Il est certain
que les rois, s'ils entrent dans une cité, la corrompent et humilient les
meilleurs de ses gens. Et c'est ainsi qu'ils agissent. (Saint Coran: sourate
Les Fourmis, verset 35)
Comment le
sentiment d'impuissance collective totale face à des forces d'oppression qui
ont droit de vie et de mort sur l'individu peut-il se transformer en puissance
absolue capable de détrôner des despotes d'apparence invincibles et dont
l'autorité semblait incrustée dans l'éternité ?
• Ne jamais
mettre une étiquette de passivité sur les peuples
C'est là un des
secrets de l'Histoire, pourtant répété des centaines de fois, au cours des
siècles passés, et qui vient encore de se manifester à de multiples reprises
durant ces quelques semaines, plus riches en bouleversements irréversibles
qu'un demi-siècle, pourtant foisonnant d'évènements dramatiques.
Brusquement,
encore tout récemment, tout un peuple, qui paraît condamné à accepter, en
silence, et de manière passive, toutes les humiliations, toutes les injustices,
toutes les privations quotidiennes imposées par un système qui n'a de politique
que le nom, se remet en marche et brave ses tortionnaires. Il a démenti, du
même coup, les conclusions des analystes les plus avisés et les mieux informés,
qui l'avaient, définitivement et sans appel, classé parmi les peuples-victimes,
incapables de sursaut de courage, donc responsables de leur misère, car ils ne
faisaient rien pour se débarrasser de sa cause première, qui était le mode de
pouvoir exercé sur eux.
• Un acte de
désespoir individuel aux conséquences collectives inattendues
L'évènement qui a
déclenché le mouvement de l'Histoire n'a, évidemment, rien à voir avec les
analyses des uns et des autres, si sophistiquées soient-elles, ou avec les
manipulations de forces occultes, si bien armées et si rusées soient-elles.
Cet évènement
n'est pas l'Å“uvre d'un théoricien, et même pas la conséquence d'une vision
nouvelle du monde et de l'Histoire, d'une volonté de contribuer à la naissance
d'une société plus juste, ou d'améliorer le quotidien de la collectivité dans
laquelle l'individu est inséré.
Celui par qui la
Révolution arriva, Mohammed Bouazizi, surnommé «Basboussa», bien que licencié
en géographie, et donc, apte à l'abstraction, n'avait d'autre dessein, en ce
jour fatidique du 17 décembre 2010, que d'attirer l'attention sur son destin,
après que Mme Faïda Hamdi, fonctionnaire de la municipalité de Sidi Bouzid,
petite ville provinciale tunisienne, eut décidé de lui confisquer ses
marchandises, achetées à crédit, et que les autorités locales eurent refusé de
lui rendre sa balance électronique.
• Un fait divers
transformé en évènement historique d'importance internationale !
Il n'a pas acheté
un bidon de deux litres d'essence - dont il a imbibé ses vêtements, auxquels,
ensuite, il a mis le feu devant la municipalité de la ville - pour prouver quoi
que ce soit d'autre en dehors de son désespoir personnel et de son sentiment
d'impuissance totale face à un système qui lui refusait de vivre à sa façon
sans lui proposer de solution de rechange. Cette observation, somme toute
banale, ne vise pas à réduire la dimension politique et sociale évidente du
geste.
Et pourtant ce
geste d'auto-immolation en public, dicté par des considérations de caractère
strictement personnel, a enclenché un mouvement populaire, qui a, d'abord,
emporté le régime politique tunisien, enraciné depuis mars 1956, puis s'est
étendu à l'Egypte, et a mis fin à un système politique qui avait déjà plus d'un
demi-siècle. Et, qu'on se le dise, la liste n'est pas close !
Pourquoi des
gestes désespérés, classés autrement dans les rubriques des «chiens écrasés»
donnent-ils des conséquences qui bouleversent l'ordre établi ? Pourquoi leur
écho dépasse-t-il les frontières mêmes du pays où ils sont survenus ?
Des gens qui se
suicident par désespoir et en utilisant toutes sortes de moyens
d'auto-exécution, il y en a certainement des centaines. Et sans aucun doute,
beaucoup de ceux-là ont agi parce qu'ils ne voyaient aucune issue à leur
situation sociale désespérée.
Mais, ce n'est
pas tous les jours qu'un vendeur ambulant, par ailleurs diplômé de l'université
(et ceci est détail sans importance dans l'évènement) déclenche, par un acte
d'auto-immolation publique, une telle série d'évènements qui bouleversent la
carte politique du monde et oblige les grands de ce monde à revoir leur
stratégie globale.
