
« Ma mère mit dans un panier des oranges, des 'ufs durs et des olives rouges... elle avait un fichu sur la tête qui retenait le henné étalé dans sa chevelure la veille... je savais que nous devions y passer tout l'après-midi. Elle installait ses seaux d'eau chaude et parlait avec les voisines... les gouttes d'eau qui tombaient du plafond avaient le goût et la saveur de la vie... curieusement la vie de ces femmes était réduite : la cuisine, le ménage, l'attente et une fois par semaine le repos dans le Hammam. » Voilà comment Tahar Benjelloun a choisi de décrire le rituel du bain dans la société marocaine. Un évènement qui se prépare à l'avance, une sortie où les femmes se rencontrent pour parler. En Algérie, et durant plusieurs années le bain fut l'une des rares occasions pour les femmes de se voir. La société de l'époque ne permettant pas à celles-ci de travailler ou de sortir, chose qui était strictement réservée à la gent masculine, les femmes prenaient leur temps dans le bain pour retarder leur retour à la maison. Le bain est devenu un véritable rituel dont on respecte les étapes. L'Algérienne qui se dirige au bain est souvent accompagnée, par une s'ur, une mère ou encore ses filles. Elle traîne derrière elle une valise de vêtements et de serviettes propres et un seau en cuivre appelé « El Mahbess ». « Dans le seau ma mère mettait les affaires qu'on utilisait à l'intérieur tel que le gant de gommage, le savon traditionnel et le henné entre autres produits naturels », se rappelle Fatiha. Pour décrire les outils que la femme prenait au bain, il existe tout un lexique mais qui commence à disparaître avec le temps. Le Mahbess et la Tassa qui servent à rassembler les produits d'hygiène et de beauté, mais qui représentent de par leur qualité une référence qui en dit long sur le statut social et la situation financière du mari. La Bnika et le Aabrouk servent respectivement à couvrir et à protéger le cuir chevelu de la forte chaleur du bain. Ces substituts du foulard, peuvent aussi indiquer de par leur broderie et motifs si la jeune femme est célibataire ou récemment mariée. « Bit Skhoun » ou « Bit el Bared » faisaient allusion aux chambres qui existent à l'intérieur du bain, la première ayant une température plus élevée que la seconde. « El M'rah » ou « S'kifa » où les femmes se reposaient du bain, mangeaient et discutaient avant de partir.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Farida Chaib
Source : www.horizons-dz.com