
Après dix ans d'études en France, il a décidé de tenter sa chance dans le pays de Simon Bolivar, le libérateur de l'Amérique latine. Au bout de quelques mois, il s'est vite adapté à la vie à Caracas. Dans cette grande métropole de 5 millions d'habitants, il a même su s'imposer dans l'une des plus grandes firmes pétrolières du onzième pays producteur de pétrole. Il a même pu fonder un foyer. Aujourd'hui, il a bien voulu nous accueillir chez lui (entretien réalisé via Skype). « Certes, l'ambiance n'est pas la même qu'en Algérie, mais on s'y habitue. Au début, j'avais du mal à m'adapter surtout sur le plan environnemental. A 900 m d'altitude, le taux d'humidité est assez élevé. Mais avec les années, j'ai pu dépasser toutes ces contraintes », affirme-t-il avec un brin de fierté. Le mois de Ramadhan pour Madjid se présente comme celui de tous les musulmans. A une différence près : Son épouse est une Vénézuélienne et une catholique pratiquante. « Cela se passe comme dans toutes les familles musulmanes. L'ambiance est aux couleurs et saveurs du Ramadhan. L'unique différence est que le conjoint non musulman ne jeûne pas », explique-t-il. Cependant, les croyances de l'un et de l'autre n'ont nullement affecté leur relation.
LE RESPECT DES CROYANCES COMME DEVISE
« Je suis un musulman pratiquant issu d'une famille conservatrice. Catalina, ma femme, est consciente de la place qu'occupe la religion dans notre famille et la respecte. Parfois, elle jeûne même avec moi ». Pour elle, un tel acte s'explique pas un élan de solidarité avec son mari. « Au cours de mes précédents séjours en Algérie, j'ai pu juger de la place qu'occupe la religion chez la population. Le jeûne est l'un des piliers de l'islam et tout musulman doit l'accomplir. C'est dans ce sens et pour offrir toute cette belle ambiance à ma famille, je m'arrange toujours pour prendre mon congé durant le mois de Ramadhan. De cette façon, je pourrais être à la maison à l'heure du f'tour », précise Catalina, qui ajoute que « le bonheur de son foyer passe avant toute autre chose ». Mais au fil des ans, une question se pose et s'impose : les enfants ne risquent-ils pas d'être influencés par ce comportement (le non jeûne de la mère) ' Pour Madjid et Catalina, la question ne se pose même pas. « Certes, l'entourage a une grande influence sur les enfants, mais il faut aussi savoir que l'enfant ne vit pas exclusivement avec sa mère. Il évolue dans une société et, par conséquent, il s'imprègne de ses us et coutumes. Même si dans notre cas, cette société est composée majoritairement de chrétiens. Mais grâce à nos longs séjours en Algérie, mes filles se sont imprégnées de notre culture arabo-musulmane. D'ailleurs, même si leur mère est chrétienne, Meriem et Hadjira font la prière, récitent le Saint Coran et cela fait déjà quelque temps qu'elles ont commencé à jeûner », explique leur père. Pour la mère, ses filles sont libres de choisir entre l'Islam et le Christianisme. « Mais tout augure qu'elles choisiront la religion de leur père », estime-t-elle. Pour les deux filles, âgées respectivement de 10 et 9 ans, le jeûne « représente un défi ». « Celle qui jeûne le plus de jours a toujours une surprise à la fin du mois du Ramadhan », explique Hadjira avec l'innocence de son jeune âge.
LA GASTRONOMIE ALGERIENNE À L'HONNEUR
Mais qu'en est-il des mets et des délices servis à l'heure du f'tour ' Madjid a une réponse toute faite. Il s'empare de la cuisine durant tout le mois sacré. Sa femme lui sert d'« aide cuisinier ». « C'est moi qui fait la cuisine parce que durant ce mois je veux manger des plats bien de chez nous et Catalina n'a pas encore obtenu son diplôme à l'école algérienne », déclare-t-il faisant allusion à sa mère. Pour ce treizième jour du Ramadhan, il a décidé de préparer une « Chorba frik » accompagnée de petits cocas à la viande hachée, un « M'touem » (boulettes de viande à la sauce blanche) avec de la viande ovine et un « L'ham Lahlou » fait à base de pruneaux et de viande ovine. Mais ce qui attire l'attention, c'est la diversité des salades préparées par Catalina. « Ah ! Les salades sont sa spécialité », dit Madjid. Effectivement, elle a préparé plus de trois salades. Une première à base d'un assortiment de laitues, de c'urs de palmiers, d'avocats, de tomates cerises et de fromage à l'ail, une autre avec des poivrons et des aubergines frits et une salade russe préparée à base de différents légumes cuits à la vapeur. Pour ce qui est de la pâtisserie, Madjid explique avec une certaine déception qu'au Venezuela, « nos chers gâteaux traditionnels sont un rêve lointain ». « On se contente dans la majorité du temps de la pâtisserie occidentale ou de quelques recettes vénézueliennes. Sinon, nous achetons des gâteaux orientaux préparés par des Libanais », explique-t-il. La soirée de Madjid s'achève avec l'accomplissement des prières surérogatoires (tarawih). « Malheureusement, on ne peut pas veiller tard. Nous sommes dans un pays non musulman et les horaires de travail sont les mêmes. Donc, nous sommes obligés d'écourter nos soirées », dira-t-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rym Boukhalfa
Source : www.horizons-dz.com