Oran - Revue de Presse

Les Oranais et le narguilé



Les ravages d’un effet de mode Depuis le début du Ramadan, l’engouement des jeunes Oranais, filles et garçons, pour les fumoirs de chicha, est sans limites, ignorant les dangers qui pèsent sur leur santé... Chez cet Oriental ou ce Libanais, des groupes de jeunes s’adonnent à la pipe à eau, sous des nuées bleuâtres de fumée, en dépit des risques de santé auxquels ils s’exposent. Et chaque jour, de nouveaux adeptes franchissent le pas... dans cet univers de fumée! Selon une étude médicale de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), fumer pendant une heure un narguilé correspond à fumer plus de 100 cigarettes en termes de quantités de monoxyde de carbone et en microparticules très nocifs inhalées. Egalement, la teneur en nicotine de la fumée du narguilé est importante, «le fumeur de la chicha est plus exposé à d’importantes quantités de nicotine et de monoxyde de carbone que le fumeur ordinaire de cigarettes», déclare un médecin, avant de renchérir: «La force requise pour priser la fumée du narguilé à travers la pipe laisse la fumée pénétrer plus profondément les bronches des poumons. L’exposition aux cancers du poumon et du larynx, à la bronchite chronique et autres accidents cardiovasculaires est donc plus importante que pour le tabac.» En outre, les goudrons brûlés ne sont pas complètement filtrés par l’eau du narguilé et le tabamel, le tabac des narguilés, contient lui aussi de la nicotine qui peut induire un risque de dépendance. Les médecins avancent d’ailleurs que le potentiel d’addiction à la nicotine est le même pour le tabac que pour la chicha. Les médecins soulignent également que le tabamel n’est pas aussi réglementé que le tabac à cigarettes; il est donc difficile d’en connaître la composition exacte. Le même embout est parfois partagé par plusieurs fumeurs, sans être nettoyé ou désinfecté, ce qui accentue le risque de propagation de maladies contagieuses... respiratoires, à l’instar de la tuberculose qui connaît des pics alarmants ces dernières années. Les statistiques officielles montrent que le tabac est la cause de 90% des cancers du poumon. Ces chiffres effarants ont conduit Amar Tou, alors ministre de la Santé, à annoncer en 2007 la préparation d’une nouvelle législation antitabac. Ces nouvelles dispositions devraient être «plus sévères» et fournir un cadre supplémentaire au programme national de lutte contre le tabagisme dans les lieux publics. Des esquisses de discussions au Parlement ont même vu le jour. Cependant rien ne s’est concrétisé sur le terrain. Dans ces fumoirs, les jeunes gens peuvent se mêler dans une ambiance conviviale car «fumer un narguilé est une posture culturelle orientale de détente et de discussion. En effet, le narguilé n’est pas une chose à apprécier seul, mais plutôt avec un groupe d’amis», précisera une jeune fille qui a découvert la chicha récemment. D’autres appréciations culturelles pour cette vogue font que la chicha est fumée sans gêne par des filles. Cependant, le plus aberrant est que tous ces jeunes méconnaissent les dangers du tabac froid de la chicha qu’ils considèrent à tort comme doux et peu nocif. Ces fumoirs, situés un peu partout à travers la ville, sont pleins à craquer pendant les soirées, à partir de 22 heures et jusqu’à une heure tardive, avant le S’hor. Certains groupes y vont même en famille, accompagnés d’enfants en bas âge qui sont ainsi exposés à un tabagisme passif aux conséquences désastreuses. Il y a lieu de signaler aussi que, devant l’engouement des jeunes pour les établissements proposant des narguilés, de nombreux propriétaires de cafétérias et salons de thé se sont joint à la mode, en transformant leurs locaux en fumoirs, sans passer par l’administration. Des restaurants, fermés pendant le Ramadan, se sont aussitôt mués en café-chicha. Il suffit de quelques lumières tamisées, un décor de pacotille de salon oriental, des rythmes saccadés de sex-apples taillées au bistouri des Rotana et compagnie et, bien sûr, des narguilés, pour ouvrir un fumoir «branché»! Il y a de quoi puisque ce commerce est très lucratif: s’attabler autour d’une chicha coûte, pour un groupe de 3 à 4 personnes, entre 2.000 et 4.000 DA, selon le standing du fumoir. Il faut savoir enfin qu’à Casablanca, la préfecture a carrément interdit depuis 2004 ce genre de fumoirs à cause des risques de santé publique. En Tunisie, l’attribution des permis autorisant l’ouverture des fumoirs est également régie par des normes plus au moins draconiennes. La Communauté européenne les a carrément interdits. Chez nous, ces fumoirs sont paradoxalement en vogue... Benachour Mohamed
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