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Les contestataires racontent leur ras-le-bol



Les contestataires racontent leur ras-le-bol
Le départ de Hamel et la création d'un syndicat autonoùe fut partie d'une plateforme de revendications brandie par les policiers.Je peux continuer à manger des ?ufs durs et du thon, mais je ne peux plus supporter le mépris de Hamel, de sa famille et de ses sbires.» L'homme, en tenue, parle avec ardeur : «Cette histoire ne fait que commencer et elle ira loin. Nous ne lâcherons pas tant que le départ de Hamel ne sera pas officiel.» Ses sourcils se froncent, son regard est sévère. Un coup de sifflet retentit, le policier court rejoindre ses collègues des Unités républicaines de sécurité (URS, brigades antiémeute) rassemblés, un peu plus bas, dans la rue Docteur Saâdane, à l'entrée du Palais du gouvernement. Il est minuit passé. Des centaines de policiers se mettent à chanter en ch?ur : «Min Djibalina talaâ sawt El Ahrar, younadina lil istiklal» («De nos montagnes montent les voix des libres qui nous appellent pour l'indépendance»).Le chant patriotique plonge la place dans la stupeur. L'instant est solennel. Des dizaines de véhicules, quelques gendarmes et beaucoup de civils font face aux policiers qui chantent. Ils les observent sans réagir. Un autre coup de sifflet retentit. Les policiers se mettent à scander : «Hamel dégage», durant une trentaine de secondes, avant de se disperser en applaudissant. Ils prennent place sur les trottoirs ou restent simplement debout. L'attente est longue. Certains d'entre eux bougent, vont acheter de quoi manger puis reviennent. D'autres se rassemblent et discutent. Ils en ont gros sur le c?ur. «Ecrivez sur votre carnet, nous travaillons tous les jours de 13h à 20h, puis le lendemain de 6h à 13h, puis le troisième jour de 20h à 6h. Est-ce que c'est normal '», s'emporte-t-il.Et d'ajouter : «Et nous ne pouvons même pas faire notre travail en bonne et due forme à cause des interventions et des passe-droits. Y'en a marre de Hamel et de ses sbires», lâche-t-il, colérique. Des policiers qui ne semblent pas prendre part à la manifestation tournent, s'approchent comme pour en savoir plus. Leurs regards sont pesants, mais ils ne réagissent toujours pas. L'attente, ici, semble vaine. Vers 3h, les policiers décident de quitter les lieux en direction de la présidence de la République. Les contestataires semblent déterminés à battre encore le pavé jusqu'à pouvoir voir Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, en personne.«Vous assistez à un coup d'Etat»A la Présidence, très tôt dans la matinée, des groupes d'agents en tenue ne cessent de grossir les rangs des manifestants. L'ambiance est beaucoup plus survoltée que la nuit précédente. Ils sont de plus en plus nombreux et s'expriment plus librement. «On ne veut plus de Hamel. On en a marre de la hogra (l'injustice). On travaille sans relâche, comme des esclaves !», raconte un agent, la trentaine, arrivé le matin même d'Oran. Il dit gagner 32 000 DA par mois. Mais il insiste : «Ce n'est pas une affaire d'argent.» Très vite, d'autres agents se joignent à la conversation. «Vous vous rendez compte, sa fille nous donne des ordres et son fils traîne avec un talkie-walkie. Nous avons fait les serveurs au mariage de son fils, à Oran !» lâche nerveusement un autre agent, interrompu par un troisième. «Nous venons tous de l'intérieur du pays, nous faisons le sale boulot pour eux.Les privilèges et les promotions, ils les gardent pour les policiers d'Alger», dénonce-t-il en montrant une marque sur sa main. «J'ai été blessé récemment, je me suis absenté un jour, j'ai eu une mise à pied et on m'a retiré 7000 DA de mon salaire. Cette galère n'a que trop duré», poursuit-il. Pourquoi avoir attendu tout ce temps, avant de se plaindre ' «Parce qu'ils nous faisaient peur, si tu parles tu risques gros.» Pourquoi ont-ils moins peur aujourd'hui ' «Parce que ça ne peut plus durer, ils sont allés trop loin, ils nous en demandent trop», répond l'un d'entre eux, qui dit avoir rejoint l'URS de Kouba en 2010.A quelques mètres, les va-et-vient sont incessants. Les policiers en tenue, par dizaines, forment des petits groupes. Ils cernent le palais d'El Mouradia et leur nombre ne cesse d'augmenter, heure après heure. Un civil s'approche : «L'heure est grave, je sais que vous êtes journaliste, prenez garde à ce que vous écrivez.» L'homme dit d'abord être un lecteur assidu d'El Watan, puis finit par se moquer : «Je suis un super citoyen que vous pouvez appeler Othmane?» «Prenez garde à vous et sachez choisir vos mots quand vous écrirez vos articles, je vous lirai demain», ajoute-t-il d'un ton menaçant. Puis, sur un ton solennel, il lance encore : «Un corps de sécurité se soulève et prend d'assaut la Présidence. Vous êtes en train d'assister à un coup d'Etat?»


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