• Un acte
d'immolation sans dimensions collectives réfléchies
Bouazizi a-t-il
consulté la revue de la presse locale avant de décider de son acte ? A-t-il
pris connaissance des derniers sondages d'opinion sur la popularité ou
l'impopularité du «Président à vie» ? A-t-il discuté des derniers actes de
prédation de la famille Trabelsi et consorts ? Lui aurait-on remis
subrepticement un rapport de Human Watch International détaillant les tortures
utilisées par les sbires locaux contre les «fortes têtes» qui osaient mettre en
doute l'infaillibilité «présidentielle» ? A-t-il, à la suite de toutes ces
lectures, et après moultes réflexions, qu'il était enfin temps pour les peuples
de la région de secouer le joug de leurs oppresseurs, et que, tel Jésus-Christ,
son sacrifice constituerait le facteur déclencheur de la révolution qu'il
aurait prévue et conçue ?
On peut avancer,
sans avoir même à donner la preuve de cette affirmation que tel n'a pas été le
cas. Bouazizi a fait ce qui lui semblait le plus en conformité avec son
sentiment de désespoir suprême.
• Les mêmes
causes sous-jacentes créent les mêmes effets !
Son geste, bien
que dicté par des considérations strictement personnelles, n'a eu un tel écho,
et n'a suscité de telles conséquences à l'échelle de plusieurs pays, que parce
qu'il a permis à tous ces millions de gens, écrasés par des systèmes
prédateurs, de prendre conscience de leur propre situation désespérée et de
leur incapacité de trouver une solution à leurs problèmes de vie dans le
contexte de gestion collective qui leur était imposé.
Par le caractère
dramatique de son geste, il a démontré aux uns et aux autres que, toutes choses
étant égales par ailleurs, y compris le caractère monocratique, despotique et
cleptomane des régimes touchés par la contestation, dans les situations où ils
se trouvaient, ils avaient comme seule alternative le suicide ou la révolte,
que, dans le système verrouillé où ils vivaient, il n'existait aucune
«meilleure alternative» que celle qu'il avait envisagée - parce qu'il n'y en
avait pas d'autre au moment de son acte - et dont il avait pris en charge la
conséquence ultime. Mais pour eux, la porte de l'initiative demeurait ouverte
une fois qu'ils avaient pris conscience de l'existence d'une solution moins
extrême, mais plus efficace.
Sa logique sans
faille a convaincu tous ceux qui se sentaient piégés dans un système politique,
dans lequel n'existait aucun mécanisme, aucun contrepoids, permettant de
restreindre la capacité illimitée d'oppression du despote en place.
Face à la
violence des autorités publiques, qui utilisent la logique de la légalité,
assise sur l'illégitimité maintenue par la force armée, quelles que soient la
couleur de l'uniforme et la forme de la casquette qu'elle porte, le quidam, et
il y en a des millions, qui ne trouve aucune voie de sortie, aucune faille dans
la muraille qui entoure sa vie quotidienne lui permettant d'influer sur ces
autorités, n'a d'autre choix que de s'immoler ou de sortir dans la rue pour
exprimer son ras-le-bol.
• Effet de
contagion ou effet domino : des approches qui n'expliquent rien
On a débattu, en
liaison avec les évènements actuels qui secouent les pays dont des despotes
ont, pour de longues décennies, pris possession «privée» (et ce ne sont pas les
images largement diffusées par les télévisions internationales, de cette
caverne des quarante voleurs qu'était le palais d'un certain président déchu
qui vont prouver le contraire), du fait de savoir si les peuples qui ont pris
la rue se sont soulevés par simple contagion, ou effet d'imitation (comme dans
les cas où les pleurs ou les rires des uns déclenchent les pleurs ou les rires
des autres) ou s'il y a eu un effet, quasiment physique de «domino» suivant le
phénomène où la chute d'un domino sur un autre entraîne, automatiquement, la
chute de tous les dominos suivants.
On a même été jusqu'à
accuser la presse d'avoir «inventé cet effet domino». Il n'en reste pas moins
que l'on constate que le mouvement, parti d'une ville tunisienne «marginale»,
s'est étendu à travers toute la Tunisie, et a touché, de manière irrémédiable,
l'Egypte, et s'est répandu dans plusieurs autres pays, dont le plus récent, le
plus dramatique exemple est donné par la Jamahiriya libyenne.
On n'a besoin ni
de l'une ni de l'autre théorie pour expliquer la généralisation de ce mouvement
de soulèvement populaire. Les mêmes causes, mutatis mutandis, créent les mêmes
effets.
