Nous vivons une
ère où la carence des idéologues n'est plus une tare. La vie peut continuer
sans dogme ni maître à penser. L'idéologie, qui mouvait hier toute révolution,
s'est vite dépiécée pour se convertir telle une dame de charme,
dans un autre
charme. La liberté et ses corollaires.
Le temps des
gauchistes barbus, engagés entonnant l'internationale ou vantant les vers de
Maïakovski ou récitant le credo de León est dévolu. Le marxisme dans son sens
grégaire et son antinomie Ricardien se sont dissipés, depuis que l'université
ne produit plus d'élite. Mais de futurs demandeurs d'emploi. Le temps n'est
plus aux barbus d'un autre genre, prônant la théologie comme remède aux maux
mondiaux. Il est cependant, ce temps à une frange pubescente à peine sortie
d'une adolescence duveteuse. Une jeunesse fondant l'expression au bonheur
social. Qu'importe la couleur d'une révolution, rouge rose, verte ou blanche le
cout est faramineux. Ça se paye rubis sur ongle. Sans négociation. L'idéal
intrinsèque de cette levée forcée contre l'ordre établi s'assigne pompeusement
un idéal de démocratie. La société qui se renouvelle à la mesure des nécessités
engendrées à leur tour par de nouveaux besoins, est arrivée à une symphonie
collective postulant à l'unanimité le changement sans pour autant en savoir
l'aboutissement final. Cette société ne doit fonctionner que par les faveurs
enivrantes de la démocratie. Quel pays ne se dit-il pas démocrate ?
On considère que
la démocratie est un dénominateur commun à toutes les formations civiles ou
politiques, mais l'on oublie vite lors d'un éventuel affrontement civil ou politique,
qu'il devait être interdit de maudire l'autre s'il n'arrive pas à partager ,
dans sa diversité, l'opinion contradictoire que l'on tente d'imposer au lieu
d'opposer. Cette démocratie, car prise du mauvais coté, commence à causer par
ailleurs de sérieuses dérives. En son nom, il est fait abstraction des libertés
et des droits consignés dans la case des proscrits pour atteinte aux fondements
du système. En son nom encore il est fait abstraction de toute expression
manifestée à l'égard d'un non dit ou d'un déni de droit. Tellement le système
de gestion des affaires publiques s'est réinitialisé, en faisant de la sourde
oreille, une tacite réponse aux différentes manÅ“uvres tendant à son
renversement ; ce système avait pu résister par-devant tous les obstacles. Si
une ou deux journées d'émeutes ont pu en ce 05 octobre 1988, procéder au
changement radical de l'essence même du régime ; les trois années de la grande
émeute en Kabylie ou ailleurs n'ont pas pu en effet oser entraîner le moindre
recul dans la trajectoire que s'est tracée ce régime. Une fois la façade du
pays s'est parée d'une législation à connotation démocratique à afficher au
reste du monde, textes fondamentaux à l'appui ; l'autre reste n'est qu'une
affaire de souveraineté nationale. Les émeutes successives jusqu'à celles de
janvier dernier n'ont été qu'une accumulation ayant pour but d'acculer le
pouvoir à faire sa mue ou l'obliger à se la faire par autrui. La fin ne se
conçoit pas exclusivement dans l'annonce de la levée de l'état d'urgence ou sa
prompte levée ; l'essentiel restera l'essentiel. Ce jeu du chat et de la souris
que l'on nous vend chaque samedi ne peut durer. Alors que va-t-on faire
maintenant ? Continuer à demander à marcher chaque samedi ? Se remettre en
cause ? Ou chercher les vraies causes ? La solution peut être simple ou
incertaine. Ou des mesures urgentes* doivent être prises volontairement et
unilatéralement par le pouvoir ou l'aventurisme prendra de l'ampleur.
L'onde de choc subie par toute la région,
suite aux secousses à mélodie révolutionnaire pour leurs initiateurs en Tunisie
et en Egypte, ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Tous les Etats arabes,
républiques, monarchie ou ni l'une ni l'autre (Libye) ; verront à des
pondérations diversifiées leur révolution réussir. En fin de compte, chaque
peuple conçoit selon ses besoins les contours de sa mouvance. Si Tunis n'a
jamais eu de « révolution », les événements du 15 janvier peuvent valablement
en tenir lieu. La postérité devait garder ces jours suivant un canevas tracé par
les scripteurs du moment. Si au Caire, la première et dernière révolution date
de 1952, celle du 25 janvier est de toute autre nature. Loin du cercle des
officiers libres, d'une junte militaire ou d'un enjeu de destitution
monarchique, la jeunesse égyptienne est parvenue à faire déboulonner un
révolutionnaire rechapé et embourgeoisé. Le scenario est semblable à Tripoli.
