Divisé entre ceux qui veulent une intervention étrangère et ceux qui la rejettent, le gouvernement soudanais peine à trouver des solutions à la crise politique qui le mine notamment depuis les terribles événements du Darfour. Â Le nombre de morts au Darfour est cette variable autour de laquelle toutes les spéculations sont permises. «Les Nations unies disent qu'il y a 11.000 morts (plus de 200.000 selon les Occidentaux). Nous, nous disons qu'il y en a 9.000", indique le directeur général des relations extérieures au gouvernement de Nyala, au Darfour. Â Mohamed Mohamed Salih met les pieds dans le plat et lance des vérités sur la situation au Darfour comme il les ressent et telles qu'elles existent. Il le fera quand nous l'avions interrogé sur une éventuelle médiation africaine pour la résolution du conflit. Il répond sans hésiter: «Aucun pays africain n'est en mesure d'imposer son avis aux autres parce que tous, soit ils sont faibles, soit ils répondent à des intérêts extérieurs». Et si le Darfour devenait autonome ? «Je ne vois pas le Soudan sans le Darfour ni le Darfour sans le Soudan. Et pour l'instant, on n'a pas eu d'écho de ce genre de revendication», dit-il. Â A ceux qui pensent que le gouvernement soudanais aurait dû reconduire le schéma de solution de la crise au sud du pays pour celle du Darfour, il rétorque: «Le Sud a ses spécificités et le Darfour aussi, donc les demandes sont différentes». Il rappelle que les populations au Darfour sont à «100% musulmanes, pas comme au Sud. Il y a d'ailleurs une seule église au Darfour, à laquelle toutes les ONG occidentales donnent des aides». Â Au fil de nos discussions avec des responsables au gouvernement de Nyala, l'un d'eux déclare être persuadé que «les Américains veulent renverser le régime soudanais et il y a des rebelles qui collaborent avec le lobby sioniste». Le tout est pour plonger la région dans un véritable chaos, sans qu'aucune partie ne puisse apporter un semblant d'apaisement. «Les confréries n'ont pas de rôle politique dans le conflit, elles ne peuvent pas faire grand-chose», estime l'un de nos interlocuteurs. Un voeu ou une véritable appréciation d'un politique averti, la Russie, dit-il, «commence à bouger et pourrait jouer à l'avenir un rôle important dans le monde arabe». Et la Chine ? «C'est le pays qui a cassé l'embargo imposé au Soudan par les Américains», rappelle-t-il. Donc, possibilité d'émergence d'un nouvel ordre mondial ? «Oui, bien sûr, en comptant avec l'Iran et l'Amérique latine. Mais il faut admettre que ce monde n'est pas dirigé par des humains et les Américains sont arrivés à un point de non-retour en tombant dans le piège de l'Irak, ce qui ne fera que précipiter leur chute», explique ce responsable soudanais. Il fait remarquer que «le Soudan est visé depuis qu'il a commencé à initier des démarches pour construire son unité nationale, l'objectif de certains Etats étant de le morceler». Â Il fait aussi savoir que les pays qui plaisent aux Américains doivent se dire qu'ils n'iront pas loin, ceux qu'ils veulent mettre à genoux, par contre, ce sont eux qui vont gagner. «En fait, nous devons tous nous dire qu'il y a un Dieu qui commande cet univers et que nul n'est éternel. Les choses doivent et vont changer». Â Quid du rôle de l'opposition dans la résolution du conflit ? «L'opposition veut renverser le régime soudanais mais nous savons que ce n'est pas une opposition nationale parce qu'elle évolue en dehors du Soudan. Pour qu'elle puisse aider à une sortie de crise, il faut qu'elle construise son combat sur les constantes nationales», souligne ce membre influent du parti au pouvoir, le Congrès national. Il rappelle que le gouvernement de transition est composé de plus de 17 partis, mais il ne faut pas qu'on vienne nous dire que le parti communiste soudanais représente