On peut dire,
même si cela apparaît comme une simplification des situations et des
circonstances connues par les pays en cause, que les mêmes causes produisent
les mêmes effets.
Ce sont des
régimes politiques fondés sur une vision commune partagée par les dirigeants
encore en place ou déjà expulsés de leurs pays, vision patrimoniale du pouvoir
politique, où la population comme les richesses nationales sont considérées et
gérées comme des propriétés privées d'un despote «constitutionnel ou non» et de
son proche entourage ainsi que de ses hommes de main.
• Le pouvoir
aveugle, et le pouvoir absolu aveugle absolument
Qu'on conteste ou
non cette analyse, qu'on considère ou non qu'il y a eu effet de contagion ou
effet domino, le fait est que, suivant l'expression consacrée, «le génie est
sorti de sa boîte» et que l'y remettre ne sera ni facile, ni immédiat, ni
probablement même possible.
On aurait pu
croire que ces despotes, littéralement collés au pouvoir, ou coulés dans le
béton de ses murailles, et faisant partie, on pourrait dire, des reliefs de
leurs pays, tellement ils sont longtemps sur leurs «trônes», auraient accumulé,
au fil des années, une connaissance suffisante de leurs peuples et de leurs
histoires, pour comprendre qu'il y avait des «lignes rouges» à ne pas dépasser
dans l'oppression et le pillage, sous toutes leurs formes, des plus abjectes
aux plus criminelles. Mais, tel n'a pas été le cas.
On pourrait
réécrire une fameuse citation d'un lord anglais en affirmant que «le pouvoir
aveugle, et le pouvoir absolu aveugle absolument».
A force de garder
le pouvoir, à force d'élever les barrières entre eux et leurs peuples, les
despotes ont été pris à la fois de cécité et de surdité, deux défauts physiques
mortels chez ceux qui sont au sommet de la hiérarchie étatique. Si s'y ajoute
le mutisme, comme c'est le cas dans notre pays, les solutions à la disposition
de la population pour exprimer son ras-le-bol ne se comptent plus que sur un ou
deux doigts de la main, et elles ne peuvent être qu'extrêmes.
• Les despotes,
seuls responsables des destructions et des souffrances de leurs peuples
La responsabilité
des désordres et des destructions que provoquent les mouvements de foules
spontanés, mais aux objectifs clairs, tombe directement sur les despotes.
Ils ne peuvent
pas à la fois fermer toute alternative aux modes d'expression de la frustration
publique autre que l'émeute et le soulèvement, et mettre les destructions de
biens publics et privés sur le compte de «l'immaturité de leurs peuples», donc
exploitant une situation d'enfermement et de déresponsabilisation civique
qu'ils ont créées délibérément, pour justifier leur régime et leur répression.
• La dérive
despotique du système politique algérien
L'Algérie, que
les autorités publiques le reconnaissent ou non, qu'elles en aient pris
conscience ou pas encore, ne peut continuer à être gouvernée comme un sultanat,
où, sous couvert de délivrance du titre de voyage imposé, certes, par l'OIAC,
et appelé «passeport biométrique», mais dont les modalités de délivrance sont
du ressort exclusif des Etats membres, on décide que, sauf s'ils l'établissent
par une filiation remontant à leurs grands-parents, tous les Algériens sont
considérés, même si cela n'est pas dit de manière aussi brutale, déchus de leur
nationalité, et sont tenus d'en redonner la preuve par la présentation d'un
certificat spécial délivré, le fameux S12 - est-ce 12, comme les douze apôtres
du christianisme naissant, ou «douz» «passe» en arabe dialectal ? - (qui donne
lieu à un marché de corruption florissant, et à une tarification précise) dans
leur municipalité algérienne de naissance, et on a même voulu les contraindre
de prouver, au-delà de tout soupçon, qu'ils sont vraiment Algériens en
présentant même le nom de témoins (même les despotes voisins de l'Ouest comme
de l'Est n'ont pas été jusqu'à ce niveau d'humiliation de leurs peuples), et -
où le système de gestion des finances publiques est aussi opaque que celui de
l'Arabie Saoudite, (royaume qui assume totalement son choix d'un régime
politique patrimonial, jusqu'à se donner un nom de famille) comme l'a établi le
classement international préparé par «L'Initiative du Budget Ouvert»
(http://internationalbudget.org/files/2010_Full_Report-French.pdf )
Même l'Egypte, la
Tunisie et le Maroc ont reçu, dans ce domaine, une meilleure notation que notre
pays !
