Oran - Revue de Presse

Darfour Dans le camp des réfugiés de Nyala



Déçus par le manque de compassion des pays arabes et musulmans avec la détresse de leurs populations, les membres du gouvernement de Nyala au Darfour sont convaincus que le Soudan est depuis longtemps l'otage d'un complot international. Arrivés dimanche dernier à Nyala, une des wilayate du Darfour qui en compte trois (Djnina à l'ouest et Fechar au nord), il nous a paru difficile de rencontrer des responsables qui pourraient commenter les événements qui secouent la région depuis 2003 sans faire dans le politiquement correct. Notre entrevue avec le ministre de l'Information, Mohamed Khir Hassan Mohamed Khir, nous l'a presque confirmé. «Ici, au Darfour, nous n'avons pas de problème», commence-t-il par dire. Pour expliquer que la cohabitation entre le gouvernement et l'opposition se vit sans problème, le ministre a indiqué que sur les 42 institutions qui existent dans la région, 39 sont sous la tutelle du gouvernement, deux sous celle des milices signataires de l'accord de paix d'Abuja et une par une milice non signataire. La crise au Darfour, le ministre, qui est issu du parti démocrate, donc de l'opposition, remonte ses origines à des querelles entre les éleveurs et les agriculteurs autour du partage des espaces, des pâturages et de l'eau. Ce sont, dit-il «des conflits qui ont été politisés, et le plus dangereux, c'est quand les populations ont eu des armes en leur possession». Pour lui, le gouvernement a initié des projets pour fixer les nomades et les empêcher ainsi de ne pas fouler les terres des agriculteurs. Mohamed Khir n'aime pas quand on lui demande si le conflit au Darfour oppose tribus arabes à d'autres africaines. «Je défie quiconque de me dire qui est arabe et qui est africain ici, personne ne peut faire la différence, ils ont toujours vécu ensemble et ils ont toujours eu ces problèmes de violation de propriétés et d'espaces, d'un côté comme d'un autre, sans que le pays vive des tueries comme celles depuis 2003", fait remarquer le ministre. Il estime que le terme Jin Jawid «est une création de l'Occident».  Son rappel de la mise en oeuvre de l'accord d'Abuja, il le veut pour montrer que les choses évoluent positivement et la stabilité commence à bien prendre. «Nous avons commencé la mise en oeuvre de l'accord de paix en procédant au partage des pouvoirs entre le gouvernement et les milices signataires, pour ce qui est de celui des richesses, nous avons un fonds national d'aide aux wilayate dont bénéficient toutes les milices». C'est le directeur général des relations extérieures qui explique les modalités d'attribution des aides de ce fonds créé bien avant la signature de l'accord. Mohamed Mohamed Salih indique qu'il existe «des critères sur lesquels nous nous basons pour quantifier ces aides : du niveau des populations, aux aspects géographiques, à la distance qui les séparent de Khartoum et autres, ceci pour ne léser personne». Le ministre de l'Information reprend son «audit» de la situation au Darfour pour souligner que «le Darfour est non seulement très riche mais se situe dans une région de conflits internationaux, avec à ses frontières le Tchad et la République Centrafricaine». Mohamed Khir va droit au but et affirme que «l'Amérique veut faire du Darfour ses réserves de pétrole pour l'avenir parce que vous savez qu'en 1972, elle y a procédé à des forages mais elle les a fermés avec du ciment, le Tchad pense que son régime est menacé par le Soudan, donc il ne faut pas qu'il soit stable pour ne pas qu'il ait la force de le renverser, en plus de sa géographie qui le plonge dans le conflit tellement ses espaces sont immenses, frontaliers avec 9 pays; avec tout ça, ce ne sont pas les problèmes qui vont manquer». Pour le ministre, les milices non signataires de l'accord ne sont pas représentatives et pour cela, dit-il, «le gouvernement ne se mettra pas à la table des négociations avec toutes celles qui se présentent comme étant des milices». Le directeur général des relations extérieures au gouvernement de Nyala, lui, apporte la contradiction sans peut-être le vouloir en soulignant que «l'accord de paix s'adresse aux Jin Jawid et les milices, les premiers étant arabes et les secondes africaines». Nous lui demanderons avec insistance et sous différentes formes les raisons qui ont poussé les rédacteurs de l'accord à y consacrer le terme Jin Jawid alors que «c'est une création de l'Occident» selon le ministre de l'Information. Mais en vain. Mohamed M. Salih est cependant convaincu que «si l'accord n'est pas signé par toutes les milices, il ne sera pas mis en oeuvre comme il se doit». Il rappelle que «la communauté internationale a aussi participé à sa signature mais elle contribue directement à son blocage». Toutes les parties qui n'ont pas signé, l'accord dit-il, «n'avaient droit à aucune aide d'aucun Etat mais après 40 jours, nous avons remarqué que ces milices recevaient des aides des Américains et de certains pays d'Europe en plus d'un des pays arabes». L'on pense que le responsable soudanais faisait allusion à la Libye. Nyala où nous nous trouvions ce dimanche, compte 412.000 réfugiés répartis sur 5 camps. Le Darfour en abrite 18 au total où plus d'une quarantaine d'ONG occidentales interviennent pour aider les populations à surmonter les affres d'une vie qui n'en est presque pas une. «Nous essayons de rétablir les choses avec les moyens que nous avons», dit le DG des relex. Notre visite dans l'après-midi au camp Essirif où résident 2.557 familles issues de 23 tribus venues de 23 régions, nous a coupé le souffle. «Aucun président arabe ni musulman n'est venu soutenir les populations», relève le ministre qui fait savoir que «seuls les Turcs sont présents et ont installé un hôpital où sont soignés 500 malades par jour et pour lequel tous les trois mois ils acheminent toutes sortes de médicaments». Non sans préciser que «aucune ONG arabe ou musulmane n'est au Darfour et celle saoudienne nous a donné une école mais a refusé de financer l'achat du plastique pour protéger les tentes des pluies qui s'annoncent avec l'arrivée de l'automne au début du mois de juillet. Les Saoudiens disent qu'ils n'en ont pas les moyens». L'achat du plastique revient, selon un des cheikhs du camp Essirif, à douze millions de dinars soudanais, l'équivalent de près de 7.000 dollars. Lire notre reportage sur le Darfour dans nos prochaines editions.
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