le peuple, qui lui est a 100% musulman». Â Le règlement des terribles problèmes sociaux que vit la population, il le lie à l'état de son pays qu'il estime «en voie de développement mais surtout en guerre depuis 1955, qui plus est, en confrontation avec les Etats-Unis». Ceci étant dit, il fait état d'une croissance de 7% pour l'année 2004, «selon la Banque mondiale», dit-il. Une inflation de 4%, «que vous pouvez mesurer par rapport aux devises étrangères: nous sommes obligés de doper le dollar, non parce que nous l'aimons mais pour qu'il ne soit pas déprécié par rapport au dinar soudanais», affirme-t-il. Le Soudan s'estime riche, et «jusqu'à ce que les USA et l'Angleterre visent nos richesses, nous n'avions pas de problèmes au Darfour», disent ses politiques. Â El-Jar Bichara El-Jar, un parlementaire du parti de Sadek El-Mehdi, soutient les mêmes propos mais dit avec insistance: «Nous rejetons toute intervention étrangère dans le fond et dans la forme et de n'importe quelle partie. Et si nous la rejetons, c'est que nous avons nos raisons». Il explique: «Je suis du Parti de la Nation que dirige Sadek El-Mehdi. Je ne suis pas d'accord avec ce qu'il dit parce que j'estime que je suis du parti qui défend le Soudan tout entier et je m'interroge: qu'est-ce qui pousse El-Mehdi a accepter une intervention étrangère alors que son grand-père a combattu les Anglais jusqu'à ce qu'il les fasse partir du Soudan», dit-il. El-Jar estime que son chef El-Mehdi et Tourabi, l'opposant au régime, parlent en leur nom personnel, «mais leurs bases rejettent toute intervention étrangère». Ce parlementaire est secoué» jusqu'aux tripes lorsqu'il reproche aux Arabes de rester les bras croisés face au drame du Darfour. «S'ils ne font rien, les Arabes vont perdre le Soudan comme ils ont perdu la Palestine et l'Irak», dit-il avec une grande amertume. Â Un membre du Parti des démocrates sera encore plus ferme mais à l'égard du gouvernement soudanais. «Le régime joue au chat et à la souris avec les Américains: c'est un peu comme Tom et Jerry», dit-il avec un sourire narquois. Pour le reste des pays arabes et africains, il lancera sans façon: «Y a-t-il des services secrets africains ou arabes qui n'ont pas de relations avec la CIA ?». Il anticipe même sur les prochaines présidentielles que le Soudan prévoit d'organiser en 2008, en affirmant que «Taha Osmane, le 2e vice-président, est programmé pour remplacer Omar El-Bechir et pour travailler pour les Etats-Unis. Les dés sont jetés, le reste n'est que formalité et protocole». Â El-Mehdi et Tourabi sont, selon notre interlocuteur, «consommés, ils ne peuvent plus rien donner au Soudan.» Et si Sadek El-Mehdi accepte les sanctions américaines, c'est, dit-il, «simplement pour embêter El-Bechir». Quant aux personnalités recherchées par la Cour pénale internationale, il pense que «ce sont des boucs émissaires, on joue». Â Le ministre de l'Education et de l'Enseignement sera, lui, tout aussi ferme à l'égard du gouvernement de Khartoum. «Le gouvernement ne veut pas désarmer les Jin Jawid comme prévu par l'accord», dit-il sans ambages. Il lui reproche de ne pas déployer d'efforts pour le faire conformément au 2e point de l'accord d'Abuja relatif aux dispositions sécuritaires. Le ministre est persuadé que le gouvernement refuse de le faire alors qu'il en a les moyens. «Abderrahim Adam Abderrahim est membre du mouvement Justice et Egalités (aile de la Paix). Il est prêt à revendiquer une intervention étrangère au cas où le gouvernement de Khartoum persiste, selon lui, dans son refus de désarmer les Jin Jawid. «Nous lui donnons moins d'une année. S'il ne le fait pas, nous allons appeler à une intervention étrangère», affirme-t-il avec conviction.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : G O
Source : www.lequotidien-oran.com