• Une révision
constitutionnelle qui instaure la monocratie
La relecture de
la révision constitutionnelle de novembre 2008 ne fait rien pour rassurer sur
la dérive despotique, qui n'a jamais été cachée, mais qui, maintenant, est
inscrite dans la loi suprême du pays, car cette loi donne le droit absolu de
régner à une personne, pour aussi longtemps que Dieu lui prête vie, et met
entre ses mains toutes les rênes du pouvoir exécutivo-législativo-judiciaire,
faisant de lui à la fois le juge au-dessus et à la place de tout juge, le
législateur au-dessus et à la place de tout législateur, et le gouvernement
au-dessus et à la place de tout le gouvernement !
Bref, c'est le
retour à la Constitution de 1976, avec, en moins, la franchise de proclamer que
la séparation des pouvoirs n'est pas de mise. Au moins la Constitution de 1976
était claire car elle parlait de «fonctions législatives, judiciaires, et
exécutives» et donnait tous les pouvoirs à l'homme au sommet de la hiérarchie
politique, homme qui se voulait tirer sa légitimité de son dessein de mettre en
Å“uvre pour le peuple algérien un destin décrit par la Charte nationale.
• Dans un système
politique verrouillé, la liberté d'expression :
un simple droit
au bavardage On ne peut que reconnaître que les circonstances ne sont pas les
mêmes, mais est-ce en pire ? On met en avant la liberté d'expression pour
expliquer pourquoi, entre autres, l'Algérie est différente, car on ne peut que
ne pas considérer comme valides les explications par les dépenses publiques en
faveur de l'éducation, de la construction des routes, des hôpitaux, etc. car
elles pourraient être appliquées à des pays aux régimes aussi divers que la
France, la Grande-Bretagne, le Koweït, l'Arabie Saoudite ou la Libye.
Mais, la liberté
d'expression est «un droit au bavardage» si elle ne s'accompagne pas d'un
système politique qui impose aux autorités publiques de gérer le patrimoine
national de manière transparente.
Débattre
publiquement des problèmes entre gens de «bonne famille» est un exercice
intellectuel sain, mais dont les effets sur le mode de gestion des affaires de
la collectivité est jusqu'à présent, nul.
Donc cette
liberté d'expression devient un simple paravent qui permet aux autorités
publiques de justifier les pires de leurs dépassements et de leurs actes de
violence physique ou morale contre une population qui n'a aucun moyen de
recours. On permet à tout un chacun d'apporter son grain de sel, mais on n'en
continue pas moins d'agir comme si le pays était la propriété privée d'une
petite minorité, et comme si cette fameuse «égalité devant la loi» n'était
qu'un slogan utile pour les relations internationales.
En plus, cette
liberté d'expression facilite la surveillance des individus, puisqu'ils
commettent par écrit public le fond de leur pensée, ce qui permet de détecter
les éventuels «empêcheurs de piller en rond et en cercle fermé» ces mauvaises
têtes qui continuent à penser librement, malgré les périls que cette
indépendance de pensée convoie.
La liberté
d'expression qui ne se branche pas sur un système politique ouvert, où la
citoyenneté n'est pas un crime puni par la loi et les pratiques politiques, et
qui ne débouche pas sur un changement du comportement des autorités publiques
est «tout bénéfice» pour ces dernières, un acte d'hypocrisie et de manipulation
additionnel à tous les autres moyens, plus ou moins musclés, dont elles
disposent pour maintenir le statu quo politique, et imposer la déchéance
sociale et le sous-développement économique, sous le couvert de stabilité, et
sous l'Å“il «admiratif» des «grands de ce monde» qui adorent et encouragent les
despotes leur permettant non seulement, un accès garanti à leurs ressources,
sous la forme d'importation de matières premières et d'exportation de leurs
produits alimentaires et industriels, mais également la docilité la plus
absolue dans l'assistance à la mise en Å“uvre de leurs propres stratégies à
l'échelle mondiale.
En conclusion
1) La marche de
l'Histoire a repris, que les dirigeants l'acceptent ou non, et on assiste à un
mouvement de fond qui rappelle le courant de la décolonisation, pourtant
combattue avec acharnement par les colonisateurs.
2) Il est vrai
que ce mouvement a commencé par un acte de désespoir d'un individu pris dans
l'engrenage d'un système politique qui ne lui offrait pas de solution à ses
problèmes, tout en lui imposant des règles de jeu qui l'empêchaient d'utiliser
ses propres solutions.
