
La situation en Libye et au Mali et le processus de réinstauration de la sécurité et de la paix dans ces deux pays, le règlement du vieux conflit du Sahara occidental, le défit de «faire taire les armes en 2020» que l'Afrique s'est assigné, les actions de l'UA à travers notamment son CPS et le rôle du groupe A3 dans la revendication, à l'unisson, devant le Conseil de sécurité des décisions adoptées par l'UA relativement aux situations conflictuelles à travers le continent, ont été les principaux thèmes de la conférence de presse animée hier à Oran par Ramtane Lamamra.Le ministre algérien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, de par son rôle d'hôte du rendez-vous africain sur la paix et la sécurité, mais aussi par égard à sa carrure de vieux routier de la diplomatie, était très sollicité par les médias. A chaque fois où il sortait, pour une raison ou une autre, par le grand portail à double volet ou par une porte dérobée, de la salle de conférences où se déroulaient les travaux de cette 4ème édition du congrès africain de haut niveau sur la paix et la sécurité, les journalistes accouraient vers lui. Pas moyen de s'y dérober. Il est vrai que, diplomate jusqu'aux bouts des ongles qu'il est, il n'a pas cette rigueur pour imposer un protocole strict en matière de communication avec la presse. Même quand ses chargés du protocole, de communication et autres agents, tentaient, avec tact toujours, d'empêcher les journalistes de lui poser des questions, en leur signifiant qu'il y avait des formalités à respecter, lui, finissait par céder aux sollicitations au point où il en est arrivé à improviser au moins quatre points de presse, plus ou moins longs. Mieux, non seulement il a jugé utile de suggérer solennellement à la cérémonie l'ouverture du séminaire aux congressistes africains, européens, onusiens et autres, de communiquer autant que faire se peut avec la presse, mais il s'est chargé lui-même de ramener, à chaque entracte séparant deux sessions de travaux, un haut responsable pour le mettre à la disposition des professionnels de l'info.Libye : pas de solution sans les six pays voisinsA une question relative à la situation en Libye, le ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères et la Coopération internationale, a souligné que «les pays voisins doivent être partie prenante, une et indivisible, dans le processus de solution de la crise en Libye». «L'Algérie estime que les frères voisins de la Libye ne devraient pas être partie du problème de manière individuelle, ils doivent œuvrer collectivement dans le cadre du règlement de la situation», a précisé Lamamra. «Ces pays ont le droit de faire partie de la solution de la crise en Libye, parce que ce sont eux avant tout qui subissent et vivent les conséquences préjudiciables immédiates de la situation », a-t-il soutenu tout en mettant en exergue l'importance de l'initiative lancée par Alger en mai 2014 pour la constitution d'un groupe des pays voisins pour la Libye. Pour le chef de la diplomatie algérienne, la sortie de crise en Libye passe forcément par l'initiative de l'UA qui a mis en place le Comité des Cinq (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Tchad et Niger) qui doit œuvrer en étroite collaboration avec les pays du voisinage de la Libye (Tunisie, Algérie, Egypte, Soudan, Tchad et Niger). Le ministre souligne «l'appui de ces pays voisins au processus de règlement politique da la crise en Libye sans intervention étrangère afin d'y restaurer la paix et la stabilité ».«Il faut saisir l'opportunité de l'action engagée par l'Union africaine lors de son dernier sommet pour réactiver le comité des 5 chefs d'Etats africains, initiée en 2011, pour aider à trouver les solutions à la crise libyenne», a-t-il poursuivi. Pour Lamamra, «l'absence ou le retard dans le règlement de la crise en Libye sert directement le seul agenda du terrorisme et ses connexions liées au crime organisé et à toutes les formes de trafic transfrontalier, en particulier le trafic de drogue, le trafic d'armes, le recrutement de combattants terroristes étrangers et l'immigration illégale qui constituent dans leur ensemble une menace à la paix et à la stabilité non seulement de la Libye mais aussi de tous ses voisins, ouvrant ainsi la voie au chaos et à la fragmentation».Mali : les unités de force mixte bientôt déployéesA propos de la situation au Mali, Ramtane Lamamra estime que «le processus de paix au Mali se fait dans les bonnes conditions». «La constitution par les parties maliennes d'unités de force mixte, avec comme effectif 600 personnes pour chacune d'elles, devrait concrétiser la feuille de route de l'accord d'Alger sur le terrain», a-t-il souligné tout en rassurant que «le gouvernement malien devra bientôt retrouver ses prérogatives sur tout le territoire». «Les premiers groupes de ces unités de force mixte devraient se déployer prochainement à Gao et le reste devra suivre». Pour le chef de la diplomatie algérienne, «la constitution d'un gouvernement- mouvement politico-militaire en Mali, soutenu également par l'Union africaine, donnera plus au processus de paix dans ce pays». «Il y a ceux qui sont très engagés sur les questions africaines. Il y a ceux qui, par prudence ou calcul, ne suivent pas. Mais, de toute évidence, il y a bel et bien un processus. Espérons qu'avec cette réunion d'Oran, les trois représentants de l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU travaillent à leur niveau pour promouvoir la position de l'Afrique ».Concernant le dossier lié à la décolonisation du Sahara occidental, et dans une allusion (au ton accusateur) on ne peut plus clair au Maroc, le chef de la diplomatie algérienne, après avoir souligné que l'Union africaine est le porte-voix des peuples africains et de leurs aspirations et aujourd'hui un partenaire fiable et crédible de la communauté internationale, a déploré «la tentative de division des rangs de l'UA lors du récent sommet afro-arabe de Malabo en Guinée équatoriale». Pour Lamamra, cette «tentative de division» renseigne à la fois sur «les menaces qui guettent l'UA jusque dans son intégrité et sur la forte détermination des Etats membres à préserver la cohésion de cette organisation continentale».Le Maroc mis en causeIl faut rappeler que le Maroc et huit autres pays arabes dont l'Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis se sont retirés du sommet afro-arabe qui s'est tenu fin novembre en Guinée équatoriale en signe de protestation contre la présence d'une délégation du Sahara occidental. «Au Sahara occidental, en dépit de l'engagement de la communauté internationale et des efforts du SG de l'ONU et de son envoyé personnel, le processus de règlement est de nouveau dans l'impasse depuis près d'une dizaine d'années. Les dernières négociations entre les deux parties, le Maroc et le Front Polisario, remontent en effet à 2008. Aussi, alors que le peuple sahraoui attend depuis des décennies sous l'occupation et dans des tentes de l'exil, pour exercer son droit à l'autodétermination, une véritable politique du fait accompli est menée par la puissance occupante», a déploré Lamamra. « L'année 2016 aura été, à ce titre, l'année de tous les défis et de toutes les menaces. Une année où les blocages de toutes sortes le disputent aux manœuvres dilatoires. De tels développements conjugués au blocage du processus mettent la paix et la stabilité de la région et du continent à rude épreuve (…) Il est incompréhensible que l'ONU, qui coordonne avec l'UA sur toutes les questions de paix et de sécurité en Afrique, n'ait pas été exigeante pour le bénéfice de la plus-value politique de l'Union africaine sur la question du parachèvement de la décolonisation du Sahara occidental».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houari Saaïdia
Source : www.lequotidien-oran.com