Une jeunesse, voire une vielle jeunesse (42 ans) est née sous un portrait
plissé aux yeux cernés, cheveux ébouriffés, vêts biscornus et discours
providentiel. Un bédouin «mercédèsé». Leur guide n'est ni président, ni roi.
C'est un argumentateur. Dialecticien, le prétend t-il. L'un des derniers que
l'humanité ait connu. Il ne s'est pas placé dans des notions de surréalisme, ni
dans celle prolongeant le dadaïsme ou contrariant le cubisme. Il fait, le
monsieur dans l'hégémonie des groupes et la domination mentale des foules. Un
beau cursus. Seulement à un grain de distanciation avec ses p'tits enfants
benghaziens, sa révolution à lui n'est qu'une page jaunie par l'altération
incommode de l'histoire. Ses comités, sur-comités, sous-comités donnent
l'impression que le pays est sans tête. Il n'y a que la base populaire,
abstraite et impersonnelle qui commande les affaires de cette « républiquia »
(osez traduire el djamahiria !). Il ne s'offense pas de laisser gambader ses
platitudes tantôt sur un fond panarabique, tantôt une toile africaine. C'est
tout à fait vrai, que quand quelqu'un croit détenir les miracles d'un prophète,
il permet en toute aisance aux autres de compatir à son sort d'aliéné. Son coup
de 1969 n'est plus de mise et s'est effiloché par l'usure du temps. Ce genre
insurrectionnel est devenu la pire pathologie démocraticide que les putschistes
eux même condamnent. Même au Bahreïn, royaume familial, la protestation
populaire n'est pas d'ordre militaire. Pas un coup de force. Seulement un coup
de gueule. L'on crie. L'on ne tue pas. La révolution de ce jour est une passion
qui brule cette génération de puces, de claviers et de wifi. Elle ne cherche
pas les épopées ou les légendes. Elle s'inscrit dans une exigence factuelle et
actuelle. Vivre bien, librement et en toute égalité. Elle pense que la vie est
au bout d'un clic ou d'une touche de modem cellulaire. Le virtuel leur est ce
que la rêverie et l'illusion furent pour nous. A la différence que l'anonymat
qu'offre un compte sur facebook n'est pas la rébellion au grand jour de nos
anciens jours. La clandestinité leur est donc garantie. L'intrépidité n'est pas
aussi identique. Si elle est graduelle, la cruauté qui tombe sur les têtes est
la même. Les bombes lacrymogènes furent des bombes incendiaires et au napalm.
Les policiers, parfois semblables, parfois pires. Les escadrons anti-émeute,
agissaient alors à huis-clos. En ce jour à Benghazi ils le font en vase clos.
Les nouvelles révolutions populaires, ou la
prise de conscience révoltante des jeunes ne sont donc pas érigées contre un
occupant étranger ou visent l'indépendance d'un territoire. Leur action n'est
pas dirigée à l'encontre d'un roumi, d'un british ou d'un transalpin. Elles se
font justement face à leurs concitoyens, à la limite contre ce droit d'ainesse
politique. La gérontocratie qui métastase le pouvoir. Elles visent d'abord, ces
révolutions l'indépendance des esprits et des opinions. La libération du
territoire dans lequel, ils doivent librement s'épanouir. Elles aspirent
ensuite à rendre possible sur le sol de leurs auteurs, l'état d'esprit et
l'opinion sans contrainte de ceux qu'ils ont en image sur leurs webcam. Ces
jeunes pour les raisons d'une révolution se transforment tous en de potentiels
correspondants de presse. Sans agrément, sans statut, juste à l'aide de leurs
petites boites magiques, les portables ils font voir à des milliers de
téléspectateurs, des scènes de monstruosité, de bastonnades et de massacre.
Leurs agissements sans bureau politique, sans coordination, sans chancelleries
; sont arrivés quand bien même à fléchir les dures positions des grandes
puissances abritant sous leur protection les potentats et les dictateurs. Ces
nouvelles révolutions prennent d'autres allures. La spontanéité y est un
élément principal. La récup croupit autant dans les à-côtés de cette
spontanéité, qu'elle guette l'accouchement quand elle ne le provoque pas.
* Voir le
Quotidien d'Oran du 10 février 2011. « l'Algérie à déjà payé et chèrement ».
(agenda des actions politiques d'appui à la démocratie) de votre serviteur.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazd Dib
Source : www.lequotidien-oran.com