3) Cet homme,
devenu héros et exemple à l'échelle d'un pays, puis à l'échelle quasiment
universelle, n'a sans doute pas agi par conviction politique ou sur la base
d'une analyse sophistiquée de la situation politique et sociale de son pays, et
ne proposait pas un idéal pour lequel il était important de donner sa vie; il a
donné une solution dramatique à une situation d'enfermement personnel;
4) Son acte de
désespoir a été compris comme un message qui montrait clairement que ceux qui
étaient dans la même situation que lui, toutes choses étant égales par
ailleurs, n'avaient comme alternative pour sortir de l'impasse matérielle et
morale qu'ils vivaient, soit de s'auto-immoler, soit de manifester leur rage
dans la rue.
5) Si des
millions de personnes, anonymes pour leur écrasante majorité, sans autre
ambition que de mener une vie digne, ont pris en charge son message, c'est
qu'ils se sont identifiés à lui et ont compris l'universalité de son message,
qui allait au-delà de sa propre destinée, assumée jusqu'au bout par lui.
6) Ni l'effet de
contagion ni l'effet de domino ne peuvent s'appliquer à la façon rapide dont
s'est répandue cette contestation; des gens, dans différents pays, mais à la
philosophie de gouvernance et aux régimes similaires au-delà des différences de
culture et d'histoire, ont pris en charge l'analyse sous-jacente à l'acte de
désespoir comme aux mouvements de masse qui l'ont suivi, et dont
l'auto-immolation en public de ce simple marchand ambulant «clandestin» a été
l'élément déclencheur.
7) Le système
politique algérien est en train de glisser de manière visible vers un
despotisme monocratique, prouvé et conforté par la révision constitutionnelle
de novembre 2008, passée avec une élégance plus que douteuse, et sans
consultation du peuple, malgré ce que proclame le texte de loi la promulguant.
8) Ce despotisme
s'en est même pris au droit à la nationalité algérienne, sous le couvert de
passeport biométrique.
9) L'opacité
budgétaire, c'est-à-dire les formes légales sous lesquelles les ressources du pays
sont gérées et utilisés, est aussi grande dans notre pays que pour l'Arabie
Saoudite, Etat autoproclamé patrimonial, comme son nom l'indique.
10) Les
amendements constitutionnels ont donné le monopole du pouvoir suprême à un seul
homme tant qu'il est en vie, et ont confirmé sa volonté de concentrer entre ses
mains tous les pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire, même si la
nécessité de division journalière du travail ne permet pas à cette
concentration de pouvoirs d'être assumée totalement et dans le moindre de ses
détails par cet homme.
11) On ne peut
blâmer la main étrangère ou l'importation de concepts étrangers pour expliquer
cette vague de fond; et on peut affirmer que nombre de capitales étrangères ne
sont pas du tout satisfaites de cette évolution, qu'elles voudraient voir
étouffée ou canalisée au plus tôt, malgré leurs déclarations aussi hypocrites
que tardives, lorsqu'elles ont constaté que le vent était en train de changer
définitivement de direction, et qu'il fallait s'y faire pour limiter les
dégâts.
12) Croire que
l'Algérie peut rester en dehors de l'évolution de l'histoire est un grave
leurre.
13) La liberté
d'opinion, qui n'est pas confortée par un système politique citoyen, où
l'exercice du pouvoir politique se fait en conformité avec les principes
déclarés de démocratie par le peuple et pour le peuple, pourtant reconnus par
la Constitution, n'est que bavardage.
14) Les autorités
publiques ont le choix entre une gestion ordonnée des réformes politiques
devenues indispensables et inévitables, au vu du courant historique actuel, ou
une résistance à tout changement, ce qui ne pourra que déboucher sur les
situations d'effondrement du système politique, comme cela s'est déjà manifesté
ailleurs.
15) On proclame
que le canon est la raison ultime du prince; on a constaté, à plusieurs
reprises, que le canon risque de ne pas vouloir tirer s'il s'agit seulement de
préserver le monopole du pouvoir à un homme.
16) On peut
également constater que le soulèvement est la raison ultime des peuples, et qu'elle
peut vaincre même dans les circonstances qui lui apparaissent les plus
désavantageuses.
17) Il ne faut
pas enfermer le peuple, ou si l'on veut la population, dans l'alternative
douloureuse du suicide individuel ou du soulèvement.
18) Il est à
espérer que les chefs d'Etat, que cette vague de fond a déjà touchés ou
touchera sans aucun doute très rapidement, sauront s'élever au niveau d'hommes
d'Etat et qu'ils accepteront d'aller dans le sens du vent de l'Histoire, au
lieu de tenter vainement de s'y opposer.
19) Il n'est
jamais trop tard pour ces dirigeants de faire preuve de sagesse et de remettre
les pieds sur terre !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mourad Benachenhou
Source : www.lequotidien-oran.com