage certainement l'un des plus atypiques que le petit écran national ait connu. Trop sobre ' Plutôt trop strict, trop rigide, trop hermétique pour une fonction qui a obligation tout de même d'être plus communicative puisqu'elle pénètre dans tous les foyers. Notre gars manque terriblement de décontraction et, plus grave encore, de discernement dans la tonalité qui accompagne le traitement des infos dans la mesure où l'événement, qu'il soit festif ou tragique est récité par lui de façon monocorde. On a envie de lui dire : «Mais relax, relax' ». C'est à vous donner en tout cas la sinistrose et surtout à vous faire fuir ailleurs.
Celui qu'on s'est avisé de surnommer, à tort d'ailleurs, le Harry Roselmack algérien, en comparaison ' toutes proportions gardées ' avec le journaliste de TFI dont on dit de l'autre côté de la méditerranée qu'il est promis à une belle carrière aussi bien dans la présentation du journal que dans l'investigation, n'est pas en fait parvenu, au bout de plusieurs mois, à confirmer un statut qui paraissait un peu trop grand pour lui. S'il avait réussi à engranger un petit capital de sympathie à ses débuts, de quoi en tous cas nous faire oublier son prédécesseur dont l'emphase moyen-orientale a fini par agacer, notre présentateur- vedette n'a jamais pu se détacher de la structure dogmatique dans laquelle il s'est fourvoyé pour rester dans les limites de la bienséance tolérée par le Pouvoir et qui a fini par le banaliser complètement, voire le rendre même ennuyeux aux yeux des téléspectateurs, donc contreproductif.
Mais à quoi sert-il d'insister, demandez-vous, sur un tout petit maillon de la chaîne, même s'il est exposé malgré lui en première ligne, alors que les problèmes de la télévision nationale sont ailleurs et bien plus complexes. La raison est qu'à travers l'image de morosité ambiante qu'ils véhiculent dans leurs émissions, les animateurs de ce type qui confondent sobriété dans le sens le plus négatif qui soit et efficacité professionnelle, ne rendent pas service à la télévision nationale. En passant leur temps à vouloir respecter, quelles que soient les circonstances et les contingences les normes du politiquement correct, ils pensent plus à se mettre en accord avec les desiderata des décideurs qu'à donner libre cours à leur sens imaginatif, à leurs potentialités de créativité qui sont pourtant des atouts essentiels pour une entreprise qui ambitionne à imposer un produit intellectuel, culturel ou artistique.
Le fait d'avoir à l'esprit constamment les garde-fous invisibles d'une censure sournoise qui s'avère plus redoutable que si elle était apparente empêche évidemment d'aller exercer ses talents là où il y a risque de créer des tensions fâcheuses pour les manipulateurs de l'ombre. A l'Unique, il ne doit pas y avoir de vagues. Si le Pouvoir dit que c'est beau, c'est fantastique, la règle générale est d'appliquer la consigne avec la permission d'ajouter du zèle pour amplifier mais jamais pour la confronter à la critique aussi objective qu'elle puisse être.
On a vécu cinquante années sous ce régime à sens unique, qui fait la part belle à la médiocrité et à la bêtise, et justement l'opportunité de la célébration de ce cinquantenaire est venue à point nommé pour confirmer l'assujettissement aveugle des créateurs de la chose artistique et culturelle à un système de pensée qui nivelle toutes les valeurs par le bas et les met à son service exclusif. Parmi toutes les émissions, rencontres ou débats d'intellectuels consacrés par la télé à l'histoire de notre révolution, pas une seule n'a osé se démarquer de la glorification tous azimuts par une analyse qui mettrait en lumière des vérités historiques inconnues jusque-là par le peuple algérien. A quoi sert-il de chanter la révolution si les Algériens sont maintenus dans l'ignorance sur des pans entiers de son vécu '
Ceci pour dire que si la doctrine du politiquement correct demeure l'une des armes de persuasion les plus perfides pour la pérennité d'un pouvoir totalitaire qui ne peut avoir confiance qu'en sa propre logique, le soutenir inconditionnellement ou s'effacer, elle fait des ravages dans les milieux où la création a besoin de s'épanouir pour faire avancer la société. Cette doctrine, servie souvent sous le couvert du patriotisme, du nationalisme et même du chauvinisme, ligote les intellectuels et les artistes au point de les rendre non seulement inopérants, mais également des spectateurs silencieux et passifs d'une entreprise politique de mystification dont l'unique but est d'empêcher nos élites d'être des objecteurs de conscience.
A ce train, on peut dire qu'à la télévision la mission s'accomplit sans trop de difficultés. Les interlocuteurs invités pour communiquer avec le peuple sont vraisemblablement choisis sur la base d'un consensus intellectuel qui ne doit pas outrepasser les limites du politiquement correct. Souvent, on a affaire à d'excellents politologues ou sociologues qui ont envie de faire éclater au grand jour certaines vérités sur la situation politique ou sociale du pays, mais on sent aussi chez eux une certaine retenue forcée pour ne pas aller trop loin et pénaliser par leur audace la télévision. Sans vouloir porter atteinte à l'intégrité morale ou intellectuelle de qui que ce soit, force est de reconnaître que le fait de s'autocensurer fait plus le jeu des entités qui font du mal à l'Algérie qu'a celles qui lui veulent du bien.
C'est aussi simple, sauf que le jeu de marionnettes dans lequel se retrouve notre télé bien pensante risque de ne pas s'éterniser quand l'ouverture du champs audiovisuel deviendra réalité tangible chez nous pour offrir d'autres espaces de liberté. Nessma TV, la petite chaîne tunisienne privée qui monte va lancer durant ce ramadhan son premier guignol maghrébin calqué sur celui de Canal+ mais la dérision en moins. Ce sera un premier pas pour bousculer le confort des caciques. Tout un symbole en attendant que nos élites télévisuelles bougent à leur tour en brisant les carcans du conformisme oppresseur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abderezak Merad
Source : www.elwatan.com